bannière 2
premium 1
premium 1 mobile
implant cerveau augmenté

«Avant de vouloir augmenter les cerveaux, commençons par les réparer» - Dr Newton Howard

Le 15 juin 2018

Mémoire éternelle, cerveaux connectés à Internet, intelligence augmentée : le cerveau humain est au centre de toutes les attentions. Scientifiques et expert-e-s de tous bords se penchent à son chevet, et entendent booster ses capacités. À rebours des annonces parfois outrancières des techno-gourous, le neuroscientifique Newton Howard travaille avant tout à réparer le cerveau, grâce à une micro puce baptisée Kiwi.

 

En parallèle de ses activités à la tête d’éminents laboratoires de recherche en intelligence synthétique et en sciences computationnelles (Oxford, MIT), le Dr Newton Howard a choisi d’implanter sa startup ni2o en France pour développer Kiwi, un prototype d'implant cérébral. Placé dans le cerveau, Kiwi pourrait contribuer à soigner la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Explications.

Qu’est-ce-que Kiwi, l’implant cérébral que vous avez développé ?

Newton Howard : Kiwi est une puce composée de plusieurs microprocesseurs que l’on installe dans le cerveau pour réparer ses fonctions défaillantes. Cette puce est différente des autres types d’implants parce qu’elle est fabriquée à partir d’un matériau unique : le nanotube de carbone (CNT). Ce matériau se forme dans la nature à de très hautes températures, on le retrouve par exemple sur l’or. Il possède des propriétés particulières : c’est un excellent conducteur (il est plus conducteur que le cuivre) et est très solide (il est plus rigide que le plastique). Ces deux propriétés font que notre puce Kiwi est à la fois très sensible et très solide : on peut la placer dans des environnements instables ou compliqués, elle donnera d’excellents résultats. Kiwi fonctionne donc très bien avec les neurones du cerveau : elle capte les signaux électriques pour réparer les neurotransmetteurs. 

Quels sont les principaux cas d’usage de cet implant ?

N. H. : Les études scientifiques convergent sur un point : la masse du cerveau a diminué de manière critique tout au long des années d’évolution. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, les êtres humains perdent des facultés cognitives. C’est inévitable ! Notre mission est d’aider les individus à compenser ces pertes.

Nous avons imaginé Kiwi pour répondre aux problématiques dans le spectre des maladies neurodégénératives : par exemple la maladie de Parkinson ou Alzheimer. Dans le cas de ces pathologies, ce sont les neurotransmetteurs qui sont endommagés. L’objectif est donc de stimuler la réparation et de restaurer la fonction de ces vaisseaux, grâce à une stimulation électrique qui passe par l’implant.

Pourquoi avoir choisi d’implanter Kiwi dans le cerveau, plutôt que sous la peau comme on le fait avec d’autres implants ?

N. H. : Pour comprendre comment fonctionnent les neurones, il faut pénétrer certaines zones du cerveau. Avec Kiwi l’objectif est de parvenir à activer ou désactiver certains neurotransmetteurs pour compenser la perte des capacités cognitives qui vient avec l’âge, ou à cause de pathologies comme Parkinson ou Alzheimer. Pour cela nous devons nous devons nous placer au carrefour des neurones. Néanmoins, nous pensons déjà à développer un implant ou une puce wearable non invasive que l’on pourrait placer en dehors de la boîte crânienne.

Pour le moment, les applications sont principalement médicales. Y a-t-il des cas d’usage dans d’autres secteurs ?

N. H. : La puce Kiwi permet de réaliser des mesures de manière rapide et fiable, elle peut donc servir comme produit dérivé dans de nombreux cas : à l’intérieur de véhicules autonomes, dans des capteurs pour les futures smart city…Par ailleurs, la puce Kiwi est très fiable d’un point de vue sécurité, le privacy by design est une préoccupation majeure. Nous pensons donc que cette puce pourrait intéresser toutes les industries qui ont en tête de sécuriser les flux de data en temps réel.

Votre biographie précise que vous êtes un « expert pour transformer des projets de recherche en applications concrètes commercialisables ». Comment faites-vous ?

N. H. : Ce que nous faisons en laboratoire c’est que nous explorons le champ des possibles. Pourtant j’estime qu’il est intéressant de chercher à aller plus loin que la publication d’articles académiques sur un sujet donné. J’essaye donc de sélectionner des applications qui pourraient être introduites sur un marché, avec un ticket d’entrée sous forme de produit.

Dans le cas de Kiwi, nous pensons être en mesure de réaliser une implantation chez un mammifère dans quelques mois et dans un cerveau humain d’ici deux ans. Ce n’est pas de la science fiction, c’est du présent !

D’où vous vient cette passion pour le cerveau humain ?

N. H. : Il me semble avoir toujours été fasciné par le cerveau que j’étudie depuis très jeune. J’ai commencé par m’intéresser à l’évolution de l’espèce humaine : qu’est-ce que l’évolution ? Comment ce phénomène s’est manifesté dans le temps et l’espace ? Quel en est le support ? Ces question m’ont très longtemps occupé.

C’est à la suite d’une blessure traumatique qui a affecté mon cerveau que j’ai peu à peu changé de discipline. Cet épisode m’a poussé à m’intéresser à l’état de l’art en matière de traitement et de technologie pour soigner les pathologies du cerveau. Et j’ai réalisé qu’il y avait en fait un déficit, ou du moins une marge de manœuvre considérable en matière de traitement ! J’ai donc décidé de reprendre mes études à l’Université d’Oxford et de concentrer mes recherches sur les manières de réparer et améliorer le cerveau humain.

De nombreuses firmes, dont Google et Facebook, s’intéressent au cerveau. Certains parlent même de recherches qui visent à télécharger le contenu de la conscience dans un disque dur. Pourquoi le cerveau fascine-t-il tant ?

N. H. : Pour le comprendre il faudrait être en mesure de retracer le voyage qui nous mène de Platon ou Aristote jusqu’à maintenant ! Les philosophes et chercheurs-euses se demandent depuis toujours quel est l’endroit où sont produits les émotions, les sensations et la conscience. Platon et Aristote postulait que c’est au niveau de l’âme que se fabriquent ces émotions. Mais dans ce cas là où se situe l’âme ? Est-ce au niveau du cœur, des intestins ou du cerveau ? Le débat pour savoir lequel de ces organes est le plus important a duré pendant près de 900 ans. Il a toujours cours aujourd’hui puisqu’on n’a toujours pas percé le mystère de ces milliers de constellations et d’univers que l’on retrouve à l’intérieur d’un seul neurone - lesquels se retrouvent par milliers à la fois dans le cerveau, les intestins ou le cœur.

Pendant ce temps, on a quand même acquis un socle de connaissance sur le cerveau et la conscience. On sait par exemple que l’un serait le support (« substrate ») et l’autre le logiciel (« software »). La conscience, qui est la somme de toutes les expériences et les ressentis d’un individu est le logiciel. Pour rajouter de la complexité à ce modèle, on a localisé des zones supports à différents endroits physiques du cerveau.

Mais nous n’en sommes vraiment pas au niveau où l’on pourrait affirmer qu’il est possible d’ « uploader » la conscience sur ces supports. À vrai dire, on vient tout juste de comprendre que le cerveau est constitué de plus de 10 dimensions…

J’espère que cette longue explication remet en perspective certaines annonces ! Tout le reste, c'est de la « propagande de Stanford » !

Jean Gabriel Ganascia, un scientifique français, alerte également sur le caractère « bullshit » de telles déclarations…

N. H. : En effet, j’ai choisi de passer par 1 000 ans de voyage dans la science du cerveau dans ma réponse, mais nous arrivons sensiblement aux mêmes conclusions !


Dr Newton Howard sera sur scène aux côtés de Dr Hervé Cneiweiss et Dr Christine Aicardi pour la conférence "Smartocracy: will we be able to enhance intelligence on demand ? (EN)", le samedi 23 Juin à 11H

Plus d'informations : ici

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour