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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 7 déc. 2020
Mickael Cornou
© DR

Portrait de Mickaël Cornou, marketing manager et sustainable ambassador d'Interface

Diplômé en marketing de Neoma Business School et de l'Université de Nottingham, Mickaël Cornou est marketing manager et sustainable ambassador d'Interface, le leader mondial de la dalle de moquette. Sa mission est notamment de valoriser les projets internes Mission Zero et Climate Take Back dont le cheval de bataille est la neutralité carbone.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier les portraits des membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi consistent Mission Zero et Climate Take Back ?

Mickaël Cornou : Interface est une entreprise américaine avec des usines implantées sur tous les continents. J'opère sur la partie européenne. Depuis plus de 25 ans, nous avons développé une véritable stratégie environnementale dont le but est de ne plus avoir d'impact négatif sur l'environnement. Nous souhaitions y arriver en 2020. C'est désormais chose faite. Cela passe par des avancées technologiques importantes dans la fabrication et l'approvisionnement. Aujourd'hui, la majorité de notre portefeuille produit est 100 % neutre en carbone. Nous avons réduit nos émissions de gaz à effet de serre de 96 % par rapport aux années 90. L'empreinte des dalles de moquette a quant à elle baissé de 70 %. C'est énorme si l'on considère que c'est un produit particulièrement polluant.

 

Comment y êtes-vous arrivés ?

M.C. : Dans un premier temps, nous avons fait l'analyse du cycle de vie de nos produits pour avoir une vue précise sur l'ensemble de la chaîne, depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie. Quelles étapes ont le plus gros impact environnemental ? Nous avons considéré tout ce qui pouvait rentrer en ligne de compte, émissions de CO2, gaz à effet de serre, consommation d'eau... Il s'avère que, comme pour d'autres produits textiles, la plus grosse partie de l'empreinte carbone, environ 68%, vient des matières premières. Nous avons d'abord travaillé sur le remplacement de celles-ci, sachant que nous utilisions de la fibre polyamide, c'est à dire du pétrole.

Nous avons commencé par réduire la quantité de fibres utilisées dans nos matériaux tout en veillant à conserver les mêmes performances techniques, avant de passer sur du recyclé, pour ensuite trouver une alternative afin de couper définitivement avec le pétrole. Pour ce faire, nous avons opté pour des produits bio-sourcés, notamment l'huile de ricin qui est nettement moins impactante et qui donne des fibres aux performances identiques. Dans le même mouvement, nous avons misé sur l'éco-conception pour générer moins de chutes à la pose et à l'entretien. En parallèle, nous avons également optimisé nos usines qui représentaient 9% de notre empreinte carbone, en les faisant fonctionner à 100 % grâce aux énergies renouvelables, et en atteignant zéro mise en décharge et zéro consommation d'eau.

 

Comment faire encore mieux ?

M.C. : Pour aller plus loin, nous nous sommes penchés sur la fin de vie des produits. Depuis maintenant 15 ans, nous avons un programme qui permet de récupérer les dalles de moquette usagées de nos clients et de les réutiliser en fonction de leur état, ou de les recycler. Lorsque ce n'est pas possible, ils peuvent opter pour la valorisation énergétique. Nous prenons en compte toutes les activités sur lesquelles nous n'avons pas directement la main. Il y a tout un travail d'éducation à destination de nos parties prenantes pour les informer sur ce qu'ils peuvent mettre en œuvre.

 

Le projet Climate Take Back semble encore plus ambitieux car il entend dépasser la neutralité carbone et faire du bien à la planète ?

M.C. : C'est le but en effet. Avec Climate Take Back, nous souhaitons montrer qu’à notre échelle, il est possible d’inverser la courbe du réchauffement climatique et devenir une entreprise régénératrice. Autrement dit, le Zéro ne suffit plus. D’un point de vue produit par exemple, notre produit sont neutres en carbone avec une réduction de 66% de l’empreinte carbone de nos dalles de moquette. Il nous reste donc aujourd’hui 34% d'émissions à compenser sur les dalles de moquette. Notre but est d'être 100 % neutre en carbone sans aucune compensation, en créant de la valeur à nos produits. Pour ce faire, nous travaillons sur des innovations à bilan carbone négatif. L'année prochaine, nous allons sortir le premier produit de ce type sur le marché. Nous développons par ailleurs plusieurs projets allant dans le même sens. Avec notre programme « Factory as Forest », nous ambitionnons de transformer nos usines afin qu'elles se fondent totalement dans leurs écosystèmes et agissent comme des forêts en séquestrant le CO2 et, pourquoi pas, émettre de l'oxygène. Nous voulons faire en sorte qu'elles soient à émissions positives. Un exemple concret mis en place est notre programme Net-Works. Il y a énormément de filets de pêche abandonnés à travers le monde et cela endommage les littoraux, que ce soit en France, en Asie ou en Afrique. Or, ils sont composés du même matériau que nos moquettes.

Depuis 2012, en partenariat avec notre fournisseur de fibre Aquafil et l’association ZSL, nous récupérons ces filets pour en faire des fibres. Cela nous permet de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement pour nos matières premières. Arriver à fabriquer nos produits avec un déchet est une avancée importante, sans compter que c'est un vrai bénéfice pour les océans. A date, nous avons récupéré 250 tonnes de filets de pêche. Ce qui est vraiment intéressant, c'est que nous avons pu trouver une alternative qui a fait travailler plusieurs fournisseurs, qui ont pu eux-mêmes investir dans des procédés pour améliorer leurs impacts industriels. C'est toute la force de Climate Take Back. Nous prenons en compte tous les bénéfices et toutes les externalités, même indirectes. Et nous mettons ces progrès à la disposition de nos confrères pour changer le marché en profondeur à un niveau global. 

 

Mickaël Cornou est membre de L’ADN Le Shift.
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Arnaud Pagès - Le 7 déc. 2020
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