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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 14 mai 2020
Portrait de Rémy Bourganel
© DR

Portrait de Remy Bourganel, chercheur, enseignant en metadesign et directeur transformation

Designer de formation, Rémy Bourganel s'intéresse aux moyens du digital pour augmenter nos capacités de perception, de réflexivité et d’action. Après avoir mis son talent au service des grandes transformations numériques dans plusieurs entreprises internationales de télécommunications, il accompagne aujourd'hui les organisations qui veulent co-construire les écosystèmes de demain. Cet ancien élève des Arts-Déco et de Cambridge souhaite ainsi valoriser le design comme moyen de médiation et d’engagement de tous au service d'une transformation systémique.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

Comment contribuez-vous au changement ?

Rémy Bourganel : J’ai travaillé dans les telecom au développement du care et de la collaboration par le numérique. J’ai poursuivi ces explorations en montant et en dirigeant, de 2009 à 2015, le laboratoire académique EnsadLab-PSL SociableMedia. J’ai participé au développement de plusieurs start-ups. Je développe par ailleurs des outils génératifs qui ont pour but d'encapaciter la créativité. J’enseigne le metadesign à SciencesPo, où je couvre les questions éthiques du numérique et les modèles de gouvernance inclusive des plateformes. Le point commun est d’exploiter la capacité du design à créer des "affordances" pour la médiation, la capacitation et l’engagement. Pour aller plus loin, je travaille au montage d’un MissionLab®, avec plusieurs axes stratégiques pour aider les entreprises à repenser leur raison d’être et surtout définir un chemin de missions.

 

Comment le design peut transformer le monde ?

R.B. : Le design, c’est le point de convergence entre la pensée holistique et la capacité de prototyper pour explorer et itérer. C’est donc une méta-discipline. Elle fait le lien entre les disciplines par des synthèses créatives et favorise l'augmentation de la perception, de la réflexion et de l'action. C'est un levier très concret de la conduite du changement individuel et collectif. Mais produire une bonne synthèse créative implique de comprendre non seulement l’inter-connexion des problèmes, mais également les illusions cognitives qui trompent nos perceptions. Et par ailleurs, changer la perception, la réflexion et l’action passe largement par la conception d’expériences qui engagent le corps et permettent de mémoriser et d'intégrer le changement. Faire un film sur la pollution n’aura jamais l’impact transformatif d’une expérience immersive dans une pièce qui simule la pollution. L'expérience est un moyen pour augmenter notre capacité de réflexion et une clef pour engager des changements de comportements positifs pérènes. 

 

C'est à dire ?

R.B. : Aujourd'hui, la difficulté me semble être de définir ce qui est préférable et comment le rendre "désirable". Quand certains vantent les principes d’une croissance verte habillée de RSE, d’autres pensent que la résilience est la bonne solution. Quand les scientifiques tentent de nous faire comprendre que la décroissance va s’imposer à nous, faut-il alors s’appuyer sur les principes de la prospérité sans croissance, alors même que les 17 objectifs de développement durables s’imposent comme un langage universel pour un horizon commun. La tension aliénante entre croissance, transition et résilience au sein des entreprises sera plus forte encore en sortie de confinement. Cette tension sera assujettie à leur survie. L’horizon de la pensée systémique pourrait devenir lointain. Le design peut contribuer à la faire advenir.

 

Comment aller plus loin ?

R.B. : Les grands écoles européennes de design sont déjà en mouvement pour refondre leur pédagogie. Les enseignements se transforment vite pour déconstruire les imaginaires dominants, comme par exemple la dualité nature/culture qui entretient l’idée que la nature est à notre disposition, nous empêchant de penser notre interdépendance avec elle. C'est le cas à Central St Martin à Londres, à l'école Aalto à Helsinki, à la Glasgow Shool of Art, mais aussi à la Carnagie Melon University via le programme "Transition by design", avec une vraie pensée systémique. En France la Sustainable School of Design a ouvert une voie tandis que l’Ensci propose un master "Nature-inspired design". C’est historique.

 

Il faut donc penser plus globalement ?

R.B. : Il est préférable de penser plus globalement et je crois, comme Oxfam, que le numérique arrive à maturité et va se concentrer sur sa capacité d’amplificateur de transition. Il pourrait ainsi augmenter notre capacité de perception, de réflexivité et d’action à une échelle individuelle et collective. Doconomy en Suède est un très bon exemple. Ce groupe a d’abord mis au point un index carbone. Ils développent maintenant une carte de crédit qui convertit chaque achat en équivalent carbone. Elle aide à percevoir, à réfléchir et à agir vers des objectifs qui peuvent être individuels et collectifs.

 

Quel a été le déclic qui vous a incité à changer ?

R.B.  : Un ami m'a conseillé de regarder "The road" qui illustre un scenario possible d'effondrement. Ca a été la pilule rouge. Il y a eu un avant et un après. J'ai l'impression depuis de vivre dans une simulation, celle d'un monde infini. J’ai cherché à appréhender l’échelle des problèmes, leurs relations. Je me suis formé à Cambridge pour éviter de tomber dans les pensées de gourou à portée de main, et trouver une voie.

 

Qu'avez-vous modifié dans vos habitudes ?

R.B. : A la maison, nous avons commencé à remettre à plat tout ce que nous pouvions modifier. Nous produisons moins de déchets, nous avons éliminé tous les produits jetables, achetons de la nourriture en circuits courts. Nous voyageons moins. Nous réfléchissons à l’évolution de notre mode de vie.

 

Rémy Bourganel est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 14 mai 2020
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