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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 19 juin 2020
Portrait de Maxime Fleuriot

Portrait de Maxime Fleuriot, programmateur spectacle vivant

Diplômé de l'École Supérieure de Commerce de Paris et titulaire d'un master en lettres modernes obtenu à la Sorbonne, Maxime Fleuriot est passionné depuis toujours par la danse et a suivi, à la fin de son cursus universitaire, la formation délivrée par le Centre chorégraphique national de Montpellier. Danseur, assistant chorégraphe, journaliste et directeur de résidence pendant plus de 20 ans, il a notamment été le programmateur de la Maison de la Danse et de la Biennale de la Danse de Lyon. Aujourd'hui, il entend tisser des liens étroits entre le numérique et la danse pour renouveler les offres de spectacle et favoriser le décloisonnement d'un art, encore trop souvent considéré comme élitiste, vers les questions sociétales.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier les portraits des membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Qu'est-ce que le numérique apporte à la danse ?

Maxime Fleuriot : Le milieu du spectacle vivant s'est construit à l'écart du monde digital. Aujourd'hui, les outils numériques modifient complètement notre sensibilité car nous vivons au quotidien avec eux : smartphone, big data, intelligence artificielle, algorithmes…. Les enjeux du big data et de l'IA doivent concerner également les milieux artistiques. Lors de la dernière biennale de Lyon, nous avons initié des projets artistiques croisant la danse et les technologies qui ont rencontré beaucoup d’écho auprès du public. J'essaie d'encourager ces croisements à l'endroit du langage et de l'expression. Mais le numérique appliqué au champ artistique apporte aussi une forme d'horizontalité et rend les process de management plus collaboratifs et participatifs. C'est un progrès dont nos institutions culturelles peuvent s'inspirer. Elles sont encore construites de manière très verticale, selon un schéma hérité du 20ème siècle.

 

Cette tendance est dans l'air du temps ?

M.F. : Il y a aujourd'hui une surenchère des propositions faites aux spectateurs : les publics ont le choix de regarder la télévision, surfer sur le web, regarder une série sur une plateforme ou… aller au théâtre. Cette concurrence oblige à être plus inventif mais aussi à comprendre ce qui se joue – et notamment chez les plus jeunes - avec le numérique. Le confinement a renforcé les usages numériques. Et au delà des simples captations qu’on a vu apparaître un peu partout, des initiatives plus audacieuses sont nées, que ce soit dans la musique, la danse, le théâtre, le jonglage même. Il est désormais possible de se connecter avec des spectateurs et d'autres professionnels à l'autre bout de la planète. Je pense par exemple à la série My Documents de la metteuse en scène Lola Arias. Il faut s’intéresser à ce type d’expériences car avec la menace écologique qui pèse sur notre société, il va devenir de plus en plus difficile pour les compagnies de se déplacer à l’étranger. Le numérique peut être un outil – pas le seul bien sûr – pour inventer de nouveaux formats qui complètent ceux qu’on connait déjà. Cela pose bien sûr plein d’autres questions, à commencer par le modèle économique de ces expériences et la rémunération des artistes.

 

Si la danse est une expression artistique, elle est aussi un média. Peut-elle servir à éveiller les consciences sur les problèmes de notre époque ?

M.F. : Depuis toujours, la danse contemporaine est un laboratoire du corps. Les danseurs entretiennent un rapport attentif à leur organisme et à l'environnement. Les questions brûlantes de notre époque sont partagées depuis très longtemps dans le champ du spectacle vivant, notamment cette modération à pratiquer soi même et à appliquer de manière systémique. Toute la journée, un danseur travaille sur son corps et sur sa relation à l'autre et à l’espace. Dès lors que l’on aborde ces grandes question sociétales, il est important de pouvoir le faire en se connectant à notre ressenti, et l’art peut nous aider à cela.

 

A quel point le milieu de la danse s'empare aujourd'hui de ces enjeux ?

M.F. : Ce qui est toujours compliqué, c'est que la danse reste une pratique extrêmement populaire et un art relativement minoritaire. La plupart des gens dansent, que ce soit en soirée, lors d’un mariage ou en boîte de nuit, mais relativement peu vont voir des spectacles de danse. C'est un langage à part. Voir un spectacle de danse, c'est comme être confronté à un tableau. Le spectateur n'est pas dans le cadre de la narration d'une histoire. Regarder les corps danser dans un espace temps, c'est une expérience en soi. Certains chorégraphes, comme Rachid Ouramdane, travaillent depuis plusieurs années sur les questions des migrations, du changement climatique, de l'impact des technologies sur la vie... Des initiatives ont été menées, notamment au Festival d'Avignon, et des croisements ont été opérés avec le monde de la recherche. pour pousser plus loin la réflexion. Pour autant, la question essentielle de la danse, comme toute forme d'art, est celle de la beauté. Mais pour rester dans l'ère du temps, il y a la nécessité à ce que les artistes absorbent beaucoup plus ces mutations à l'œuvre dans notre monde contemporain. 

 

Votre projet essentiel pour 2020 ?

M.F. : Créer des espaces de rencontre de manière décloisonnée incluant artistes, chercheurs, directeurs culturels, scientifiques, public, développeurs, gamers… Pas seulement pour débattre mais pour faire ensemble. Je suis né il y a quarante ans au moment de l’apparition des premiers grands festivals de danse hexagonaux. A Lyon, un directeur visionnaire – Guy Darmet – a inventé le défilé de la biennale de la danse qui réunissait, avant la crise du covid, 300 000 personnes dans les rues. J’aimerais participer à une nouvelle utopie en adressant le désir de danse et l’énergie que je sens chez mes contemporains, avec les outils de mon époque, et en faisant feu de tout bois : dialoguer avec son voisin à l’autre bout de la planète et travailler pour sa communauté au coin de sa rue.

 

Maxime Fleuriot est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 19 juin 2020
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