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Mains d'Œuvres, la friche où vous allez aimer passer vos week-ends

Le 15 mai 2018

Vaste lieu en perpétuelle ébullition, Mains d'Œuvres, à Saint-Ouen, promeut "l'imagination artistique et citoyenne" et s'impose comme un véritable poumon culturel. Prochaine étape, exporter son modèle dans d'autres villes de Seine-Saint-Denis.

Il est difficile de réduire Mains d’Œuvres à une simple définition. Couveuse, pépinière, incubateur dédié à l’imagination artistique et citoyenne… ? Pour comprendre ce qui se vit ici, le mieux est encore d’y aller. Au bout de la ligne 13, station Garibaldi, cet ancien centre social et sportif des usines Valeo rythme la vie culturelle du département de Seine-Saint-Denis depuis près de vingt ans. Quelque 4 000 mètres carrés de couloirs, d’escaliers, qui recèlent des salles de conférences, de concerts, de répétitions, de cours, d’expositions, des ateliers d’artistes, des studios de musique… Il y a même un marché bio à ciel ouvert et une buvette… « un joyeux bordel labyrinthique dans lequel il est très facile de se perdre », me confie Juliette Bompoint, sa directrice. Mains d’Œuvres, c’est à Saint-Ouen, et c’est sans doute l’une des friches post-industrielles les plus dynamiques du pays.

En 2014, après plus de soixante-dix ans de communisme, la ville de Saint-Ouen est passée à droite et le maire a décidé de couper nos subventions.


Ce texte est paru dans le numéro 14 de la revue de L’ADN consacré à la Transmission. Pour vous la procurer, cliquez ici.


Dans cette usine à idées, 250 artistes en résidence, 20 équipes de service civique, 25 encadrants et une centaine de bénévoles fourmillent et peuvent accueillir jusqu’à 40 000 personnes sur les 250 événements organisés chaque année. « Il est impossible de suivre tout ce qui se passe ici tellement les projets sont nombreux. Ce lieu dégage une incroyable énergie en matière d’imagination, de partage, de réinvention. » Entre un concert et deux spectacles, Juliette raconte un dispositif d’insertion culturelle pour les jeunes du 93 avant d’évoquer l’éventail de disciplines proposées par ses équipes : arts numériques, arts visuels, arts du spectacle… le choix est vaste. Si les résidents travaillent sur leurs propres projets, la plupart enseignent aux gens du quartier. « Vous avez entre 2 et 99 ans ? », la MOMO, école de musique de Mains d’Œuvres vous enjoint à rejoindre ses rangs ! À côté, le lieu joue aussi un rôle de connecteur : « Nous travaillons beaucoup avec les écoles, les prisons et les hôpitaux sur différentes actions et toujours en fonction de la spécialisation de nos artistes. »

Ici, on chante, on danse, on fait du sport ou de la musique, on boit des coups, aussi, mais surtout, on pense et l’on fabrique ensemble, 365 jours par an. Le dernier projet en date ? Une résidence d’artistes dans une ferme urbaine où « faire du yoga avec des chèvres » et « danser avec les poules » sera tout, sauf incongru, s’amuse Juliette Bompoint.

Mais l’association est moins farfelue qu’elle ne paraît. « Nous avons un type de gouvernance très ouvert avec des groupes de travail organisés régulièrement, un comité stratégique tous les trimestres, une assemblée générale par an… Il y a des habitants dans le conseil d’administration et tout le monde a son mot à dire. » La fabrique se donne aussi les moyens d’être la plus indépendante possible et génère près de 60 % de ressources propres contre 40 % de subventions. « Ne pas dépendre uniquement de subventions, pour moi, c’est une grande fierté », ajoute Juliette Bompoint. 

J’ai grandi ici, Mains d’Œuvres a ouvert quand j’avais à peine 20 ans. C’est une structure extrêmement importante pour moi, mais surtout c’est une énorme richesse pour le territoire.

Mais tout n’a pas toujours été rose, et certains ont encore du mal à appréhender le concept de cette nébuleuse culturelle. « En 2014, après plus de soixante-dix ans de communisme, la ville de Saint-Ouen est passée à droite et le maire a décidé de couper nos subventions. Il voulait détruire le bâtiment pour y construire un conservatoire, mais ce bâtiment est notre outil de travail. Sans lui, Mains d’Œuvres n’existe plus. » Entre le maire et les équipes, le dialogue s’enlise. Les années passent et finissent par statuer en faveur d’une médiation, « et une médiation, c’est toujours mieux qu’une expulsion ! », ironise Juliette Bompoint. « J’ai grandi ici, Mains d’Œuvres a ouvert quand j’avais à peine 20 ans. C’est une structure extrêmement importante pour moi, mais surtout c’est une énorme richesse pour le territoire. »

L’idée aujourd’hui est d’étendre la philosophie de Mains d’Œuvres à d’autres quartiers, en mettant en place un modèle de « foncière culturelle » : La Main 93.0, un genre de coopérative qui a pour objet d’acheter des lieux de culture avec les habitants pour « replacer le foncier entre leurs mains, en collaboration avec les collectivités et les artistes, et les faire bénéficier d’un lieu de créativité à l’image de leur quartier ». Un projet avec lequel elle espère déjà acheter une dizaine de lieux en Seine-Saint-Denis. « On se sent bien ici, et s’il faut savoir accepter les latences dans la mise en place des projets, nous construisons et nous continuerons à bâtir des choses merveilleuses, tant que nous le pouvons encore… » Histoire de transmettre aux suivants l’œuvre forgée par beaucoup de mains et qui ne raconte qu’une seule chose : tout reste encore à faire…


À VOIR 

mainsdoeuvres.org

teh.net : Trans Europe Halles, un réseau de centres culturels initié par les citoyens et les artistes.

 

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