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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 22 mai 2020
Portrait d'Adrien Rivierre
© DR

Portrait d'Adrien Rivierre, expert de la prise de parole en public et de la mise en récit

Titulaire d'un Master en management obtenu à l'ESCP Europe et à l'Université de Washington, Adrien Rivierre est un expert reconnu de la prise de parole en public et de la mise en récit. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, notamment "Prendre la parole pour marquer les esprits" et "L'Homme est un conteur d'histoires". Pour ce spécialiste des mots, l'imaginaire a un rôle essentiel à jouer pour transformer la société.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi le récit est un moteur du changement ?

Adrien Rivierre : Il y a une phrase d'un psychologue américain que j'adore : « Les récits ont des conséquences bien réelles ». Tout est parfaitement résumé avec ces quelques mots. Cela veut dire que les histoires que les dirigeants vont raconter à leurs équipes participent aux actions et aux projets de l'entreprise. Et il est très important d'articuler cette parole avec une vision du futur. Sans cela, les équipes naviguent à vue. Elles ne peuvent pas identifier les initiatives sur lesquelles elles doivent se concentrer. Ce travail de mise en récit est essentiel à plusieurs niveaux. Les dirigeants doivent aujourd'hui arriver à convaincre, en interne comme en externe, du bien fondé de leurs actions et des changements qu'ils mettent en place. Ils doivent fédérer pour relever les défis auxquels ils doivent faire face. En ce sens, je les aide à formuler leurs convictions, leurs idées, leurs expériences, leurs opinions et à les décliner ensuite dans leurs prises de parole pour construire ce récit et l'incarner au maximum devant la presse, les investisseurs ou en interne... C'est un travail de contenu et de réflexion sur eux et sur l'ensemble de l'entreprise.

 

Comment l'imaginaire agit-il ?

A.R. : Alain Damasio dit que le plus grand des pouvoirs est celui qui ne se reconnaît pas comme tel. C'est le cas aujourd'hui de l'imaginaire. Une fois que celui-ci est totalement intégré à nos actions et à nos pensées, il se concrétise dans le monde réel. La science fiction a longtemps proposé la vision d'un monde techno-centré, avec ce mythe du progrès et d'une technologie salvatrice qui nous aurait permis de résoudre l'ensemble de nos problèmes... C'est ce logiciel qui guide encore en grande partie la recherche. L'Homme est le seul être capable d'analyser le monde d'un point de vue purement rationnel, avec les mathématiques et la physique, mais aussi de l'aborder de manière narrative. Dans cette période de crise, les récits et les imaginaires ont à ce titre un rôle fondamental à jouer pour engager le changement. 

 

Avant de transformer la société, il faudrait donc d'abord travailler sur l'imaginaire ?

A.R. : Il n'y a pas de grand récit sans action qui le matérialise. L'un ne va pas sans l'autre. Les actions et les récits sont les deux faces d'une même pièce. Quand Jules Verne parlait, dans ses romans, d'inventions qui n'existaient pas encore, cela a incité les scientifiques à chercher dans cette direction. Pourrait-on créer cette machine incroyable ? La recherche s'est alors mise en marche. Mais l'inverse est également vrai. Aujourd'hui, les découvertes de la physique quantique et les biotechnologies inspirent la fiction. Le film Interstellar repose par exemple sur un certain nombre de soubassements scientifiques réels, notamment la Théorie des cordes, mais le rôle de l'auteur de science-fiction est d'aller plus loin que les connaissances actuelles. Et les hypothèses qui sont formulées dans le film ont inspiré en retour les astrophysiciens. Sans grands récits, il n'y a pas d'actions concrètes. Et sans actions concrètes, les récits ne sont que du bullshit. Mais le principal frein au changement reste le temps. Toutes les entreprises sont soumises au court-termisme et à une vision à 5 ans, ce qui est déjà très long pour elles. Et là encore, le récit peut les aider.

 

Comment cela ?

A.R. : Le récit permet de regarder plus loin. Il permet de faire un pas de côté et d'aborder des problématiques à plus long terme, et donc mécaniquement d'anticiper. Il permet aussi de mieux encaisser les grandes crises. Les auteurs de science fiction ont imaginé des milliers de fois des scénarios de pandémie généralisée. En étant acculturés à ces récits, les individus sont mieux préparés à faire face à la situation actuelle. A ce titre, les bénéfices de la préparation mentale sont bien connus dans le domaine du sport. Notre cerveau se prépare à une situation et imagine ce qui pourrait nous arriver. Cette mise en condition renforce la résilience. C'est valable pour les individus comme pour les entreprises. Le récit est un outil pour mieux affronter la réalité. 

 

La crise va-t-elle modifier notre imaginaire collectif ?

A.R. : Ce sera le cas pour une raison très simple. Nous avons vécu à l'échelle mondiale un scénario de science fiction qui s'est réalisé dans la vraie vie. Le confinement, la distanciation sociale... Les aéroports entièrement fermés. Tout cela nous semblait impossible avant. La crise va repousser les frontières de notre imaginaire collectif. Elle bat en brèche ce qui était inimaginable avant. A partir de là, il y a des effets de seuil qui vont profondément modifier notre rapport au monde. Peut-être plus qu'aucune autre fois dans l'Histoire et à l'échelle mondiale, nous touchons du doigt notre fragilité, celle de n'être que des êtres humains.

 

Quel impact a-t-elle eu sur vous ?

A.R. : La fragilité de notre monde complexe et hyper connecté et de l'accélération constante dans laquelle nous vivons est devenue flagrante à mes yeux. Il suffit d'une application pour avoir de la nourriture livrée sur son canapé, une application pour partir à l'autre bout du monde en trois clics... mais derrière ces facilités se cachent un vide, celui du sens de ce que nous faisons. Je me déplace à Paris en scooter. J'avais déjà un peu honte. Maintenant, je me dis que ce n'est plus possible. Je vais trouver une alternative. La crise accélère ce qui était en train de germer et permet de prendre des décisions qui sont essentielles pour faire naître le monde de demain.

 

Adrien Rivierre est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 22 mai 2020
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