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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 30 juin 2020
Portrait de Lucas Menget
© Radio France - Christophe Abramovitz

Portrait de Lucas Menget, rédacteur en chef du numérique chez France Info

Après avoir étudié l'Histoire à la Sorbonne et suivi le cursus du Centre de formation des journalistes de Paris, Lucas Menget a débuté sa carrière chez France Info. Reporter de guerre et homme de terrain, il a couvert les principaux conflits du globe pendant une quinzaine d'années, que ce soit en Irak, en Macédoine, en Tchétchénie, en Afrique, ou au Moyen-Orient... Après un passage chez France 24 et iTélé, il est, depuis 3 ans, rédacteur en chef du numérique de France Info avec pour objectif de délivrer aux lecteurs une information de très haute qualité.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier les portraits des membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Comment envisagez-vous le changement ?

Lucas Menget : Pour moi, le changement consiste à être au cœur de l'immense bouleversement numérique qui a révolutionné mon métier. La diffusion de l'information est en train d'évoluer de manière drastique. Il faut garder des bases solides sur la manière de produire et de raconter, et ne jamais perdre de vue qu'il faut continuer à rencontrer des gens et à être au plus près du terrain.

 

Selon vous, la pandémie a-t-elle renforcé le rôle stratégique de l'information en temps de crise ?

L.M. : C'est le coeur de notre problématique. Je travaille pour une chaîne d'information en continu du service public. De ce fait, nous avons un engagement très fort auprès des populations. La crise du coronavirus a montré de manière absolument exemplaire à quel point le moindre petit bout de fake news pouvait immédiatement prendre autant d'importance qu'une vraie information diffusée par nous ou nos confrères. Lutter contre la désinformation est un défi difficile à relever mais il est possible d'y parvenir. La preuve, ce sont les incroyables pic de connexions qu'ont connues nos antennes numériques. Dans cet univers d'infobésité et de fake news, il est aujourd'hui nécessaire de massifier l'information vraie et vérifiée. C'est notre devoir vis à vis des gens et nous mettons beaucoup de moyens pour y parvenir. C'est ce que nous faisions déjà depuis des années, mais nous avons accéléré.

 

Comment y parvenir ?

L.M. : Le changement tient aussi dans la manière de travailler entre médias. Aujourd'hui, la course au scoop n'a plus aucun intérêt. Ce qui est important, c'est que l'information puisse être vérifiée de façon certaine, ce qui nécessite plus de temps pour la produire et pour la diffuser. Mais la collaboration entre journalistes est également un moyen d'atteindre cet objectif. Quand Bolsonaro a interdit aux médias publics brésiliens de diffuser les chiffres des morts du covid, les rédactions se sont organisées entre elles pour que ces données sortent quand même. Selon moi, ce type d'initiatives représente en partie l'avenir de notre métier. Tous les journalistes partagent la volonté de produire l'information la plus fiable possible. Nous avons donc tout intérêt à nous rapprocher les uns des autres, par exemple au travers de consortiums de rédactions. C'est grâce à ce modèle que le scandale des Panama Papers a pu éclater au grand jour. Il faut que les journalistes collaborent entre eux et unissent leurs forces.

 

C'est également valable pour mieux informer les gens sur les enjeux climatiques ?

L.M. : Pour moi, le covid n'est qu'une gigantesque répétition de ce qui nous attend dans quelques années. Cette crise nous a permis de réaliser à quel point il n'était plus possible de travailler de façon isolée et qu'il fallait collaborer avec les chercheurs sur les questions scientifiques pour pouvoir mieux vulgariser certains sujets complexes. 

 

Les médias ont-ils le devoir de reprendre la main sur les réseaux sociaux ?

L.M. : En France, comme ailleurs dans le monde, il y a un travail d'éducation aux médias qui reste à faire. Il faut apprendre aux jeunes générations à différencier les paroles, celle d'un médecin qui s'exprime sur le covid n'est pas celle d'une actrice sur Instagram, ni celle d'un journaliste soumis à un certain nombre de devoirs. Il y a un énorme chantier à mettre en oeuvre. Demain, ce n'est que grâce à la qualité de l'information et au traitement des faits que les journalistes reprendront la main.

 

Votre objectif pour 2020 ?

L.M. : Trouver le moyen de massifier l'information vraie et certifiée sur les réseaux sociaux. C'est challenge de taille.

 

Lucas Menget est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 30 juin 2020
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