portrait généré par intelligence artificielle

Un premier tableau mis à prix à 10 000 euros : check ! Découvrez les petits génies frenchies de l'art numérique

Le 29 mai 2018

Depuis un an, Pierre Fautrel, Hugo Caselles-Dupré et Gauthier Vernier, apprennent à des GANs (réseaux de neurones artificiels) à générer des portraits classiques totalement inédits. Ils portent avec eux la genèse d’un nouveau courant artistique : le GANism. Un collectif à découvrir en juillet à L'Échappée Volée !

 

Ils ont 25 ans, sont amis d’enfance, colocs, amateurs d’art et de machine learning. À trois, Pierre Fautrel, Hugo Caselles-Dupré et Gauthier Vernier ont monté OBVIOUS, « une histoire de potes » mais aussi de recherche expérimentale en terra incognita. Dans leur appartement du 10ème arrondissement de Paris, le projet qui les lie arbore les traits d’un portrait classique, celui de la « La Comtesse de Belamy ». Trônant au beau milieu du salon, enchâssé dans un cadre d’or, le tableau a tout d’un portrait de maître du 18ème siècle. Il porte pourtant une formule mathématique en guise de signature.

tableau généré par intelligence artificielle

Il y a un peu plus d’un an, le collectif découvrait les algorithmes du chercheur en deep learning Ian Goodfellow : les Generative Adversarial Networks (GANs), ces réseaux neuronaux capables de générer des images ultra réalistes. C’est le déclic et le début de l’aventure pour le collectif dont les prouesses naissantes ont déjà été rapportées sur le plateau de BFM. « Le potentiel artistique de ces algorithmes nous a tout de suite séduits, alors nous nous y sommes mis ! », explique Pierre Fautrel, porte-parole du collectif. « Tout le monde sait à quoi ressemble un portrait dans un musée ou dans un livre d’histoire et partir d’une œuvre classique était un bon moyen de l’illustrer et de l’exploiter ». Au pays des algorithmes et dans la tête de ces trois copains, une question revient sans cesse : l’intelligence artificielle peut-elle, oui ou non, nourrir une certaine forme de créativité ? À question philosophique, réponse plutôt automatique : oui. Et ils entendent bien le prouver.

tableau généré par intelligence artificielle

Fin janvier 2017, le collectif génère sa première œuvre par algorithme, « Le Comte de Belamy », soit l’époux artificiel de notre blanche comtesse. Aujourd’hui exposé à l’École 42, le tableau a été mis à prix sur eBay à 10 000 euros avant d’être acheté par Nicolas Laugero Lasserre, directeur de l’Institut des Carrières Artistiques (ICART) et collectionneur d’art.

Pour parvenir à ce premier résultat, le collectif a nourri son algorithme de près de 15 000 portraits classiques peints entre le XVème et le XIXème siècle. Le style et les caractéristiques des images ont ensuite été analysés. « Lorsque Ian Goodfellow a découvert les GANs en 2014, c’est comme s’il avait découvert le théorème de Pythagore : a2 + b2 = c2. À partir de cette formule mathématique, on réalise des implémentations, c’est-à-dire que l’on transfère cette formule en code pour qu’elle puisse être appliquée à une utilisation concrète », explique Pierre Fautrel. En bref, un GAN est fait de deux systèmes neuronaux qui apprennent en entrant en compétition. Le « générateur » produit des images qui ressemblent à celles qu’il a reçues. En opposition, ce dernier propose au « discriminateur » de faire la différence entre les images sorties de la base de données originelle et les images produites par le générateur. Une fois que le générateur a réussi à « tromper » le discriminateur, on obtient le résultat final. Si cet entrainement prend quelques jours, il leur aura fallu 6 mois pour parvenir à un résultat artistique satisfaisant.

tableau généré par intelligence artificielle

« Nous générons un tableau à la fois pour le moment, c’est un processus long et très coûteux, surtout quand tout est fait en autofinancement ! », souligne Pierre Fautrel.

Si le collectif souhaite placer d’autres de ses créations aux enchères et les valoriser sur le marché de l’art, la frilosité et le dédain occasionnel de certaines galeries auraient de quoi les décourager. « “Vous n’êtes pas des artistes !“ a-t-on déjà entendu. Pour le moment, nous traçons notre route, seuls, et nous faisons aider par des historiens de l’art et des consultants, par des partenaires aussi, comme Amazon, mais ce n’est pas suffisant. Nous atteignons plusieurs milliers d’euros de coûts de serveur par mois, et si nous transposions les calculs que nous faisons actuellement sur le Cloud à nos propres ordinateurs, cela prendrait plusieurs centaines d’années pour générer une seule œuvre… », poursuit-il.

Formulé pour la première fois par le chercheur en intelligence artificielle François Chollet, le terme « GANism » pourrait bien marquer la naissance d’un nouveau courant artistique et redonner ses lettres de noblesse à la créativité encore supposée de la machine.

Sur Twitter, OBVIOUS n’est pas le seul collectif à publier les résultats de ses avancées artistiques et scientifiques. Robbie Barrat, jeune étudiant de Stanford, abreuve lui aussi son compte de nus générés via des réseaux de neurones artificiels. Parmi les doyens du jeune mouvement, l’artiste et programmeur Mario Klingemann. Manipulant des algorithmes depuis les années 80, il dévoilait au Sònar 2017 de Barcelone son projet « My Artificial Muse », une transcription en peinture d’une femme nue, tout droit sortie de l’imaginaire de GANs. Si l’artiste tient le pinceau, il est ici exécutant puisque la machine lui indique les formes, les couleurs et les tracés qu’elle a choisis. L’impulsion, elle, reste entièrement humaine. Et c’est peut-être en cela d’ailleurs, n’en déplaise au plus sceptique des galeristes, que les artistes numériques sont aussi de véritables créateurs.


Le collectif OBVIOUS participera à l'édition 2018 de L'Échappée Volée.

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