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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 9 avr. 2020
Stéphane Vatinel
© DR

Portrait de Stéphane Vatinel, fondateur de Sinny Ooko

Fondateur de tiers-lieux innovants, comme la Recyclerie ou la Cité Fertile, Stéphane Vatinel promeut depuis plusieurs années une autre façon de travailler, de consommer et de faire société, à la fois locale, humaine et reconnectée avec la nature. Une proposition qui rencontre un succès grandissant en s'appuyant sur l'éco-responsabilité et le lien social.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Shift. Un portrait, une rencontre.

Quelle est votre vision du changement ?

Stéphane Vatinel : Il y a 14 ans, Nicolas Hulot avait rédigé une charte qui préconisait de relocaliser le travail pour générer du social et des bénéfices environnementaux... Aujourd'hui, c'est exactement ce font les makers et les fablabs. Sur le territoire le plus local possible, il s'agit de recréer les conditions qui permettent de vivre en proximité avec l'environnement et en étant plus proche les uns des autres. C'est devenu une nécessité absolue. Un pot de tomates fait quatre fois le tour de la Terre avant d'arriver dans l'assiette du consommateur. Et nous avons tous validé ça. Nous sommes tous responsables de ce désastre. En une cinquantaine d'années, nous sommes allés tellement loin pour abîmer en profondeur l'équilibre de la nature que nous nous rendons compte désormais que le déséquilibre qui en découle aura un impact terrible. Aujourd'hui, nous n'avons plus le droit de réfléchir sans l'environnement.

 

A ce titre, le modèle alternatif que vous proposez semble répondre à une attente de plus en plus forte des citoyens ?

S.V. : En effet. A la Recyclerie, nous défendons le lien social, l'agriculture locale, la réduction des déchets et une consommation responsable. Nous luttons contre l'obsolescence. Nous réparons au lieu d'acheter. Ce que nous proposons est bankable auprès de toutes les générations. Ça va bien au delà d'un simple phénomène de mode. Le besoin de nature et d'une meilleure consommation ne fait que s'amplifier. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements. Pour autant, même si nos lieux fonctionnent et attirent toujours plus de monde, c'est toujours très compliqué de naviguer à contre-courant. Ceux qui sont décideurs aujourd'hui, notamment les élus, restent encore circonspects devant des propositions comme les nôtres, ou celles créées par nos pairs... Pourtant, il va falloir que tout le monde prenne part au changement. C'est notamment pour cette raison que j'ai rejoint le Shift. C'est une énorme opportunité de savoir comment il est possible de faire collectivement progresser les choses dans le bon sens. L'émulation de groupe est très importante.

Comment populariser davantage les tiers-lieux ?

S.V. : Nous voulons faire progresser le Campus des Tiers Lieux, qui contribue à l'essaimage de ce type de projets tout en favorisant le développement durable. Nous avons actuellement 260 apprenants qui veulent faire ce que nous faisons. Nous partageons avec eux toutes nos infos, tous nos dossiers, toutes nos recettes... Pour que ce mouvement accélère, il faut partager les pratiques qui nous ont permis de mettre en place ces lieux. Grâce aux réseaux sociaux, nous avons la possibilité de sensibiliser une frange toujours plus importante de la population. Nous avons actuellement une énorme demande sur les Recycleries. Il y a une vraie lame de fond qui est en train d'émerger. Les gens ont besoin de mettre du sens dans leur vie. Il y a une prise de conscience profonde sur la nécessité d'être en lien les uns avec les autres. 

 

Vous êtes optimiste quant au succès futur des tiers-lieux ?

S.V. : Clairement. Pour nous, c'est un tel pied de mettre du sens dans ce que nous faisons ! Depuis peu, la Poste et la SNCF, de même que des propriétaires fonciers, souhaitent mettre des locaux vacants à notre disposition. Les élus, les citoyens, les financiers se rendent compte qu'il est temps de quitter les écrans pour revenir à du concret. Internet nous permet de tous communiquer entre nous mais nous sommes arrivés à un tel pic de dématérialisation qu'un mouvement inverse est en train de prendre forme. De notre côté, si nous pouvons donner aux gens l'envie de créer des tiers-lieux comme les nôtres et d'en implanter sur tout le territoire, c'est fabuleux.

 

Quels sont vos grands défis pour 2020 ?

S.V. : Aller en pleine ruralité, c'est très important pour moi. Parisien depuis 35 ans, je souhaite retourner à la campagne. J'ai besoin d'aligner mes paroles et mes actes. Je veux être en harmonie avec ce que j'essaye de faire et de promouvoir depuis pas mal d'années. Je souhaite également accueillir toujours plus de personnes à la Recyclerie et à la Cité Fertile pour que nous soyons toujours plus nombreux à prendre part au changement.

 

Stéphane Vatinel est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 9 avr. 2020
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