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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 5 juin 2020
Portrait de Sandrine Roudaut
© Delphine Chevrot

Portrait de Sandrine Roudaut, Auteure, cofondatrice d’Alternité et La Mer Salée

Après une première carrière dans la communication, Sandrine Roudaut a radicalement changé de vie. Depuis presque 20 ans, elle questionne et expérimente les limites de notre société, les freins au changement, les nouveaux modèles économiques, les scénarios activistes et les futurs possibles. Conférencière, éditrice et auteure, cette "chercheuse-semeuse d'utopies", comme elle aime à se définir, propose de repenser les mécanismes du changement afin d'accélérer la transformation de la société.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi consiste votre vision du changement ?

Sandrine Roudaut : Depuis 2001, j'essaye de contribuer à l'émergence d'un monde soutenable et désirable. Soutenable, car l'inverse est insoutenable. Désirable, car on ne sort pas de son confort et ses croyances sans désir pour autre chose. Le désir est le plus puissant levier de changement. Au bout de dix ans d’expérimentation et accompagnement en développement durable et en RSE, je me suis rendu compte que ça n'avançait pas assez vite, avec des retours en arrière fréquents. Parce que ces mécaniques du “moins pire”, comme réduire de 15% nos émissions de CO2, ne créent pas de désir et n’ouvrent pas de nouveaux champs d’innovation. Seule la radicalité d’une utopie provoque le changement en obligeant à sortir du cadre.

 

En matière d'écologie, la contrainte ne permet pas d'obtenir de bons résultats ?

S.R. : En tout cas, pas durablement. L’autre facteur déterminant pour modifier nos comportements est notre implication. Si nous consommons une solution plus verte, ou que nous appliquons une contrainte extérieure, nous laissons tomber au premier obstacle. Le garant de notre changement est notre degré d'implication... à quel point nous avons réfléchi, disséqué nos vies, pour imaginer de nouveaux scénarios en faisant des choix. À partir de là nous allons tout faire, avec humilité et détermination, pour que ces scénarios fonctionnent. À l’inverse, les contraintes sont des tueurs de sagesse, de responsabilité personnelle et de désir.

 

Comment changer la donne ?

S.R. : La peur du changement et la culpabilité de se sentir complice d’un monde destructeur sont des freins terribles. On ne les surmonte pas en essayant d’améliorer le monde actuel. On les dépasse en se projetant ailleurs, en bâtissant une nouvelle société. C’est le ressort d’une utopie, concevoir ce qui n’existe pas encore. Une utopie est personnelle. Nous sommes tous animés par des combats qui nous tiennent à coeur, cet élan puissant nous permet de nous dépasser. À l’inverse d’un appel à l’union, je crois que chacun de nous doit suivre sa propre cause. Seule l'émotion nous met véritablement en mouvement. Nourrissons notre indignation singulière, avec en corollaire le désir puissant de voir émerger une autre société. Cela ne se fera qu’en révisant notre rapport à l'autorité et aux normes. La désobéissance est nécessaire. On ne fait grandir le monde qu’en s’affranchissant de ses croyances et des autorités de son époque.  Si on regarde dans le passé, le droit de vote des femmes ou l'abolition de l'esclavage ne seraient jamais advenus sans une poignée de gens qui ont remis en cause les règles du jeu. Car pour changer le monde il faut avoir la lucidité de contester son époque, et l’ambition de l’amener plus loin.

 

Cela passe par un cheminement personnel ou collectif ?

S.R. : Toute la difficulté vient du fait que les individus ne sont pas tous au même niveau de maturité et de conscience. On peut être avancé sur une cause et pas sur une autre. Voir que d'autres tolèrent des choses qui apparaissent à nos yeux comme intolérables crée un sentiment d'isolement, d'impuissance et du rejet. Il est très important de ne pas juger les autres, mais de se trouver des alliés, ceux et celles qui légitiment notre indignation et nourrissent notre réflexion. Et commencer à agir ensemble dans ce milieu ami, car c'est toujours plus simple et plus joyeux. Passer à l'action a un effet libérateur. Cela permet de reprendre confiance et de déposer nos peurs. N’oublions pas que ce ne seront jamais ceux qui détiennent le pouvoir qui feront bouger les lignes. Le changement vient toujours de la base. À mes yeux, les freins les plus difficiles à lever sont notre sentiment d'impuissance et notre manque de confiance. Les deux se surmontent collectivement.

 

Quels sont vos projets d'ici la fin de l'année ?

S.R. : Je finalise mon premier roman. Je me suis mise à la fiction car je pense que c’est un levier d’éveil des consciences propice à un changement personnel profond. Si les évidences de demain sont forcément dans nos utopies, comme elles l’ont toujours été, elles naissent donc d’abord dans nos imaginaires. J'ai imaginé un monde qui bascule mais pour une fois ce n'est pas une dystopie. Le monde sera ce qu'on en fait, soit la banalité du mal, soit la banalité du bien, c'est-à-dire une dystopie ou une utopie.

 

Sandrine Roudaut est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 5 juin 2020
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