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L’artisanat : le savoir-faire made in France

Le 27 sept. 2013

La nouvelle campagne de promotion de l’Artisanat met en avant la proximité et le savoir-faire ! Entretien avec Jean-Pierre Crouzet, le président du FNPCA qui dévoile un univers passionnant et plein de paradoxes…

Entretien passionnant avec Jean Pierre Crouzet, président du Fonds national de promotion et de communication de l'Artisanat (FNPCA) qui nous a parlé de cette nouvelle campagne signée la chose et Anatome ; ces métiers mal connus de l’artisanat (250 métiers), de savoir-faire, de transparence, il a par ailleurs soulevé de nombreux paradoxes…

Le lancement de cette campagne est prévu en télévision à partir du 29 septembre dans deux films de 30’’, déclinés ensuite en spots de 10’’ puis sur Internet. Une campagne nationale d'affichage, radio et presse viendra compléter le dispositif qui s’étendra jusqu’à fin novembre.

 

Quel est le poids de l’artisanat aujourd’hui ?

Jean-Pierre CROUZET : L’artisanat n’est pas assez connu dans ce qu’il représente en France. La population jeune ignore quels sont les métiers de l’artisanat. L’artisanat, c’est 250 métiers, 4 millions de personnes, 400 milliards d’€ de CA et sur 10 entreprises qui exportent, 3 sont issues de l’artisanat. On ne le sait pas. Je crois que l’on a changé de siècle et que la communication aujourd’hui, doit être différente de ce qu’elle a été jusqu’à maintenant. C’est la raison pour laquelle cette campagne est tout à fait nécessaire.  Car il y a un contexte  économique difficile, l’artisanat est touché comme toutes les autres professions, peut-être de façon moindre car il n’y a pas de licenciements et pour cause, nous avons un déficit de compétences professionnelles.  C’est assez curieux,  il y a plus de 3 millions de demandeurs d’emploi et nous recherchons des artisans.

Actuellement en période de crise,  il y a un besoin de 90 000 personnes dans le bâtiment et nous avons un déficit de 40 000 personnes. Concernant la boulangerie que je connais un petit peu : il y a 10 000 emplois non pourvus, il y en a 4000 en boucherie. Si vous prenez tous les secteurs d’activités, ce déficit de compétences professionnelles ne permet pas aux entreprises d’avoir le développement qu’elles souhaiteraient. Il y a une exigence des consommateurs qui est tout à fait normale,  mais nous ne pouvons pas assurer les demandes, vu que nous n’avons pas les compétences nécessaires.

Je ne peux pas dire que c’est la faute aux autres car c’est trop facile, pour autant depuis des décennies nous réclamons une nouvelle orientation scolaire qui ne soit pas considérée comme une voie d’échec. Nous avons beaucoup de mal à être entendu.

Cette campagne remplit deux aspects importants : montrer l’image d’une société moderne dans le respect de l’égalité femme-homme afin de montrer l’égalité au niveau des compétences.

Il est important que les jeunes générations soient informées sur notre profession, car il y a des voies d’avenir extraordinaires, une très grande diversité de métiers.  Dans le monde de l’entreprise dès qu’un jeune a un minimum de compétences, il est certain d’avoir un poste avec un CDI du jour au lendemain. Mais cela ne se sait pas.

L’artisanat, c’est aussi le goût de l’effort et du plaisir ! Nous avons face à nous des consommateurs qui recherchent un produit personnalisé et non standardisé. Il faut avoir l’amour de ce travail que l’on choisit, l’amour de sa connaissance et le placer sur son côté noble.  L’objet de cette communication est de faire découvrir ce que sont nos métiers et les voies d’avenir qu’ils comportent.

 

La télévision a multiplié les émissions de cuisine par exemple, cela a t’il suscité des vocations dans l’artisanat ? Cela vous a t’il aidé ?

Jean-Pierre CROUZET : Oui, cela aide. Toutes les professions réfléchissent à la transparence des métiers qu’ils font, parce que bien souvent les professions sont  trop génériques. La boulangerie est la seule profession à avoir obtenu une loi qui définisse ce qu’est une boulangerie. Un professionnel qui n’achète pas ses matières premières, qui ne les transforme pas sur place et ne les vend pas sur place, ne peut pas s’appeler boulangerie. Cette loi a été obtenue en 1998. Cela impose des contraintes, c’est incontestable mais il y a une transparence totale. J’invite mes collègues à réfléchir, à travailler également sur ces obligations qui font qu’il faut éviter aux tricheurs de décevoir.  Même si ce sont des minorités quelques fois, elles peuvent faire mal à des secteurs d’activités. Il  faut que nous ayons une véritable transparence en termes de communication, à travers ces émissions qui apportent une plus-value.

 On sent une reprise dans nos secteurs mais encore faut-il avoir ces compétences sans lesquelles on ne développe pas les chiffres d’affaires que l’on devrait faire.

 

Et si nous revenions sur le Made In France lancé par François Bayrou et depuis par Arnaud Montebourg  ...

Jean-Pierre CROUZET : Il faut être prudent, car je ne voudrais pas tomber dans le corporatisme primaire. Nous nous inscrivons dans la proximité. Par définition c’est du made in France et par définition de la non délocalisation.  Je crois que dans notre pays nous devons avoir, sur le plan de l’économie,  des complémentarités, les uns par rapport aux autres. Je ne critique pas les autres, je dis simplement que la compétitivité doit s’exprimer dans tous les secteurs à condition qu’elle soit transparente. Je suis un défenseur du libéralisme mais avec des règles du jeu. 

 

C’est  paradoxal, les marques de luxe,  depuis quelques années, n’ont pas cessé de mettre le savoir-faire et l’artisanat au cœur de leur communication. Vous vous réappropriez cet univers à travers cette nouvelle campagne, comment l’avez-vous construite?

Eric Tuong Cuong : C’est tout à fait juste, les marques de luxe se valorisent et vendent des produits dans le monde entier avec on le voit une relocalisation. Nous sommes en plein dans cette valorisation du travail, c’est le constat que nous avons également fait.  Par rapport à ce que l’on voit de l’artisanat aujourd’hui, ils ont des concurrents qui font des campagnes de pub en permanence expliquant que le pain est frais, que la viande est tracée… Mais il y a quand même des différences à la fin. Notre idée était de faire une campagne sur le travail, sur la valeur ajoutée du travail d’un artisan. On ne peut pas être positionné sur des prix moins chers, ce n’est pas le propos, et en même temps avoir ce discours qui revient sur cette notion de qualité, de durabilité. Tout ceci montre les évolutions de consommation, aussi on essaye d’accélérer cette prise de conscience du public. C’est vrai que cela rejoint le made in France, cela rejoint la valeur travail, le fait d’avoir des objets plus durables que la consommation que l’on jette en permanence. On doit défendre la notion rapport/ qualité prix.

Eric Zajdermann : Nous avons constaté que le travail qui a été réalisé depuis une dizaine d’années par l’Artisanat, pour installer le concept de 1ere entreprise de France était formidablement présent dans l’esprit des français. Ils ont une très bonne image des artisans mais quand on parle de passage à l’acte sur la consommation ou sur la formation, c’est différent.   On a donc vraiment orienté toute la campagne sur l’incitation avec cette signature "Nous avons tous une bonne raison de choisir l'Artisanat". Toute la campagne est construite sur l’accumulation des bonnes raisons qu’on a de choisir l’artisanat.

 

Qu’avez-vous choisi de faire sur le digital pour toucher ces jeunes ?

Eric Tuong Cuong : Ce volet de campagne qui est sur les clients, sera en 2014 aussi déployé pour les jeunes. Il expliquera les avantages de choisir les métiers de l’artisanat. Il y a un projet de concours sur le net qui permettront de voir les apprentis…

 

Propos recueillis par Virginie Achouch

 

L'ADN - Le 27 sept. 2013
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