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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 22 avr. 2020
Didier Onraita
© DR

Portrait de Didier Onraita, fondateur de My Retail Box

Après une première carrière dans la grande distribution et après avoir lancé un cabinet de conseil spécialisé dans le "sell out marketing", Didier Onraita s'est spécialisé dans le vrac en 2013. Avec le réseau de magasins day by day, il entend démocratiser ce mode de consommation responsable qui limite le gaspillage alimentaire et fait du bien à la planète.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Rappelez-nous ce qu'est le vrac ?

Didier Onraita : Le vrac consiste à vendre des produits en quantités à la demande et sans emballage superflu. Un filet de 5 citrons, même s'il n'est pas emballé, n'est pas du vrac car la quantité est prédéfinie. Avec mes associés, nous sommes partis du principe qu'il faut passer d'une écologie de classe à une écologie de masse. Étant des hommes de distribution, nous avons adressé deux problématiques fortes qui sont le gaspillage alimentaire et la gestion des déchets d'emballage. Ce qui nous a paru être le meilleur moyen de réduire ces deux impacts, c'était de pouvoir proposer la juste quantité au juste moment aux consommateurs. Pour y parvenir, nous avons créé les enseignes day by day, un écosystème de magasins entièrement dédiés au vrac. Nous avons actuellement 61 points de vente en France et en Belgique, au sein desquels nous commercialisons plus de 750 produits.

 

Quels sont les avantages de ce mode de consommation ?

D.O. : En offrant la possibilité d'acheter à la juste dose, le vrac permet de lutter contre le gaspillage alimentaire qui représente environ 10% des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale, ce qui est considérable. Un tiers des gaz à effet de serre vient de la production alimentaire et un tiers de la production alimentaire part à la poubelle. Derrière ce gigantesque gaspillage, il y a des problématiques environnementales majeures mais également sanitaires et sociales. Le prix du lait acheté aux paysans est peu ou prou le même qu'il y a 30 ans car les gens en jettent de grandes quantités sans vouloir payer plus cher. C'est vrai pour à peu près tout.

 

Comment populariser le vrac ?

D.O. : Notre objectif, c'est que le marché puisse se structurer. Nous nous sommes attaqués en premier au vrac du placard - qui concerne les P.G.C. (Produits de Grande Consommation), pâtes, riz, boissons, biscuits, bonbons, farines, légumes secs, sucres... - car celui du frigo reste un mode d'achat majeur en France pour les fruits et légumes, la viande, le poisson... En France, les P.G.C. pèsent en valeur nette un peu plus de 100 milliards d'euros annuels, contre 20 milliards pour les fruits et légumes. Pour cet énorme marché là, il n'y avait pas de réponse alors qu'il représente les deux tiers du gaspillage.

 

Comment faire encore mieux ?

D.O. : Nous souhaitons que le vrac atteigne toutes les populations le plus vite possible. Nous avons mis en place trois chantiers pour y arriver. Avec nos magasins, nous avons prouvé qu'un modèle économique était possible.

Pour gagner du terrain, nous avons monté l'association Réseau Vrac, dont le but est de définir les bonnes pratiques, de fiabiliser le métier et de former tous ceux et toutes celles qui souhaitent ouvrir des points de vente indépendants. Ensuite, nous parlons avec les autorités pour faire évoluer les réglementations afin de faciliter et de rendre crédible la vente en vrac. Enfin, nous essayons d'évangéliser les grandes marques pour que la majorité des consommateurs puissent acheter leurs produits habituels en vrac.

 

Le vrac a donc toutes les cartes en main pour un passage à l'échelle ?

D.O. : C'est vraiment le but. Depuis août 2019, nous avons un test en cours dans le réseau Cora. Nous avons pluggé un magasin day by day dans un hypermarché, en mode shop in shop. Nous avons nos murs, notre enseigne, notre personnel, notre gamme. Nous fixons nos prix. Nous allons à la rencontre des populations qui vivent en grande banlieue et qui n'auraient pas pu se rendre dans nos magasins. Nous discutons avec tous les acteurs de la distribution, ainsi qu'avec des distributeurs européens.

 

Que souhaitez-vous accomplir cette année ?

D.O. : Mon but est de démontrer que le vrac n'est pas réservé à une petite partie des consommateurs plus éveillés que les autres. Si on va à la rencontre de toutes les populations avec des solutions qui s'adaptent à leur vie quotidienne, le vrac est capable de devenir un modèle généralisable. 

 

Didier Onraita est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 22 avr. 2020
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