Advertisement
premium2Advertisement
premium1
premium1
Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 24 juin 2020
Portrait d'Isabelle Lefort
© Géraldine Aresteanu

Portrait d'Isabelle Lefort, co-fondatrice de Paris Good Fashion

Journaliste diplômée du Celsa et de l'Université Paris 1, Isabelle Lefort a occupé les fonctions de rédactrice en chef de plusieurs magazines traitant du développement durable et de l'économie sociale et solidaire, avant de rejoindre en 2012 la fondation Positive Planet au poste de directrice éditoriale. Auteure, conférencière et professeure à Sciences Po Le Havre, elle a co-fondé Paris Good Fashion avec Laure du Pavillon fin 2018 avec l'objectif de révolutionner à grande échelle les pratiques du textile pour les rendre éco-responsables.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier les portraits des membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Comment fonctionne Paris Good Fashion ?

Isabelle Lefort : Nous sommes une association loi 1901 qui a pour mission de faire de Paris la capitale de la mode responsable d'ici 2024. Nous nous sommes donnés cinq ans pour transformer le secteur du textile de façon quantifiable et qualitative. Et il y a une très bonne raison à cela... Les consommateurs sont aujourd'hui particulièrement attentifs aux efforts que font les marques pour l'environnement. Ils ne veulent plus faire d'achats coupables. Comment fait-on pour produire de façon responsable et en ayant un impact positif pour l'environnement et la biodiversité quand on a pour vocation d'habiller les gens ?

 

Vous travaillez donc directement avec les marques ?

I.L. : Nous sommes tournés vers l'action concrète. Nous avons une feuille de route grâce à laquelle chacun des 50 membres de Paris Good Fashion s'engage à modifier ses pratiques en utilisant un auto-diagnostique pour évaluer les points d'amélioration. Cet auto-diagnostique est disponible en open source pour que d'autres marques puissent faire de même. Elles peuvent ainsi se positionner dans une trajectoire vertueuse et chercher des informations pour améliorer leurs pratiques. A côté de cela, nous avons formé une dizaine de groupes de travail sur la bientraitance animale, l'agriculture régénérative, la renaissance de l'industrie des filières laine en France, l'accompagnement des jeunes en développement durable, l'éco-responsabilité des grands évènements de la mode que sont la Fashion Week, les salons, les présentations... Ces groupes de travail élaborent des actions concrètes sur lesquelles tous les acteurs se mettent d'accord pour que les pratiques s'améliorent dans l'ensemble du secteur.

 

Ce sont essentiellement des acteurs français ?

I.L. : Pour faire partie de Paris Good Fashion, il faut que les membres justifient un fort ancrage dans la capitale. Nous avons aussi bien des petites marques que des grands groupes comme Kering ou LVMH. Notre objectif est d'opérer un changement systémique, pas simplement des modifications à la marge. Pour cela, nous essayons de fédérer les acteurs principaux qui agissent à Paris, avec l'idée que nos initiatives pourront servir de modèle ailleurs dans le monde. Nous travaillons depuis un an à tracer la carte du Paris de la mode durable. Cette carte démontre que Paris est la capitale la plus en avance sur le sujet. Nous avons plus de 347 adresses qui sont référencées, 150 marques créatives, plus de 100 boutiques de seconde main, 23 concept-store, 51 lieux de réparation et d'entretien des vêtements, 13 think tank et collectifs dédiés à la durabilité. Nous avons un réseau absolument extraordinaire. Notre objectif, c'est de passer à plus de 1000 références. L'important, c'est que toutes les marques qui nous ont rejoint transforment véritablement leur méthodologie et leurs pratiques.

 

Paris est donc l'épicentre du textile responsable ?

I.L. : Aucune ville au monde n'a autant d'acteurs durables sur son territoire. Paris a tissé une histoire particulière avec le textile, aussi bien avec la présence de nombreux ateliers de métiers d'art et de maisons de couture perpétuant un savoir-faire souvent ancien, que grâce à un tissu associatif très dense axé sur l'environnement et la solidarité. Ce sont des valeurs profondément ancrées dans l'ADN de la ville. Sans compter que les jeunes générations sont complètement engagées sur ces sujets. Ces 5 dernières années, il n'y a pas une marque qui a vu le jour en France qui ne soit pas durable. Nous sommes en train de passer un cap de transformation.

 

Votre objectif pour cette année ?

I.L. : Notre objectif est de publier en fin d'année un baromètre consolidé qui donnera le taux d'engagement en développement durable des différents membres. Et ensuite, nous fixerons un taux de progression année après année, +20%, +30%... Nos 50 membres acceptent d'être notés tous ensemble et s'engagent à progresser. Toutes les marques ne sont pas forcément au même niveau de transformation. Les plus récentes ont été crées directement sur le modèle du développement durable mais ce n'est pas le cas des plus anciennes, et notamment des grands groupes, qui sont cependant très engagés dans leur processus de transformation, avec des financements conséquents. L'important est de pouvoir engager un changement à très grande échelle. Ça ne sert à rien d'avoir dix personnes qui changent si tout le reste ne change pas. Nous allons sortir cette année les premiers éléments chiffrés et, chaque année ensuite jusqu'en 2024, les données seront réactualisées et quantifiées pour mesurer les progrès réalisés.

 

Isabelle Lefort est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
Vous êtes l'un d'entre eux et souhaitez rejoindre le collectif ?
Découvrez le programme de l’année et écrivez-nous ici pour nous faire parvenir votre candidature !

Arnaud Pagès - Le 24 juin 2020
À lire aussi
premium2
premium1