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Portrait d'un médecin
© Bermix Studio - unsplash

E-santé : innover ensemble pour préserver notre système de soins

Lifen
Le 19 févr. 2021

Aujourd'hui, face à une surcharge de la demande de soin, les soignants peinent à mobiliser l’ensemble de l’innovation médicale qui est créée chaque année. Imaginons ensemble une mise en situation fictive, et pourtant d’actualité.

Vous arrivez à l'hôpital à la suite de complications d’une infection au Covid-19. Vous avez en parallèle des problèmes de thyroïde et suivez un traitement régulier.

Or, le personnel soignant avec lequel vous échangez ne sait pas quel impact peut avoir l’administration du traitement contre le Covid-19 sur votre prise de médicament habituelle.

Une étude scientifique est sortie à ce sujet la semaine dernière, mais le personnel médical n'a pas pu en prendre connaissance. Pleinement mobilisés par les tâches opérationnelles, les médecins n'ont pas le temps de mobiliser cette nouvelle ressource. Difficile de s'y retrouver au sein de l’immense bibliothèque de milliers d’études scientifiques publiées chaque année...

Sans cette information, vous vous retrouvez par conséquent avec un traitement standardisé, qui n'est pas adapté à votre situation.

Les outils numériques ont pourtant le pouvoir de changer ce paradigme et de permettre aux soignants de mobiliser la donnée et l'innovation en santé pour offrir le meilleur soin. Pourquoi alors ce constat est-il toujours d'actualité ?

Le numérique, un allié désarmé ?

C’est un fait : notre système de santé sature. Le recours aux soins augmente considérablement du fait notamment du vieillissement de la population. À l’horizon 2030, ce sont 15 millions de Français qui seront atteints d’affections longue durée, souffrant en moyenne de 4 à 6 pathologies différentes. Problème : les médecins vieillissent aussi. La moitié d’entre eux a aujourd’hui 55 ans ou plus, et leur nombre augmente très peu depuis 12 ans. A l’explosion de la demande de soins, en cours et à venir, répond donc une offre insuffisante. Et quand on sait que le nombre d'octogénaires en France augmentera de 30% d’ici 2030, il va falloir agir, et vite. Si l’on ne fait rien, c'est le barrage qui va céder : les gens auront moins accès au soin, les déserts médicaux vont s'étendre, les files d'attentes vont exploser… Si l’on ne fait rien, les cas complexes qui ne manqueront pas de survenir seront ingérables, et les parcours de soin, aujourd’hui trop standardisés, ne répondront pas à la demande. C’est notamment par une personnalisation accrue que l’on pourra collectivement se sortir de cette mauvaise passe.

Il existe néanmoins plusieurs signes d’espoir, qui, si l’on s’y intéresse, pourraient bien combler les failles de notre système de santé. On en a récemment eu une illustration parfaite grâce aux vaccins contre la Covid-19 : l’innovation en santé se porte bien. Les découvertes médicales s’accumulent, et la recherche avance. À tel point qu’il est de plus en plus difficile pour un médecin de rester à la page. Il faut donc trouver le moyen de permettre aux soignants d’être plus efficaces qu’aujourd’hui. Et pour cela, le numérique peut-être un allié fiable, si tant est qu’il soit utilisé correctement.

Le volume de données médicales dans le monde ne cesse en effet de croître depuis des années, au point d’atteindre 2,3 milliards de giga-octets en 2020, et d’être sans doute multiplié par 50 d’ici 2050. De très nombreuses informations circulent quotidiennement entre patients, soignants libéraux ou établissements de santé. Et un meilleur traitement de ces dernières est essentiel à bien des égards. D’abord pour améliorer la personnalisation des soins en mettant en place une meilleure coordination médicale.

Ensuite parce que les tâches administratives restent encore trop peu numérisées dans le domaine de la santé. L’accélération de la digitalisation des échanges et l'amélioration des flux d'informations médicales sont au cœur de nombreux plans gouvernementaux. Public et privé sont concernés, mais c’est aussi le cas de la médecine de ville. Les généralistes consacrent en effet plus de 13 heures de travail hebdomadaire à des tâches non médicales.

Quelle que soit la solution employée (aide à la prise de rendez-vous ou au diagnostic, envoi de documents), le problème est que chacune fonctionne de son côté. C’est un point technique, mais essentiel : plus les logiciels utilisés sont interopérables, c’est à dire plus ils peuvent facilement fonctionner ensemble, mieux la donnée peut être analysée. Or, aujourd’hui, les données de santé ne sont pas toutes structurées sur le même format, et leur traitement n’utilise pas de langage informatique commun.

Les entrepreneurs du secteur de la e-santé sont pourtant soutenus par les investisseurs, qui voient dans la santé à l’ère numérique un fort potentiel de croissance. En 2020, les financements ont d’ailleurs atteint la barre des 5,4 milliards d’euros de fonds levés : un record. Mais quand on sait que la Haute Autorité de Santé (HAS) recensait fin 2019 près de 100 000 applications santé disponibles, la nécessité de coordonner cette effervescence innovatrice devient impérieuse. L’adoption de référentiels communs permettrait de simplifier l’accès au marché. Si chacune des solutions communique facilement avec les autres, il devient plus aisé pour les entrepreneurs innovants d’obtenir un retour sur investissement. Briser les silos est aussi essentiel côté systèmes d’information. Plus ces derniers peuvent facilement intégrer de nouvelles solutions, moins les déploiements sont longs et coûteux.

Les pistes ne manquent pas pour dynamiser l’écosystème afin de sauver notre système de soin. Et parmi elles, l’une des plus efficaces pourrait bien être de revoir le fonctionnement global du marché.

Restructurer le marché pour préserver le système de santé

Pour que cet écosystème idéal voit le jour, certaines barrières à l’entrée restent encore à lever. L’enthousiasme des créateurs d’entreprise et de solutions logicielles est bien là, mais peut se retrouver contraint par le processus actuel de mise sur le marché de solutions dans le secteur de la santé. Jugez plutôt : il faut entre six mois et un an pour déployer une innovation dans un seul établissement de santé. Les cycles d’achat et de vente sont particulièrement longs, et les petites structures font face à des contraintes techniques majeures et coûteuses pour intégrer leurs solutions à la structure informatique d’un établissement.

Côté entrepreneurs numériques, l’accès à la donnée pour proposer des services de santé est fastidieux : les référentiels techniques sont parfois difficiles à adopter. Les informations médicales, essentielles à l’élaboration d’un parcours de soin efficace, circulent mal entre les différentes solutions déjà implantées dans les établissements. Ce fonctionnement rend les connexions complexes et chronophages, si tant est qu’elles soient simplement possibles techniquement. Pour faciliter le processus, les éditeurs de solutions vont devoir également sortir de leurs silos respectifs, et commencer à travailler ensemble.

Le constat est clair : c’est l’ensemble de la dynamique d’innovation en santé qu’il va falloir repenser. Heureusement, des solutions existent pour que les acteurs du secteur puissent vraiment la jouer collectif, en s’appuyant sur de véritables synergies. L’observation de l’évolution récente de plusieurs industries nous donne un modèle pour y parvenir : il s’agit de repenser le modèle d’innovation en santé sur le modèle de la plateforme. Les différents stores de nos téléphones portables permettent par exemple aux acteurs innovants de déployer leur application auprès de tous les utilisateurs en un instant. Et si une instantanéité comparable existait en e-santé ?

Pour permettre à tous les acteurs de soigner ensemble et à tous les soignants de mobiliser l’ensemble des données et innovations pertinentes pour leurs soins, l’émergence d’une plateforme est nécessaire. Pour franchir cette première étape vers un système de santé plus efficient et nous préparer aux défis futurs, certaines conditions doivent être rassemblées. Nous les explorerons dans les semaines qui viennent.

Lifen - Le 19 févr. 2021
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