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Tristan Nitot : « Les internautes sont devenus le bétail de Google et Facebook »

mouton rose
Introduction
Ne plus laisser Facebook, Apple, Google ou Microsoft avoir accès à votre vie numérique, c’est possible. Tristan Nitot de Cozy Cloud livre les clés pour reprendre le pouvoir sur vos informations personnelles.

Tristan Nitot est de ceux que l’on n’oublie pas lorsque l’on parle d’indépendance numérique. De tous les combats pour la préservation des données personnelles, des prises de position à l’encontre des géants du numérique, l’homme a conservé le dynamisme des premières heures. Celles du Web libre, ouvert et peu gourmand en datas intimes.

Fondateur de l’association Mozilla Europe (la branche européenne éditant le navigateur Firefox), auteur d’un ouvrage reconnu sur la « Surveillance de masse », Tristan Nitot défend à présent la cause du cloud maitrisé, comprenez un espace dans lequel l’utilisateur garde le contrôle. User after all ?

Quels conseils donnez-vous pour reprendre la maitrise de ses données personnelles ?

Tristan Nitot : Chaque personne doit s’informer sur les modèles économiques à l’œuvre. Android, le système d’exploitation de Google, tout comme Google Search sont gratuits, mais il faut comprendre que ce sont avant tout des chevaux de Troie qui puisent de la donnée personnelle. Face à cela, plusieurs règles doivent être appliquées. Il faut fuir la publicité ciblée, véritable ver dans le fruit, utiliser des logiciels libres, du matériel que l’on contrôle (un Raspberry Pi par exemple), chiffrer ses connexions…

D’autres, j’en conviens, sont plus ardus à appliquer pour un utilisateur classique, je pense par exemple à l’auto-hébergement. Mais il est possible de faire appel à un ami ou de rejoindre des collectifs qui sont déjà à la pointe sur le sujet. Rien n’est impossible.

 

Ce mouvement va à l'encontre de la tendance des professionnels du secteur. Doit-on opposer les intérêts du public à ceux des sociétés ?

T.N : Nous assistons à une véritable course à la donnée personnelle. Les sociétés du CAC 40 n’ont qu’une crainte : celle de se faire désintermédier par d’autres groupes spécialisés dans la collecte et la réutilisation d’informations des utilisateurs. Ces sociétés aimeraient devenir des GAFA mais leur seul levier est de protéger ces mêmes données. C’est pourquoi chacun veut conserver ces données.

De l’autre côté, se trouvent les individus. Notre objectif est de les équiper et les aider à faire ce que personne d’autre ne fait : leur donner les moyens de pouvoir rassembler leurs informations du quotidien (factures, comptes bancaires…) au sein d’un drive. Le tout est synchronisé et chaque document peut être téléchargé au besoin.

Les interfaces des outils qui s'engagent à protéger les données des utilisateurs ne sont pas toujours simples. C'est sans doute un frein à leur adoption ?

T.N : Ce que l’on appelle l’User Experience est devenu capital. Cela peut pousser les internautes à utiliser un outil plutôt qu’un autre. Les internautes n’ont pas réellement conscience de à la quantité des informations qu’ils produisent en utilisant les services en ligne ou simplement les réseaux sociaux. La facilité d’utilisation d’un outil concurrent peut les embarquer dans le fait d’utiliser un service qui sera davantage protecteur.

Les géants américains se constituent des silos de données toujours plus importants. Le combat est-il perdu d'avance ?

T.N : A l’époque de Mozilla, le Web était une promesse, ce truc allait nous permettre de publier des articles, d’avoir accès à l’information, un champ des possibles s’ouvrait. Déjà en 1998, le problème était l’hégémonie de Microsoft. Le slogan à l’époque était « Take back the Web ». Il y avait de bons côtés. Cela a fait naître les logiciels libres, Wikipedia et toute une flopée de projets porteurs.

Alors qu’on inventait le monde, des trucs plus malsains sont arrivés. Les silos de données, véritables recueils permanents d’informations personnelles, ont été mis sur pied. Ces silos dépouillent les gens de leurs données puis les centralisent. Le souci c’est que cette centralisation permet la surveillance de masse. Le constat est cinglant ; nous sommes partis d’une utopie du Web pour parvenir à une dystopie de la surveillance.

La gratuité est devenue le mal absolu ?

T.N : Tout le monde trouve que l’apparente gratuité est un cadeau. Je n’aime pas l’assertion selon laquelle « quand c’est gratuit, c’est vous le produit ». Elle est trop simple. Je préfère présenter cette relation sous la forme d’un lien tissé entre la vache et son fermier. La vache est nourrie et logée gratuitement, le fermier s’occupe d’elle… elle est somme toute ravie. Mais ce n’est pas pour autant que le fermier est son client.

Son véritable client serait plutôt, dans mon exemple, Lactalis. La société va prélever le lait de la vache, lui prendre son veau et même sa peau. C’est exactement ce qu’il se passe avec la gratuité de nos jours. On peut avoir l’impression que nous sommes les clients des services en ligne mais en réalité les internautes sont devenus le bétail de Google et Facebook. Le vrai client in fine est l’annonceur publicitaire, qui va ensuite rémunérer ces plateformes “gratuites”.

 

 

La RGPD va-t-elle les obliger à devenir moins gourmands ?

T.N : Ces nouvelles règles visant à mieux protéger les données personnelles vont forcer les acteurs à respecter le droit, et ce dans toute l’Europe. Le plus important est que ce règlement, en voulant viser les géants du numérique, ne défavorise pas les petites sociétés ou les acteurs locaux. De nombreuses sociétés vont être retard et ne seront pas conformes le 25 mai prochain mais aucune amende record ne tombera. Cela va sans doute apporter des changements majeurs dans la manière d’aborder la relation avec les internautes. Mais le chemin reste encore long, le public, dans sa grande majorité n’a cure de pouvoir tracer ses propres données, vers qui elles transitent, qui les utilisent… L’important reste de garder la maitrise en amont. De savoir ce que l’on donne, et à qui on le transmet.

Anonyme le 24 janvier 2018 / Répondre

je trouve rassurant que cette préoccupation soit collective car on se sent parano par rapport à la masse d’imprudents qui cède à l’appat de la facilité pour vendre leur âme… à google. J’ai aussi en horreur le logiciel qui traque vos recherches de tarifs pour ne jamis vous les reproposer sans augmentation. Un scandale !

Anthony BRAUD le 26 janvier 2018 / Répondre

Le RGPD est une vraie clé pour faire valoir ses droits, et protéger sa vie privée… C’est une vraie contrainte pour les entreprises, mais aussi, une formidable opportunités pour elles de : rationnaliser leurs données, en tirer le meilleur usage (dans le respect de tous…) Et gagner en image de marque… Le traitement des données dans le respect de la vie privée : Le prochain facteur clé de succès des entreprises et organisations ?

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