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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 26 mai 2020
Portrait de Bruno Walther
© DR

Portrait de Bruno Walther, CEO de Captain Dash

Autodidacte, Bruno Walther est devenu au fil des ans un des meilleurs experts du numérique dans notre pays. Ce serial-entrepreneur, engagé très tôt dans l'écologie, plaide pour que le digital soit remis de façon urgente au service du bien commun. Au coeur de la révolution de la donnée grâce à Captain Dash, une start-up de data-visualisation dont il est le CEO, il prône un retour aux valeurs fondatrices d'internet.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi consiste l'activité de Captain Dash ?

Bruno Walther : Nous récupérons les données à la fois dans les systèmes complexes des grandes entreprises et dans des systèmes plus agiles venant des réseaux sociaux ou des grandes API du marche. Notre travail consiste à transformer ces données en outil de management visuel facilement compréhensible que nous diffusons dans des apps ou murs d’images. Notre mission, c'est de permettre aux organisations de prendre des décisions plus rationnelles en démocratisant la compréhension des données.

 

Comment remettre le numérique au service du bien commun ?

B.W. : Le digital a connu deux périodes. D'abord, celle des précurseurs durant laquelle il avait une portée idéologique. Dans les années 70 et au début des années 80, l'objectif de l'informatique grand public était de mettre à la disposition de tout un chacun la puissance de l'ordinateur et de libérer celui-ci de la tutelle des grandes entreprises et de l'armée pour en faire un objet personnel. L’informatique, puis l’internet, étaient un outil idéologique d’émancipation et de libération individuelle au service d’une société horizontalisée. Puis tout cela s'est effondré avec l'arrivée d'une nouvelle génération d’entrepreneurs que Mark Zuckerberg incarne à la perfection. Leurs motivations ne sont plus idéologiques mais financières. Leur mantra est la croissance pour la croissance. L’héroïsation de l’entrepreneur est tragique. Une société où le seul objectif des gens qui ont 20 ans est de créer une start up est un naufrage. A cet âge, les jeunes générations veulent généralement changer le monde mais ce n'est pas avec des slides Powerpoint qu'elles y arriveront. Le digital s'est complètement perdu durant ces quinze dernières années. Ce qui devait être une machine à émanciper est devenu une machine à enfermer. 

 

Pourtant, une société plus compatible avec l'avenir ne pourra pas naître sans le digital ?

B.W. : Le digital peut être un formidable outil de réinvention des possibles à condition qu'il se réarme idéologiquement. La société doit se saisir de la question digital. Il est urgent de le sortir de l’entre-soit entrepreneurial. Des évolutions extraordinairement fortes sont venues nous impacter, par exemple dans le domaine de l'intime avec les sites de rencontre, sans que nous prenions le temps de savoir si c'était une bonne chose ou pas. Il faut remettre du sens dans le digital, lui redonner un objectif de civilisation.

 

Il faut repenser l'utilisation du numérique ?

B.W. : Il ne faut pas voir le digital comme un objet inerte. La société doit se poser des questions. Par exemple, on nous impose la 5G comme une sorte de nécessité absolue. Ce sont des choses qu'il faut interroger. Je ne suis pas certain que le futur du monde ce soit de regarder Netflix en ultra HD. Internet émet d'ores et déjà plus de CO2 que l’aéronautique. Il s’enfonce dans un non sens écologique et sociétal. Le digital dévore notre ressource la plus précieuse le temps. Imaginez que le temps passé sur les écrans, en dehors de la télévision, dépasse 3 heures en moyenne par jour. 

 

Comment inverser la tendance ?

B.W. : Il faut regarder ce qui se fait ailleurs. Taïwan est le seul pays au monde à avoir criminalisé l'usage des écrans pour les enfants de moins de 3 ans. Les parents risquent 3000 euros d'amende. Le digital est certainement le seul espace de la société qui est un impensé. Si on regarde les systèmes de santé, ils ont été fondés autour d'une idéologie. Ils sont designés en fonction des choix collectifs et des modèles de société que nous voulons. En France, notre système de santé a été pensé pour bénéficier à toutes et à tous. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis. Regardons la manière dont Facebook organise l'économie de l’attention. Ce n'est pas très éloignée des pratiques des cartels de la drogue. Il y a des problèmes que nous refusons collectivement de voir. Il est urgent de récupérer du bon sens, ce qui veut dire légiférer et fixer des règles. 

 

Votre objectif post-confinement ?

B.W. : Arrêter de penser dans l'instant et redécouvrir le temps long. Me donner 10 ans plutôt que 10 mois pour m'améliorer et ne pas me fixer d'objectifs à court terme.

 

Bruno Walther est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 26 mai 2020
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