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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 31 mars 2020
Dorothée Browaeys
© Rencontres de Cannes

Portrait de Dorothée Browaeys, présidente de TEK4life

Biologiste, journaliste scientifique pendant 30 ans, puis directrice de l'ONG Vivagora, Dorothée Browaeys est aujourd'hui à la tête de Tek4Life, un catalyseur de la transition écologique et bio-économique qui aide les entreprises à évoluer vers un modèle éco-compatible. En prenant le vivant comme boussole de la prospérité, elle accélère le changement vers une société plus responsable.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Selon vous, il est nécessaire d'établir un nouveau pacte avec la nature. Qu'entendez-vous par là ?

Dorothée Browaeys : Aujourd'hui, nous avons des gilets jaunes mais également des gilets verts. Chez les jeunes, il y a un réveil écologique mais aussi un printemps écologique qui invente une approche syndicale en revendiquant des exigences environnementales . Gilets jaunes et gilets verts mènent le même combat, celui de la justice et la défense des biens communs. Nos boussoles doivent être dirigées vers ce qui n'est pas négociable, à savoir notre monde biologique et nos conditions d'existence. Pour assurer la survie de l'aventure humaine, il est indispensable de penser autrement la production et les modèles d'affaire, mais aussi de refonder notre imaginaire en le reliant au vivant. C'est en cela qu'il faut réformer notre relation avec la nature.

 

Comment réussir à faire émerger un modèle éco-compatible global ?

D.B. : Tout n'est pas concurrentiel dans notre société. Il y a aujourd'hui un intérêt bien compris à coopérer au sein de coalitions. La cohésion entre acteurs est facteur d'un changement général. Pour basculer dans une nouvelle civilisation respectueuse de la nature, il faut prendre pied ensemble dans ce monde d'après. Cela passe par une reformulation complète des chaînes de valeur qui nécessite l'alignement des acteurs. C'est en l'occurrence la raison qui m’a fait rejoindre le Shift, où la diversité de profils est vraiment prometteuse.

 

Le formidable réservoir d'innovations que le vivant a élaboré pendant 3,8 milliards d'années d'évolution est encore largement sous-exploité. Pourquoi ne s'y intéresse-t-on pas davantage ?

D.B. : Il y a une inertie considérable. Nous avons fait fausse route car nous avons pensé nous affranchir de la nature, la surplomber, alors qu'il est préférable de faire avec elle plutôt que contre elle. Mais ceux qui essayent de l'exploiter, par exemple avec de la chimie bio-sourcée, sont confrontés à des modèles économiques qui ne sont pas adaptés. Leurs externalités positives ne sont pas valorisées. De plus, les bio-innovations dépendent souvent de conditions climatiques et environnementales, ce qui conduit à des variations dans les productions. A ce titre, les investisseurs s’en méfient car ce qu’ils cherchent avant tout ce sont des rentes garanties.

 

Comment lever ces freins ?

D.B. : Dans la crise épidémique qui nous confronte aux excès de la modernité et de la mondialisation, nous devons envisager une redirection complète des investissements vers des technologies vertes aux empreintes écologiques favorables. Tous les signaux montrent que les entreprises qui gagneront demain seront celles qui répondent aux défis climatiques et biologiques. Celles-ci installe une cohérence entre des choix d’innovation sobres et résilients, des projets contributifs qui participent à soigner les milieux et des outils comptables qui intègrent les couts de maintien des écosystèmes. C’est stimulant pour l’imaginaire dès lors que l’on raconte la valeur des processus vivants pour l’économie. L’écologie industrielle en est une belle illustration avec les déchets des uns qui deviennent les ingrédients des autres.

Depuis la fin 2019, tout le monde sent qu’il faut changer. Mais l'inversion des rapports de force vient toujours des consommateurs. La bascule est déjà dans les têtes mais il est nécessaire de mettre des mots dessus.

 

Il faut donc créer un langage du changement ?

D.B. : Oui, en effet. Il faut que les gens visualisent l’avenir, se représentent le paysage pour qu’ils ne soient pas en terre inconnue. C'est pour cette raison que l'imaginaire est très important. Il est nécessaire de s'entendre collectivement sur ce à quoi on tient pour pouvoir piloter la transformation. Nous avons besoin de repères communs pour valider les process sobres en ressources, régénératifs ou éco-compatibles.

Le pacte avec le vivant que j’ai développé dans Le Manifeste pour refonder le progrès (corédigé avec Entrepreneurs d’Avenir) nous oriente vers des solutions locales, frugales et résilientes. Il aboutit à réencastrer l'économie dans la société en misant sur une vie politique revalorisée.

 

Dorothée Browaeys est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 31 mars 2020
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