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Ils font Shifter l'époque
Arnaud Pagès - Le 6 avr. 2020
Carole Stromboni
© Clémentine Gras

Portrait de Carole Stromboni, experte en transformation digitale et innovation

Après avoir étudié à Sciences-Po et à HEC, Carole Stromboni s'est formée au design thinking sur les bancs de l'université Paris V. Cette experte reconnue de la transformation digitale et de l'innovation met ses compétences au service des entreprises pour les guider dans leur quête de sens et leur apprendre à optimiser leurs process de façon frugale.

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale et confinés chez nous, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. C’est pour cette raison que nous avons souhaité publier, en cette période inédite, les portraits des premiers membres de L’ADN Shift. Un portrait, une rencontre.

Qu'est ce que vous apportez à vos clients ?

Carole Stromboni : J'accélère des projets d'innovation. Ça peut être aussi bien pour le lancement d'un laboratoire que pour la mise au point d'un nouveau produit. J'accompagne des sociétés pour que ces projets puissent naître dans les délais impartis. Je travaille généralement sur des missions très courtes et très difficiles où on me demande de donner un coup d'accélérateur ou de franchir certains obstacles. C'est très important pour moi de faire des choses qui ont du sens.

 

L'innovation est aujourd'hui centrale pour accélérer le changement ?

C.S. : L'innovation, c'est un mot-valise dans lequel on peut mettre tout et son contraire. C'est d'abord un état d'esprit et des techniques. L'un sans l'autre, c'est creux ou c'est inefficace. Si elle est bien faite, l'innovation est une composante essentielle du changement. Aujourd'hui, les outils digitaux permettent d'aller plus vite pour créer des services qui vont changer la donne. Et la culture du prototypage donne la possibilité d'optimiser ce qui est produit. L'innovation est indispensable pour améliorer le monde dans lequel nous vivons. 

 

Est-ce qu'il ne faut pas repenser l'investissement ? Certaines inventions qui pourraient faire la différence ne passent pas le cap de l'industrialisation faute de budget...

C.S. : C'est un vrai sujet. La rentabilité reste essentielle. Il y a une doctrine dans l'investissement qui guide les choix vers des start-ups qui ne sont pas forcément les plus vertueuses. Pour autant, l'argent reste le nerf de la guerre et on ne peut pas demander à une start-up de ne pas en gagner. Idéalement, il faudrait bien sûr que les investisseurs puissent avoir des critères plus larges et que le profit ne soit plus leur seul repère. Mais ce n'est qu'une partie du problème... Il y a aussi la capacité d'exécution. On parle beaucoup des idées mais elles ne représentent que 10% de l'innovation. Je travaille avec des chercheurs du CNRS qui sont très fort dans leur domaine mais qui ont besoin de partenaires pour donner vie à leurs projets. Au-delà de la question de l'investissement, la complémentarité des compétences est nécessaire pour qu'une start-up puisse porter une innovation qui sera à la fois transformante et économiquement viable.

 

Est-ce que le silotage nuit à l'innovation ?

C.S. : C'est un fait. Il y a beaucoup de défiance des start-ups vis à vis des grands groupes qui ont des chaînes de décision et des modalités de paiement qui sont très longs. Les start-ups ne sont pas du tout dans cette temporalité. Les différents univers professionnels ont du mal à travailler ensemble. Les grands groupes sont englués dans leurs processus internes. Ils investissent beaucoup mais il y a peu de concret qui en ressort.

 

Pour changer la donne, il faudrait innover dans la façon dont on innove ?

C.S. : Certainement mais la transversalité a beaucoup de mal à exister. La plupart du temps, les gens travaillent en petites cellules, que ce soit dans les grands groupes, les PME ou les starts-ups. Et dès que ces petites cellules grossissent, les silots se créent. Il faudrait que les écosystèmes se rencontrent. Je pense aussi que l'innovation de transposition n'est pas assez valorisée. Tout le monde parle de disruption mais ce que Sanofi fait avec l'impression 3D à la demande des médicaments peut apporter un vrai changement dans la façon dont on consomme des produits de santé. Il faudrait adopter une approche plus humble et frugale pour trouver des solutions qui fonctionnent et qui ont la capacité de changer la vie des gens. Et il faut retrouver le sens de ce que l'on fait.

Carole Stromboni est membre de L’ADN Le Shift - le collectif des Nouveaux Mutants.
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Arnaud Pagès - Le 6 avr. 2020
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