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Quand la musique nous vient d’Australie

Quand la musique nous vient d’Australie
Introduction
Depuis quelques années, une tentation travaille certains de nos concitoyens: s'exiler un temps, parfois plus, en Australie. Mathieu Aribart & Jérémy Mahieu, de l'Agence Brass, décryptent ce phénomène dans une tribune tout en musique.

L’Australie. 

Si le surf quotidien et le barbecue sur plage nous donnent des raisons de ce voyage au long-cours, un autre délice wallaby nous motiverait d’avantage, nous, au départ : sa scène musicale.

La Terre Australe n’a en effet jamais rechigné à offrir au monde occidental sa part d’excellents artistes. Mais leurs succès internationaux ont souvent brouillé les pistes de leurs origines, en tout cas chez nous. Idoles bikers, AC/DC devaient être américains. Les BeeGees, trop Studio 54 pour venir du pays aborigène. INXS faisaient anglais et Sia a écrit pour Beyoncé et Britney alors… Sauf que non. Australiens. Tous.

Les années 2000 virent ce genre de révélations se multiplier. Jet, Midnight Juggernauts, The Vines, Wolfmother… Aussies aussi. La nomination de Sweet Disposition de Temper Trap dans le top tracks of 2009 de la BBC finit de nous faire remarquer le phénomène. Cut Copy, Bag Raiders, Flight Facilities : le duo Melbourne/Sydney -avec un peu de Brisbane- pondait perle sur perle.

 

Qui remercier ?

 

Daron de la scène indé de Sydney, Modular Recordings en premier lieu. Lancé fin 90s avec au roster des groupes comme The Avalanches ou les Presets, le monde doit surtout au visionnaire Steve Pavlovic quelques génuflexions pour nous avoir révélé Tame Impala. Rien que ça. Si quelques démêlés avec Universal ont un peu freiné l’actualité de ces Enregistrements Modulaires, la suite est belle et bien en route avec un chouchou personnel aussi sexy que soulful : Movement, dont le 1er EP est formidable.

Autre gros morceau de la musique australienne : Future Classic. Ce label fondé en 2004 fait actuellement à lui seul les beaux jours de pas mal de sous-genres électroniques. Comme le down-tempo brumeux et romantique de l’alpha-barbu Chet Faker. Les délires bariolés du jeune psychotrope Flume. Ou encore le son acide de Jagwar Ma, nostalgiques d’un Madchester ravé en plein désert. Les cadences de sortie haut débit de Future Classic, et une certaine autorité en matière de soirées, nous font penser que ces gens-là ne dorment en fait jamais.

Même si c’est surtout la scène électronique aussie qui brille de mille feux ces temps-ci, mention spéciale aux vétérans indie d’Ivy League (Cloud Control, The Vines, The Rubens), aux débrouillards de I Oh You ainsi qu’aux excentriques de Rice is Nice.

Pays-continent entretenant un rapport compliqué à son Histoire pesante parce qu’encore fraîche, à la population aussi isolée que réduite, la musique australienne semble avoir digéré dans son coin, sous le zénith du bush, un cocktail nourricier bien tassé. Pour en émerger cognée d’une vibration solaire, parfois à la limite du mystique. Ajouter là une dose d’un humour d’obédience british, beaucoup de d’auto-distance identitaire et une couche d’esprit insulaire, et le lecteur comprendra mieux les sources de cette sensibilité à part.

Les talentueux égarés du temps de Client Liaison (de la pépinière Dot Dash), coup de cœur de longue date, résument et concluent ainsi leur « fin de la Terre » : « surprenante de vie, malgré la soif de son Intérieur qu’aucune loi ne peut étancher. Fais avec, du mieux que tu peux ».

 

Mathieu Aribart & Jérémy Mahieu, pour l’Agence Brass.