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Astrolab, maison de production digitale

Le 4 avr. 2012

La maison de production digitale Astrolab a été créée en 2005. Interview de son fondateur Julien Rocher.

 

Doc News: Pourquoi avoir fait le choix de créer une production de publicité digitale vs une la publicité traditionnelle ?

Julien Rocher: Dès le début, il y a cinq ans, nous avons choisi un facteur différentiel fort et exigeant: le procédé cinématographique. Je venais du documentaire, je me suis dit que la publicité était un terrain de jeu intéressant. A l’époque, j’ai constaté que personne ne s’était réellement positionné sur le digital donc j’ai décidé de faire ce choix différenciant. Avec mon parcours, j’ai eu l’habitude de travailler sur des systèmes de production value qui sont intelligents. Nous cherchons par exemple des décors existants plutôt que de les construire. Toute cette réflexion de production et de réalisation, nous a permis de rentrer dans les budgets, qui sont en progression, donc nous permettent d’augmenter la qualité.

Nous avons aujourd’hui une société en France et une aux Etats-Unis.

 

 

Quelles sont vos dernières réalisations ?

Julien Rocher:  Nous tournons environ une campagne par semaine. J'ai réalisé la campagne Nokia « Amazing call » avec Buzzman, le clip Batman Arkham city. Nous avons tourné un film, braqué une banque en direct avec les blogueurs, avec des directs sur Facebook, c’était une belle opération digitale.

 

Comment trouvez-vous votre inspiration sur le digital qui est en perpétuel mouvement ?

Julien Rocher: J’ai été monteur, chef opérateur donc je connais bien tous les axes de production.

La maîtrise d’un film, c’est l’ensemble de la maîtrise. Celle de la technique à la maîtrise narrative jusqu’à la production de value. C’est dans l’ensemble de la maîtrise qu’on accède à l’inspiration. Aux Etats-Unis, il y a des réalisateurs qui sont complets, ils s’occupent à la fois de la direction d’acteurs, de la narration, ils savent exactement ce que le moindre technicien ou la moindre machine produit.

C’est un challenge permanent, il faut prendre en compte l’aspect créatif et le traduire sous forme d’exécution. Ce sont des procédés compliqués, mon rôle est de trouver des solutions pour traduire l’idée créative en film.

 

 

DN: Quels sont les réalisations en digital qui vous ont le plus marquées ?  

Julien Rocher: Je reste très centré sur la France, il y a beaucoup de choses innovantes ici. Les USA, ont beaucoup misé sur les web séries, ils n’hésitent pas à faire travailler les meilleurs scénaristes, ceux des séries télé. C’est pour cette raison que nous avons crée notre société aux USA, afin de pouvoir faire un échange de savoir. Il y a là-bas des « script doctors » qui sont des « tueurs ». L’idée est de travailler parfois avec eux et de faire « script doctorer » les histoires par eux.

En effet, il y a un problème de narration sur certaine web séries en France. Contrairement aux américains ou aux suédois, il y a en France une autocensure et des peurs qui interdisent de raconter des histoires extravagantes ou plus audacieuses.

 

DN: Quels sont pour vous les clés de la réussite d’une web série ?

Julien Rocher: La liberté. Ceux qui seront libres dans leur script pourront se démarquer. Les moyens permettent également d’avoir de vrais acteurs, de bons auteurs, cela fait moins bricolage. En France les Colocs, a retenu mon attention, Norman & Crunch également. Par ailleurs, il faut songer à un relais tv, le jour où les web série seront diffusées en transmedia, ce sera une bonne chose, il y aura une force bipolaire. La durée est un facteur important, elle ne peut pas excéder les 2 minutes, car  il existe un taux de décrochage fort et cela nécessite une puissance narrative pour capter les internautes.

Dès qu’il y a une marque derrière, dans l’attention des gens ce n’est pas naturel. Il faut que les marques arrivent à se mettre en second plan, sinon ils décrochent. Il faut parler de la marque différemment, favoriser la création avant tout. Quelques agences réfléchissent à des alternatives comme Sid Lee. Ils sont plus sur une recherche artistique comme M&C.Saatchi.GAD, Ogilvy (expérience Perrier) ou BETC.

 

DN: Avec l’avènement de la TV connectée, quelle est votre vision de ce marché ? Le digital aura-t il sa place ?

Julien Rocher: Pour les web séries cela aura un véritable intérêt, le jour où il n’y aura techniquement plus de frontières entre le digital et la télé. La diffusion et l’augmentation  des contenus, des expériences seront favorisées. Le contenu est devenu l’eldorado, pour nous producteurs et réalisateurs tout va se rejoindre d’ici quelques années. On fait appel aux mêmes moyens, on a juste la connaissance de la mécanique qui est extrêmement compliquée. Au niveau production, nous sommes quasiment à égal entre la pub et le digital. On produira pour tous les media, cela se ressent déjà en production digitale. La vision du digital change, les annonceurs comprennent la puissance (monde et temporelle). Il va falloir que les budgets arrivent au même niveau, car ne serait-ce que pour les droits d’images cela se calcule de la même manière que pour la télé. Il faut créer des ponts, entre la TV, la pub et le cinéma. Le cinéma est une usine à créer de l’émotion, avec des auteurs, des acteurs magnifiques. Il faut créer des ponts entre ses différents media . Nous rencontrons des auteurs de séries TV, car c’est avec eux qu’il faut travailler sur un projet de web série. Développer des histoires, créer des émotions c’est un travail de producteur et cela va au-delà du format 30 secondes. Nous devenons producteur de contenus, parce qu’il faut avoir une intelligence de production et  raconter des histoires. Dans le digital, c’est assez nouveau, c’est en train de se créer, il n’y a pas de modèle contrairement à la pub. Tous les projets sont des challenges.

L'ADN - Le 4 avr. 2012