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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 5 mai 2021
Portrait de Geneviève Ferone-Creuzet
© DR

Portrait de Geneviève Ferone-Creuzet, cofondatrice de Prophil

Docteure en droit, Geneviève Ferone-Creuzet a commencé sa carrière à l'ONU, puis a fondé Arese au milieu des années 90, la première agence de notation sociale et environnementale au monde, avant de devenir directrice du développement durable d'Eiffage puis de Veolia. En 2013, elle a cofondé le cabinet Prophil dans le but d'aider les entreprises à se mettre au service du bien commun.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi consiste l'activité de Prophil ?

Geneviève Ferone-Creuzet : Nous sommes un cabinet de conseil en stratégie qui a la particularité d'avoir un pôle recherche. Notre mission est de proposer de nouveaux modèles de gouvernance ou économiques, qui sont au service du bien commun. Nous regardons plus loin que l'opposition qu'il y a en France entre le monde du profit et celui du non profit. Dans d'autres pays, il existe une porosité beaucoup plus grande, qui est source d'innovation. Nous travaillons à la convergence de ces deux mondes. Pour appuyer notre démarche, nous produisons des cahiers de recherches qui alimentent notre activité de conseil avec des entrepreneurs pionniers, essentiellement des ETI ou des PME.

 

Vous transformez les entreprises pour transformer la société ?

G.F-C. : Il me paraît urgent aujourd'hui de repenser la contribution des entreprises au bien commun en positionnant cette question au cœur des conseils d'administration. La RSE n'est pas quelque chose qui est périphérique. Ce n'est pas une série de cases à cocher parce que le législateur demande que les entreprises fassent plus d'efforts. Cela n'a du sens que quand il y a vraiment une stratégie de développement durable embarquée dans la direction de l'entreprise, car c'est elle qui est au cœur de la création et du partage de la valeur. Limiter son action à la marge sans changer le modèle économique ne sert pas à grand-chose compte tenu de la gravité et de l'urgence des enjeux. Nous mettons ces sujets sur la table au sein des conseils d'administration quand nous sentons qu'il y a une réelle volonté de changement et de transformation.

 

Quels types de conseils ou de recommandations donnez-vous ?

G.F-C. : Il s'agit de savoir si l'entreprise crée de la valeur sur le plan social et environnemental, et pas uniquement au niveau financier. Pour cela, il faut transformer le modèle économique. Et il faut être capable de caractériser ce changement. C'est ce que nous faisons en nous inspirant de nouveaux référentiels comptables avec une approche multi-capitaux. Ces changements ne doivent cependant pas nuire aux performances économiques et mettre en danger l’entreprise. Sur le plan de la gouvernance, un des enjeux est la transformation en société à mission car les entreprises peuvent avoir une raison d'être, porter des engagements, et donner corps à une création de valeur alternative. C'est quelque chose qui change en profondeur les organisations.

 

Selon vous, la pandémie a-t-elle accéléré le désir de changement des entreprises ?

G.F-C. : Cette crise est le cygne noir du futur qui vient mettre à mal les organisations et les structures. Elle nous interroge sur la résilience. Est-on capable de trouver un nouveau chemin de croissance qui peut prendre en compte des évènements aussi imprévisibles et potentiellement récurrents ? Aujourd'hui, la création de la valeur doit être durable et partagée afin de renforcer le système immunitaire de l’entreprise. Tout le monde doit trouver une juste rétribution. Il n'est plus possible de continuer dans cette logique de prédation et de sécession, à l'image de ce que font les GAFAM... Elles vont bientôt frapper leur monnaie, elles peuvent aller sur Mars... On a l'impression qu'elles ne font plus partie de ce monde... Cette crise nous interroge sur notre capacité à faire l'inventaire des modèles économiques à l'aune des vulnérabilités, avec l' impératif que tout le monde puisse embarquer dans ce nouveau chemin de croissance.

 

Votre grand projet pour 2021 ?

G.F-C. : Avec Prophil, nous allons sortir une étude qui porte sur l'alter-croissance et le nouvel alphabet comptable. Mon grand projet, c'est d'améliorer la façon de rendre compte d'une valeur créée différemment. C'est un chantier majeur.

 

Geneviève Ferone-Creuzet est membre de L’ADN Le Shift.
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Arnaud Pagès - Le 5 mai 2021
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