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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 20 avr. 2020
Mélanie Marcel
© DR

Portrait de Mélanie Marcel, fondatrice de SoScience

Ingénieure diplômée de l'ESPCI Paris, spécialiste de la physique des ondes et des neurosciences, Mélanie Marcel a débuté sa carrière en travaillant sur les interactions machines / cerveaux. Il y a un peu moins de 10 ans, elle a lancé SoScience, une plateforme d'innovation qui a pour but de remettre la recherche scientifique au service de la société et du bien commun.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Le Shift. Un portrait, une rencontre.

 

Comment en êtes-vous venue à créer SoScience ?

Mélanie Marcel : SoScience est atypique car nous opérons au croisement de la science et de l'innovation sociale, deux mondes qui ne se rencontrent jamais en temps normal. Mon hypothèse de départ était que la recherche ne répondait pas suffisamment aux enjeux de société car elle était mise au service d'un certain nombre d'acteurs qui n'ont pas pour but le bien commun, notamment les grands groupes et les industriels. Aujourd'hui encore, tout le monde considère que la bonne utilisation d'une découverte consiste à générer des profits sous une forme ou une autre, et donc des emplois. Personne ne se dit qu'elle pourrait répondre à un enjeu social et environnemental. Il y a un vrai impensé à ce niveau là que nous essayons de combler. Les acteurs des politiques publiques ne prennent en compte que l'aspect économique des innovations. Pour eux, les laboratoires ne peuvent pas produire autre chose. Plus que jamais, la recherche doit être utile à la société.

 

Comment procédez-vous pour corriger le tir ?

M.M. : Nous favorisons la rencontre entre les scientifiques, qui disposent depuis toujours d'importantes capacités de recherche au sein des laboratoires, les départements Recherche & Développement des grandes entreprises et les acteurs de l'impact social et environnemental. Pour renforcer l'utilité de la science, un levier consiste à faire travailler ensemble toutes ces entités qui n'ont pas l'habitude de se parler. Pour ce faire, nous mettons en place des programmes de réflexion et de collaboration qui sont axés sur des thématiques d'avenir. Avec "Futur of soil", "Futur of food", "Futur of industry" ou "Futur of water", nous imaginons le devenir de l'agriculture, de l'alimentation, de l'industrie, de la gestion de l'eau en nous attaquant aux problématiques environnementales avec l'objectif de trouver des solutions inédites. Le travail des chercheurs peut ainsi être mis au service d'un projet de société.

 

Des exemples de réalisations ?

M.M. : Nous avons récemment travaillé sur la question de la fertilité des sols.  Nous avons collaboré avec Reverdir, une entreprise sociale basée en Tunisie, qui, grâce à notre programme, a pu rencontrer un chercheur spécialisé dans ce domaine. Le but était de trouver une solution pour lutter contre la désertification, qui grignotent de plus en plus les terres arables, pour pouvoir développer une agriculture qui puisse s'adapter aux environnements désertiques. Les polymères super absorbants se sont révélés une piste d'avenir. On les trouve par exemple dans les couches pour bébés et dans les serviettes hygiéniques. Ce sont de petites billes de polymère qui gonflent au contact de l'eau et qui sont capables d'absorber 1500 fois leur poids. Lorsqu'il pleut, les polymères stockent l'eau et peuvent ainsi irriguer les sols, ce qui permet de cultiver en climat aride. L'idée était d'utiliser des polymères biosourcés, et non pas pétrosourcés, pour renforcer l'écoresponsabilité du processus. Il fallait néanmoins mesurer leur impact sur les sols pour s'assurer qu'ils les enrichiraient sans les dégrader. Aujourd'hui, les équipes de Reverdir travaillent directement dans le laboratoires du chercheur. Ça a été une collaboration extrêmement fructueuse.

 

Comment créer plus de ponts entre les scientifiques et les grands groupes ?

M.M. : Il y a une vraie barrière culturelle. La recherche peut apporter un certain nombre de réponses aux grands groupes et aux industriels mais il faut que ceux-ci soient prêt à prendre ce chemin qui est extrêmement rigoureux et engageant. Ce sont des chantiers qui nécessitent une vision à long terme. La recherche ne travaille pas dans l'urgence. Et le management des entreprises travaille quant à lui avant tout sur un temps court. Pour autant, les entreprises doivent répondre à des dangers qui sont en train de menacer leur activité. De fait, de plus en plus d'acteurs se tournent vers la recherche pour trouver des solutions. Il faut réunir les chercheurs, les entrepreneurs sociaux, les tiers-lieux, les grands groupes autour d'un enjeu commun. Le manque de structuration actuel peut être comblé grâce à des financements adéquats et des programmes d'innovation ouverte : quand elles sont bien faites et réellement ouvertes ces méthodologies permettent de vrais co-créations entre les acteurs. Chez SoScience, nous voyons qu'ils apprennent alors à mieux collaborer ensemble et à innover sur le long terme.

 

Les chercheurs avaient-ils anticipé la crise actuelle ?

M.M. : Les chercheurs sont depuis toujours des lanceurs d'alerte qui tirent la sonnette d'alarme sur les dangers du réchauffement climatique. Depuis la crise du SRAS en 2003, de nombreux scientifiques nous ont dit qu'il fallait faire des recherches sur les coronavirus car il y avait un risque potentiel de pandémie mondiale, et qu'aucun pays n'y était préparé. Dans l'ensemble des disciplines, la plupart des chercheurs ont conscience de l'urgence des défis environnementaux et sociétaux mais ils sont encastrés dans un système qui n'a pas été pensé pour y répondre. Les enjeux économiques sont le seul prisme de lecture.

 

Que prévoyez-vous pour la fin du confinement ?

M.M. : Il y a deux grands grandes thématiques que nous allons aborder. Nous avons un premier programme sur l'agriculture urbaine et un second, en partenariat avec le Shift, sur la question de la biodiversité. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment l'industrie peut se réinventer pour prendre en compte le vivant. 

 

Mélanie Marcel est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 20 avr. 2020
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