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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 15 mai 2020
Portrait de Guillaume Durieux
© DR

Portrait de Guillaume Durieux, comédien et metteur en scène

Formé à l'école nationale de théâtre de Strasbourg, Guillaume Durieux est un homme de scène. Acteur, metteur en scène, professeur d'art dramatique au cours Florent, il interroge les tourments de notre époque et la place de l'être humain dans le monde en adaptant des pièces du répertoire contemporain ou en écrivant ses propres récits.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Comment le théâtre aborde-t-il les enjeux environnementaux ?

Guillaume Durieux : Le théâtre a toujours servi de miroir à l'époque qu'il traverse. Il en révèle les difficultés, les paradoxes et les contradictions. C'est son rôle. Certains textes abordent la responsabilité de l'être humain vis à vis du climat, de la nature, et de la pollution, comme Un ennemi du Peuple de l'auteur norvégien Henrik Ibsen. Cette pièce, qui a été jouée pour la première fois en 1883, a pour sujet la contamination des eaux thermales d'un petit village. Un lanceur d'alerte, le docteur Stockmann, décide de prévenir la population mais le maire, qui ne veut pas perdre les précieuses rentrées d'argent procurées par les curistes, étouffe l'affaire. Le docteur Stockmann est ensuite pointé du doigt et villipendé par les villageois. Mais c'est une pièce qui, avant de parler d’écologie, aborde la question de la tyrannie de la majorité. La question fondamentale que pose le théâtre est celle de la place que l'Homme occupe sur Terre, des liens qu'il tisse avec ses semblables et de son rapport à ce qui l’entoure.

 

Est ce que vos pièces essayent de transmettre un message responsable ?

G.D. : Le théâtre est un outil qui va contre l'idée de la communication. C'est un questionnement philosophique. Du coup, il est très difficile d'extraire une problématique de son ensemble. Au lieu de poser frontalement la question de l'Homme et du climat, ce sera plutôt celle du modèle de société qu'il est en train de bâtir et de son rapport à la politique, à l’altérité ou encore à l’Histoire qui sera pertinente pour un auteur. Il cherchera plutôt à ouvrir les perspectives sans forcément s’enfermer dans une problématique immédiatement identifiable. Par exemple chez Tchekhov, dans Oncle Vania, le personnage d’Astorf cherche à sauver la forêt, et même si cette volonté nous surprend par la modernité de cette préoccupation écologique, on doit surtout entendre qu'elle reste métaphorique et que la forêt agit comme image de l’Humanité toute entière. C’est donc plutôt la façon dont l'être humain se positionne face aux problèmes qu'il rencontre qui va être abordée plutôt que les problèmes eux-mêmes. Le théâtre se doit de rester toujours en léger décalage pour aborder des questions qui sont d'ordre métaphysique. La question du climat va servir à interroger la question de la liberté. Quelle liberté l'Homme peut il avoir vis à vis du monde qui l’entoure sans en payer les conséquences ? Peut-il être totalement libre ? Le théâtre est fait pour aborder ces questions là. Maintenant, est-ce que nous avons des démarches qui sont plus écologiques qu’avant dans l’exercice de nos professions...  A part utiliser de l'électricité dans nos pièces, nous ne sommes pas un secteur très polluant. Il y a actuellement une prise de conscience au niveau individuel chez les metteurs en scène et les acteurs, comme chez chaque citoyen, mais la profession ne se sent directement concernée par ce problème. Peut être à tort.

 

Est-ce que le théâtre devrait davantage s'engager ?

G.D. : Oui, car je crois que c'est aussi sa fonction. Mais le théâtre est fondamentalement un outil politique, sans pour autant être un outil de propagande. Il est possible de l'utiliser pour dresser un état des lieux, mais il a toujours plus de force quand il aborde des questions sans immédiatement pointer une direction précise. Le théâtre se fabrique avec des paradoxes. Ceci étant, il s’est toujours nourri de la menace de la fin de l'homme et de ses limites. Aujourd’hui, cette question semble évidemment plus cruciale encore.

 

Vos projets d'ici la fin de l'année ?

G.D. : A la fin du confinement, je vais reprendre la mise en scène d'un texte d'Alexandre Dal-Farra. C'est une pièce écrite en 2015 qui s'appelle Abnégation. Elle traite de la corruption politique. C'est un récit qui s'oppose totalement à l'idée d'un futur désirable en montrant comment la corruption transforme et dénature l'être humain, en présentant les symptômes qui apparaissent dans le corps et la psyché d'un homme ou d'une femme de pouvoir. La corruption peut être entendu à bien des endroits. Elle est politique, financière et morale. La crise climatique est un symptôme de notre état de corruption vis à vis de notre éthique, de nos enfants, et des générations futures.

 

Guillaume Durieux est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 15 mai 2020
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