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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 21 avr. 2020
Harold Valentin
© Christophe Brachet

Portrait de Harold Valentin, producteur et fondateur de Mother Production

Producteur des séries Dix pour cent et la Garçonne, membre du collectif 50/50 pour la parité et la diversité dans le cinéma, Harold Valentin oeuvre pour que les productions audiovisuelles aient un réel impact sociétal en valorisant les minorités et en battant en brèche les stéréotypes. En changeant les représentations, la fiction peut devenir un outil particulièrement efficace au service d'une société plus inclusive et d'un avenir plus inspirant.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Quelle est votre définition du changement ?

Harold Valentin : Le changement commence d'abord par soi même. Le plus beau parcours de vie, c'est la rencontre avec soi. Et c'est ça qui change le plus le monde. C’est un chemin difficile, exigeant, et parfois pénible mais ô combien libérateur. Je pense par ailleurs qu'il faut essayer de penser le monde d'après-demain. Ce nouveau monde réel ne pourra naître qu'à travers une crise multifactorielle, que nous sommes d'ailleurs en train de vivre. Les institutions nationales apparaissent aujourd’hui largement dépassées, la machinerie financière et la mondialisation démente ayant créé un phénomène d’accélération qui nous dépasse. Mais en dehors d'un énorme choc, le monde ne changera pas. Ce choc est en train de se produire car notre fonctionnement actuel n'est pas viable sur la durée. Nous sommes dans un déséquilibre profond. Il n'est plus possible de consommer autant, de continuer à avoir trois voitures par famille...

 

C'est notre rapport au monde et à nous même qui doit donc changer ?

H.V. : D’abord, encore une fois, notre rapport au monde passe par un rapport équilibré à nous-mêmes qui est de plus en plus difficile à atteindre car nous sommes dans une société de saturation d’informations, d’images, de contacts virtuels, que notre cerveau peine à digérer. Ensuite, l’idée d’un être humain maître absolu de la nature est en train d’être profondément remise en question. Mais comment changer ?  Il me semble que cela passe par une valorisation de la diversité des expériences et des modes de pensées.

 

Comment la fiction peut-elle accompagner ce changement ?

H.V. : Le rôle de la fiction est fondamental car elle peut influencer les représentations. Depuis plusieurs années, les États-Unis produisent des films qui mettent en avant les minorités et qui en font des héros, comme récemment avec certains blockbusters produits par Marvel. C'est essentiel pour donner un peu d'espoir à tous ceux et toutes celles qui pensent ne pas avoir un rôle à jouer dans la société. Pour beaucoup de créateurs de fiction, il y a au départ une grande insatisfaction devant le monde tel qu'il est. Personnellement, je fais ce métier pour inventer des récits divertissants, qui ne sont pas donneurs de leçons, mais qui montrent des personnages généralement considérés comme marginaux et qui sont pourtant capables de faire bouger les lignes. Et je crois que c'est lors des périodes de crise que les gens les plus inattendus peuvent être à l'origine des plus grands changements.

 

Comment traduisez-vous cela dans vos productions ?

H.V. : Dans la saison 4 de Dix pour cent, il y a une petite musique autour du ras le bol de l’avidité au sein de notre monde et de cette folie égotiste, matérialiste, oublieuse de l’importance de nos liens, qui s'en est emparé. Je viens également de terminer une série sur les années 20 qui s'appelle « La Garçonne ». C'est l'histoire d'une femme qui, en se travestissant, prend la place de son frère dans la police. Ce frère voulait être peintre mais son père l'a obligé à devenir flic comme lui. Les hommes sont eux aussi assignés à un rôle, souvent plus valorisant mais tout aussi enfermant.

 

Le cinéma peut être utilisé pour renforcer l'inclusion sociale ?

H.V. : Le cinéma peut jouer ce rôle là, même s’il faut rester modeste : il a sa contribution qui est de stimuler l’imaginaire. Nous sommes entrés dans une époque où le rapport au réel est extrêmement trouble. Les gouvernants s'autorisent à nier la réalité. C'est particulièrement flagrant avec Trump. Plus personne ne comprend ce monde qui dérive sans boussole en s'appuyant sur des marchés financiers complètement déconnectés. Il ne sera pas possible d'accélérer la résistance de tous et de toutes au changement climatique sans prendre en compte la réalité de ce que les gens vivent au quotidien. Il faut les inciter à adhérer au changement et ne pas se borner à leur imposer des contraintes. Il y a une analyse de l'inclusion qui reste à faire. Pour rééquilibrer la balance, la fiction peut mettre en scène des personnages qui apportent de l'espoir. Aujourd'hui, les films et les séries qui traitent de l'avenir sont catastrophistes. Mais d'autres histoires commencent à voir le jour. Il y a de plus en plus de récits fictionnels qui sont inspirants et qui parlent différemment de ce qui est devant nous. C'est encore le tout début car ce nouveau monde est difficile à inventer. Il faut expérimenter, tenter, et évaluer... La fiction n'est pas là pour prédire l'avenir mais elle a la capacité de faire des propositions alternatives.

 

Quel est votre défi post-confinement ?

H.V. : Dans les projets que j’initie, j'espère que l'un d'eux sera pertinent par rapport à ce qui nous préoccupera dans deux ou trois ans. Le travail d'un producteur, c'est d'écouter les signaux faibles et de sentir ce qui va être en phase avec le monde d’après demain. C'est ce qu'on a réussi à faire avec Dix pour cent et avec la Garçonne. Nous souhaitons trouver des récits qui parleront aux gens dans un futur proche et qui leur donneront un peu d'espoir.

 

Harold Valentin est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 21 avr. 2020
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