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Qui est L214, l'association à l'origine du scandale des abattoirs

Le 31 mars 2016

Qui veut sensibiliser à sa cause doit choisir sa méthode. L214 a choisi celle du choc. Une stratégie qui s'est accélérée avec des actions devenues quasi mensuelles. Décryptage.

Fin octobre 2015, une vidéo reprise par les plus grands médias circule sur le Web. Elle montre le traitement des animaux dans l’abattoir d’Alès où chevaux et bœufs sont suspendus et découpés parfois vivants, et baignent dans une marée de sang. À l’origine de la diffusion de ces images, le collectif L214 qui a pour but de dénoncer l’horreur des conditions de vie et de mort des animaux dédiés à l’alimentation. « C’est le fruit du travail de notre équipe, 10 permanents présents au quotidien, et de nos 10 000 membres donateurs », déclare Bérénice Riaux chargée de campagne pour L214. Et pour toucher les consommateurs, leur stratégie n’hésite pas à être radicale en jouant par exemple sur les pics de consommation. « Pour les canards utilisés pour la production de foie gras, on sait que le pic de consommation est en fin d’année. L214 va aller au plus près des consommateurs, au plus près de l’acte d’achat pour dénoncer la pratique cruelle du gavage. On essaie de le diffuser juste avant. Pour d’autres animaux, on ne maîtrise pas la sortie d’une enquête. On dépend des images que l’on produit ou que l’on reçoit, c’est vraiment en fonction des opportunités. Pour Alès, on a reçu des images vers la fin du printemps. Quand on est alertés de situations, on prend beaucoup de temps pour vérifier la véracité des images. On fait un travail de fond, on monte un dossier, on rencontre les vétérinaires, on prépare la plainte contre cruauté. Il y a tout un travail à faire en amont de la diffusion. »

 

Et quand on évoque le succès d’une campagne comme celle d’Alès, les choses restent difficiles à mesurer malgré un écho médiatique fort, les personnalités qui se sont ralliées à cette cause (Michel Drucker, Jean Rochefort…) et les différents e-mails reçus par des personnes qui, choquées, ont décidé d’arrêter de manger de la viande. Mais l’important n’est pas là. Pour l’association, « il est nécessaire que les gens prennent conscience qu’Alès n’est pas la seule brebis galeuse du système. Il y a une grande opacité dans le monde de l’élevage et de l’abattage pour que les consommateurs ne fassent pas le lien entre l’animal tué et le steak présent dans les rayons ». Et le combat est en bonne voie, car comme le remarque Bérénice Riaux, les témoignages sont de plus en plus nombreux « les langues se délient au fur et à mesure, on est de plus en plus connus, les gens nous identifient et on se rend compte qu’ils ont beaucoup de choses à nous dire. Les professionnels du monde de l’élevage et des abattoirs témoignent de plus en plus ». Une accélération qui s'est confirmée depuis ce début d'année puisque deux vidéos supplémentaires ont été réalisées pour dénoncer l'abattoir du Vigan et celui de Mauléon-Licharre. Pour la membre de l'association cela s'explique par un effet boule de neige : plus les gens en parlent moins ils ont peur d'en parler. «Ce matin j’avais encore un éleveur qui nous a contacté pour nous dire que cela fait des années qu’il parle de la souffrance des animaux dans les abattoirs où il emmène ses propres bêtes. Souvent on lui rit au nez quand il en parle à ses confrères éleveurs. Le fait de voir que des associations existent, que des citoyens sont, comme eux, choqués, facilite le passage à l’acte ». 


Quant au choix du format, la vidéo reste le levier le plus efficace : « On a pu constater que raconter ces histoires ne constitue pas des preuves formelles. » A contrario, les images sont tellement fortes et irréfutables que l’association peine à en conserver les droits face aux plaintes et aux procédures en justice… quand il ne s’agit pas de menace de mort : « Nous avons déjà été menacés d’être suspendus à un crochet de boucher… » 


Mais si l’abattoir d’Alès a été fermé, beaucoup pratiquent les mêmes méthodes et sont toujours ouverts… Pour Bérénice Riaux chargée de campagne pour L214, « le changement s’opérera sur la durée, c’est un travail de fond. Mais on voit des signaux faibles comme le nombre croissant de végétariens et végétaliens, des politiques plus à l’écoute, des marques comme Carrefour qui viennent de lancer leur gamme veggie, etc. ». Et lorsque l'on évoque la récente demande du 29 mars de Stéphane Le Foll qui ordonnait aux préfets de procéder à des "inspections spécifiques sur la protection animale dans l'ensemble des abattoirs" du pays, cela ne convainc pas la militante : « il a été obligé de réagir vu le niveau d’écoute des consommateurs et des citoyens, et le nombre de médias qui relaient ces images.  Mais il ne faut pas oublier qu’il y a 5-6 ans, lors de l’affaire Charal que nous dénoncions, Bruno Lemaire s’était également exprimé en disant qu’il fallait absolument revoir ce système, le remettre à plat et réaliser plus de contrôles. Mais rien n’a été fait… Nous n’attendons pas  une révolution de Stéphane Le Foll à ce niveau là… même s’il est intéressant qu’il ait réagit. Cela prouve, encore une fois, que les animaux ont une place aujourd’hui dans le débat public »

 

Même si pour l’association « on ne peut pas tuer avec humanité » et  que « tout ceci continuera tant que le problème de fond n’est pas réglé. A savoir la légitimité de tuer des animaux alors que ce n’est pas une nécessité de faire tout cela », la stratégie du choc montre son impact pour porter un message dans le débat public, tout en amorçant un changement de mentalités. 

 

Ou quand le choc devient la voie d’un message pacifiste.  

 

Cet article est paru dans la revue 6 de L'ADN - Changer le Monde - Pour commander votre exemplaire, cliquez ici.

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