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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 28 avr. 2020
Portrait de Ndiata Kalonji
© DR

Portrait de Ndiata Kalonji, directeur IT & Networks anticipation/strategy chez Orange France

Ingénieur en opto-électronique et titulaire d'un MBA obtenu à l'université de Rennes, Ndiata Kalonji est un expert reconnu en infrastructures numériques. Après avoir co-fondé et dirigé la start-up Saooti et après avoir occupé plusieurs postes de management en France et aux Etats-Unis dans le domaine des architectures de réseaux & logiciels associés, il a été nommé directeur IT & Networks anticipation/strategy au sein d'Orange France en 2019. Cet adepte de l'innovation frugale mise sur la technologie pour réduire les inégalités.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Qu'est ce qui caractérise votre parcours ?

Ndiata Kalonji : J'ai toujours eu deux activités. C'est ce qui me définit le plus. J'ai toujours mené une activité orientée vers la société au sens solidaire en complément de mon activité professionnelle. En parallèle de mes fonctions chez Orange France, j’ai co-créé une association qui s'appelle Mezaa avec l’ambition de fournir du contenu éducatif facilement accessible au plus grand nombre en Afrique. Auparavant, j’ai travaillé sur le développement de la Wikiradio sur le modèle de Wikipédia. C'est un logiciel mis au point lorsque j'étais chez Saooti qui permettait de faire de la radio partout, très simplement et avec très peu de moyens.

 

Quelles problématiques adressez-vous ?

N.K. : Au sein d’Orange France, je travaille sur l'architecture des infrastructures numériques. Comment connecter les individus, les objets, les machines, les lieux ? Quelles technologies matérielles et logicielles utiliser dans des contextes où les interactions se comptent en millions ou milliards ? Quelle taille donner à ces connexions ? En ce qui concerne Saooti, quand je l’ai co-fondé avec 3 autres ingénieurs il y a dix ans, nous nous étions rendus compte que les technologies logicielles étaient matures pour pouvoir démocratiser la radio. Comme il devenait possible de créer des contenus avec très peu de moyens, cela donnait beaucoup d'opportunités pour mieux éduquer les gens, mieux les informer et mieux les divertir.

 

Quelle est votre vision du changement ?

N.K. : Je vois le changement comme une nécessité et une adaptation permanente à la vie. Je travaille dans des domaines qui évoluent très vite et qui font également évoluer la société puisque l'impact des nouvelles technologies est très important, que ce soit dans la façon de travailler, dans la production, au niveau des compétences, des pratiques collaboratives, de l'expertise dans l’intelligence artificielle, etc.  Il y a un impact sur la société au sens large du terme. Tous ces aspects-là m'intéressent. J'essaye de voir comment les nouvelles technologies sont utilisées et comment il est possible d'améliorer leurs usages. En ce sens, je suis un acteur du changement.

 

Comment parvenir à une plus grande égalité numérique ?

N.K. : Partout dans le monde, il y a une inégalité d'accès au digital au sein des populations. Partout, il y a d'un côté ceux qui peuvent payer et ceux qui ne peuvent pas. Il y a ensuite une deuxième inégalité entre les zones rurales et les zones urbaines car les campagnes sont en général moins bien couvertes que les villes. C'est la typologie d'inégalités que l'on retrouve aussi en France. Ensuite, il y a également une fracture entre les pays développés et les pays en voie de développement qui ne sont pas au même niveau de digitalisation. Rééquilibrer la balance constitue un challenge pour tous les acteurs du digital. Petit à petit, il faut arriver à absorber ces inégalités puisque internet est une infrastructure qui est devenue indispensable. Il faut que toutes les populations partout dans le monde puissent avoir la possibilité de se connecter. Le prix, rapporté au revenu, peut être un facteur déterminant pour y parvenir. Le covid-19 crée un contexte qui renforce le fait qu’il faut regarder les choses de manière holistique. Nous faisons tous partie de la même matrice, que ce soit en Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique.

 

Faut-il repenser l'accès au numérique ?

N.K. : Nous sommes dans une période où l'innovation doit plus que jamais donner du sens. L’inégalité numérique nous fait réfléchir sur le fait que la richesse n'est pas distribuée de la même manière dans les différents pays. Comment utiliser les technologies existantes pour s'adapter à ça ? Ce sont des questions qui touchent à l'innovation frugale. Votre téléphone comme le mien sont connectés en permanence. Est-ce qu’on ne pourrait pas se connecter autrement ? Uniquement quand on en a besoin par exemple ? Nous concevons les technologies dans le cadre d'un paradigme d'abondance. C'est peut-être cela qu'il faut changer et repenser les solutions à la lueur de la frugalité. Il y a un gros travail à faire.

 

Quel est votre défi post confinement ?

N.K. : Je ne réfléchis pas en termes de défis. Je réfléchis en termes d'expérimentation puis de passage à une grande échelle dans une vision partagée. C'est ce qui permet de concrétiser le plus rapidement possible les transformations. C’est compliqué en ce moment pour les expérimentations pour Mezaa… Il y a urgence. Avec ce que nous sommes en train de vivre, il ne faudrait pas que nous soyons pressés de retrouver notre vie d'avant. Il faut que nous soyons pressés de changer notre façon de vivre. 

 

Ndiata Kalonji est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 28 avr. 2020
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