habillage
Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 15 avr. 2020
Céline Poizat
© Benjamin Colombel

Portrait de Céline Poizat, directrice du développement de la Gaîté Lyrique

Directrice du développement de la Gaîté Lyrique et présidente de Non Fiction, une agence de stratégie au service des acteurs de la culture, Céline Poizat soutient un art engagé sur les problématiques de son époque, qui a la capacité d'accélérer les prises de conscience et d'imaginer un futur plus acceptable. Autant de moyens pour stimuler la transformation vers une société plus inclusive, plus humaine et plus durable.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

Comment la création peut-elle soutenir le changement ?

Céline Poizat : A l'échelle de chaque établissement culturel et de chaque artiste, il est nécessaire aujourd'hui de réaliser que les problématiques écologiques, sociales et sociétales sont telles qu'il n'est plus possible de faire de l'art pour l'art. Il y a une vraie notion d'engagement qui doit prendre forme dans les sujets que les artistes traitent. A la Gaîté Lyrique, nous présentons depuis 5 ans des spectacles de "voguing", une danse très codifiée qui est pratiquée par les communautés LGBT. Nous questionnons ainsi l'inclusion et la diversité. Passer deux heures à regarder les danseurs est plus efficace pour comprendre les esthétiques et le rapport à la vie des identités complexes LGBT ainsi que la précarité de ces communautés qu'un gros rapport de 200 pages sur la question du genre. Aujourd'hui, la force de l'art et de la culture pour accompagner le changement consiste à faire appel aux sens et à une compréhension plus instinctive des enjeux, ce qui peut provoquer un vrai déclic chez les gens.

 

Les artistes ont donc un rôle important à jouer ?

C.P. : Ils ont une vision plus émotionnelle et plus directe. Mon rôle, c'est d’identifier dans notre programmation les pratiques culturelles les plus adaptées pour provoquer un déclic sur le monde d’aujourd’hui, notamment auprès des acteurs du secteur privé en contrepartie cela nous permet de pouvoir financer des projets qui auront un réel impact sur le public. Le rôle de l'art, c'est aussi d'aller mettre les pieds là ou d'autres acteurs ont perdu en influence car leur message a été rabâché encore et encore. Dans ce que nous présentons au quotidien, que ce soit du spectacle vivant, des ateliers, des conférences, des expositions, de la musique ou de la danse, nous privilégions les pratiques collectives pour renforcer la réflexion sur certains thèmes et faire découvrir des formes artistiques alternatives qui favoriseront la prise de conscience individuelle.

 

L'art permet aussi d'imaginer d'autres scénarios pour le futur  ?

C.P. : C'est en effet un point très important. La notion de "futurs alternatifs" fait partie à 100% de l'ADN de la Gaîté Lyrique. Nous accueillons par exemple en résidence l'Université de la Pluralité, un réseau d'acteurs qui travaillent sur les imaginaires et qui proposent à des designers et à des artistes de réfléchir ensemble sur des pistes autres que celles de l'effondrement ou d'un monde entièrement technologique. L'idée est donc de définir de nouveaux futurs. C'est un élément clé du changement. L'imaginaire collectif a le pouvoir de changer la façon dont les gens envisagent l'avenir. L'art joue le rôle de perturbateur en ouvrant de nouvelles possibilités.

 

Les artistes sont-ils plus engagés qu'auparavant ?

C.P. : Nous le constatons à la Gaîté Lyrique car c'est notre prisme de lecture. Mais je pense qu'à l'échelle globale, les artistes se posent aujourd'hui avec plus d'acuité la question de leur impact et de ce qu'ils ont à dire. L'art pour l'art est de plus en plus difficile à assumer. Les jeunes artistes comprennent parfaitement cette nouvelle donne et la mette en pratique aussi bien dans les sujets qu'ils abordent que dans la façon dont ils produisent leurs oeuvres. Par ailleurs, dans un contexte de crise sociale et environnementale, un nombre croissant d'institutions prennent conscience qu'elles ne peuvent plus choisir un artiste uniquement sur des critères esthétiques. Les artistes misent sur la pluridisciplinarité pour explorer de nouveaux territoires et raconter de nouvelles histoires. Ils expérimentent. Il y a un mouvement de fond qui monte en puissance pour redéfinir l'action culturelle et l'adapter à un monde où les températures auront augmenté de 3 degrés. Cette évolution est naturelle car c'est le rôle même de l'art d'être un acteur du changement.

 

Quels sont vos projets post-confinement ?

C.P. : Nous sommes en train de définir les contours d'un think tank qui s’adressera aux acteurs privés et s'intéressera aux questions de l’époque par le prisme de la création (data, technologie, écologie, nouveaux récits, société etc.). Il verra le jour en septembre et s'appellera "AFK", un acronyme utilisé par les gamers qui signifie Away From Keyboard. Ce sera un cercle de réflexion et d'innovation. Toujours en septembre, nous lançons la 3e édition du festival autour du podcast, avec désormais un cycle régulier tout au long de l’année. Nous nous positionnons en acteur des nouvelles formes de narration. Nous allons également pousser plus loin les expériences immersives au sens large, à la fois technologiques, sonores, et sensorielles.

 

Céline Poizat est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
Vous êtes également un acteur du changement et vous souhaitez rejoindre le collectif L’ADN Le Shift ?
Découvrez le programme de l’année et écrivez-nous ici pour nous faire parvenir votre candidature !

Arnaud Pagès - Le 15 avr. 2020
À lire aussi