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Frédéric Beigbeder, c’est LUI

Frédéric Beigbeder, c’est LUI
Introduction
Demain en kiosque, les français pourront effeuiller le numéro 1 de LUI, Frédéric Beigbeder, directeur de la rédaction du mensuel, nous raconte cette nouvelle aventure.

La renaissance est due à Jean-Yves Le Fur qui a eu la bonne idée de se porter acquéreur de Lui, titre mythique lancé en 1963 par Daniel Filipacchi. Il a choisi Frédéric Beigbeder à la direction du mensuel,Yseult Williams (ex Grazia), à la rédaction en chef et Julien Millanvoye la rédaction en chef de Lui.fr. La rédaction a souhaité créer un journal qui serait à la fois féministe, sexy et LiLidoté d’un esprit un peu impertinent. 50 pages de nus sont immortalisées par les grand noms de la photographie de mode. Léa Seydoux fait la couverture de ce numéro 1 et s’est dénudée sous l’objectif de Mario Sorrenti.

Le N°1 est tiré à 350 000 exemplaires et sera mise en vente au prix de 2.90€.

 

Qu’est-ce que Lui représentait dans vos souvenirs ? Y a-t’il eu une Une particulière qui a marqué votre esprit ?

Frédéric Beigbeder : Cela dépend des époques. Je me souviens de ma première rencontre avec le journal, c’était sur la table basse de mon père dans le Vème à Paris, et il y avait Marlène Jobert sur la couverture.

La photo n’était pas dénudée, je ne crois pas. Dans mon souvenir, ce qui était le plus sexy, c’était ses taches de rousseur. Ce qui prouve que j’étais déjà un homme élégant et raffiné et pas du tout un gros salaud. J’aime bien les taches de rousseur encore aujourd’hui, je trouve que lorsqu’il se met à faire beau et que les taches de rousseur apparaissent, c’est très espiègle.

 

Avec de tels souvenirs, comment recrée-t’on un Lui version 2013 ?

FB : Ce qui est fantastique, c’est d’avoir un titre légendaire et de faire ce que l’on veut à l’intérieur, très égoïstement.

Le titre a des valeurs, une sorte d’ADN, avec à la fois les images sexy et le contenu où il y a de l’humour, de l’intelligence, de la littérature, des entretiens avec des intellectuels … J’ai retrouvé dans les archives un long entretien entre Françoise Giroud et Paul Giannoni  sur la nudité féminine, c’était absolument passionnant. Notre idée est exactement la même que celle de Daniel Filipacchi quand il a créé le journal en 1963, c’est-à-dire trouver un équilibre entre un journal de mode déshabillé, espiègle. Evidemment on vit dans une omniprésence du sexe absolument partout, donc nous n’avons plus l’aspect transgressif de l’époque ; cela n’empêche pas que l’on puisse être sensible aux grands photographes de mode qui s’expriment avec des modèles splendides. L’équilibre se fait avec des enquêtes, des portraits, des reportages, des chroniques impertinentes et libres.

 

Impertinentes et libres, Lui 2013 n’est-il pas déjà trop sérieux, trop intello ?

FB : C’est difficile pour moi de juger. Je peux vous dire que nous nous sommes déjà énormément amusés. Il y a dans l’editing beaucoup de facéties, de potacheries, de déconnade. Les écrivains sont des gens qui ont du style et de l’insolence que ce soit Patrick Besson, Simon Libérati, Gaspard Proust, Nicolas Rey…  Ce ne sont pas les gens les plus chiants du monde.Cela n’empêche pas qu’il y ait des enquêtes sérieuses à l’image de celle qui révèle que le krash de 2008 de la bourse à New York serait sans doute lié à la prise de coke. Tout comme celle du journaliste qui a retrouvé le N°2 de WikiLeaks en Allemagne, qui s’est fâché avec Julian Assange.

Pour moi en France, le meilleur journal c’est M, le magazine du Monde. C’est ce qu’il y a de mieux en ce moment. Mon but serait – mais c’est vraiment un objectif utopique parce que j’ai beaucoup d’admiration pour M – de faire M avec 50 pages de filles nues à l’intérieur.

 

La société a connu quelques bouleversements depuis la sortie du premier Lui dans les années 60. Comment définiriez-vous l’homme de 2013 ?

FB: Ce qui n’a peut-être pas changé c’est l’esprit,  l’esprit un peu français aussi. Etre un peu obsédé sexuel mais en même temps savoir se retenir, aimer l’élégance, le style, la littérature, pouvoir admirer une échancrure et en même temps une jolie phrase. Avoir une approche très libre de tout, que ce soit l’art de vivre, la culture… Il y a beaucoup de journaux bobos, il n’y a pas beaucoup de journaux LiLi. Lui est un journal Lili, Liberal-Libertaire.

 

Quelle serait la Une de vos rêves, la Une fantasmée de Lui ?

FB : Valérie Trierweiler. Je ne désespère pas qu’elle accepte.

 

Comment expliquez-vous le sommeil de PlayBoy relancé en 2007 ?

FB : J’y travaillais, je faisais la chronique Livres à l’époque où Yan Ceh se lançait chez Michel Birnbaum l’éditeur. Michel Birnbaum, ne faisait rien de Lui pour les raisons qui sont les siennes, il a choisi de le mettre en vente.

Playboy et Lui sont des titres et des marques absolument cultes, ce serait dommage de ne pas s’en servir.

 

Côté pub, Thalys vous a fait un joli clin d’œil dans ce premier numéro… En tant qu’Ex de la pub, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la création publicitaire française ?   

FB : Je reviens de Californie, j’ai beaucoup regardé la télévision et j’ai été frappé quand même par le niveau de création qui est plus original dans les pays anglo-saxons qu’en France.

J’ai écrit ce livre, 99 Francs, il y a maintenant 13 ans pour dire que les méthodes de travail dans les agences entraînaient une destruction des idées en France, cela n’a peut-être pas beaucoup évolué depuis.

Ce qui m’a beaucoup touché en revanche, c’est l’extrême fairplay de la soixantaine d’annonceurs qui ont joué le jeu dans le numéro 1 de Lui. Annoncer dans un journal dirigé par un connard qui a craché dans la soupe, c’est très sympathique de leur part.

Il y a eu une séquence assez amusante, je me suis rendu à une présentation chez OMD, qui est dans l’immeuble où je travaillais quand j’étais rédacteur chez Young & Rubicam. C’était touchant, Hervé Brossard  m’avait laissé un mot gentil sur lequel il avait écrit : «  Welcome back dans ton ancienne maison ». A l’époque cela avait fait un petit peu scandale, choqué beaucoup de gens dans le métier qu’un publicitaire dise tout cela. Aujourd’hui, ce que j’ai dit est considéré parfois comme un peu vrai et les gens l’ont digéré. Au fond, dire du mal de l’incapacité à créer dans ce métier, c’est lui faire une déclaration d’amour.

 

propos recueillis par Virginie Achouch