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Facebook Home : pertinence et limites

Facebook Home : pertinence et limites
Introduction
Qu'est-ce que Facebook Home exactement ? En quoi Facebook Home est-il pertinent pour Facebook, ses utilisateurs et les annonceurs ? Quels sont les limites d'un tel développement ... par Cédric DENIAUD.

 

Vous n’avez pas pu passer à côté de l’information de la semaine dernière liée à Facebook : le lancement de Facebook Home. Alors que tout le monde s’attendait depuis plusieurs semaines / mois à l’annonce en grandes pompes d’un Facebook Phone, Facebook a surpris tout son monde en concentrant sa présentation sur le lancement d’une interface mobile disponible sur les smartphones Android, Facebook Home. Les observateurs ont largement retenu cette annonce qui, effectivement, était le cœur de la présentation de Mark Zuckerberg mais a également été annoncé un modèle de téléphone Facebook en partenariat avec HTC, le HTC First qui embarquera nativement Facebook Home. Je développerai moins cette deuxième annonce dans cette tribune me concentrant sur l’analyse de Facebook Home.

 

Qu’est-ce Facebook Home exactement ?

Facebook Home n’est ni une application, ni un système d’exploitation mobile qui viendrait remplacer Google Android. Il est à la croisée des deux puisqu’il s’agit d’un Cover Feed qui permet sans lancer d’application d’avoir comme interface principale des actualités liées à ce qui se passe sur votre compte Facebook. Globalement, et pour simplifier, Facebook Home, comme son nom l’indique, pourra être votre interface de démarrage de votre smartphone Android.

 

Google avec son OS Android a fait le choix depuis le début d’un système d’exploitation ouvert, qui permet donc à n’importe quel développeur de créer de nouvelles applications ou services en se basant sur une partie de codes sources. C’est l’une des raisons pour lesquelles Facebook a pu lancer ce service sur Android mais qu’il ne peut (et qu’il ne pourra pas) lancer un système identique sur les iPhones puisque Apple propose un système d’exploitation fermé.

 

 

Facebook Home est-il vraiment pertinent ?

Ma première réaction fut de voir Facebook Home comme une interface pertinente pour Facebook pour répondre à ses objectifs majeurs actuels :

Capter encore plus fortement l’attention de ses utilisateurs en se montrant comme incontournable. En faisant de Facebook Home, votre interface de démarrage de votre téléphone, Facebook s’assure que vous pensiez tout le temps à lui et que vous vous connectiez encore plus fréquemment pour consulter les actualités de votre réseau ou les notifications poussées. Le but de Facebook lié à ce point est également d’éviter de laisser l’utilisateur choisir entre accéder à l’application Facebook et à d’autres applications mobiles (WhatsMyApp, Kik, Path, Pheed…) pour échanger et discuter avec ses proches. La montée en puissance depuis plusieurs mois de réseaux sociaux uniquement présents sur mobiles ou d’applications de tchats qui semblent intéresser de plus en plus fortement une population jeune (Facebook : un désintérêt grandissant ?), a obligé Facebook à apporter une réponse forte. Facebook Home est en partie cette réponse !

Permettre à Facebook de se faire une place plus importante sur le mobile et sur un territoire largement contrôlé par Google : même si Facebook Home n’est pas un système d’exploitation, l’interface donne l’impression d’agir comme tel, du point de vue de l’utilisateur. Même pour accéder aux applications téléchargées sur votre smartphone, vous pourrez le faire directement depuis l’interface Facebook Home.

Récolter encore plus d’informations sur les utilisateurs : en passant par l’interface Facebook Home pour accéder à vos applications, Facebook connaîtra encore mieux les usages que ses membres ont depuis un smartphone en dehors de l’application Facebook. Je ne vous refais pas l’histoire : “Plus Facebook a de données sur vous, plus il est en capacité de comprendre votre profil et de permettre à des annonceurs de cibler leur communication et publicités”.

 

Ma deuxième réaction fut de voir les limites :

 

Google peut apporter une réaction forte et sonner la fin de la récréation… même si cela me paraît peu probable comme je vous le détaillerai à la fin de cet article.

N’importe quel autre service (Twitter ? Yahoo ?) peut créer le même type d’interface la barrière à l’entrée semblant faible si ce n’est la pertinence pour l’utilisateur de choisir telle ou telle interface de démarrage demain. Même si on estime à 9 / 12 mois le temps de développement d’une interface similaire par un “concurrent”, il parait fort probable que dès cette annonce (voir même avant), ils planchent sur le sujet. A ce jeu là, je pense que Yahoo! qui veut faire du mobile le cœur de sa stratégie selon les dires de sa nouvelle présidente Marrisa Mayer (ex-Google) a une vraie carte à jouer (plus de détails dans Quelle stratégie pour Yahoo! dans les mois à venir ?) ;

Les smartphones iOS (Apple) ne sont pas et ne pourront pas être pris en compte, le système d’exploitation étant fermé. Il faudra probablement attendre pour Facebook une réponse juridique obligeant Apple a plus d’ouverture de son système d’exploitation ce qui n’arrivera pas avant plusieurs années ;

La tentative semble presque désespérée de Facebook d’éviter de voir des membres moins utiliser son service. Sauf que les membres qui ont pris une décision de moins utiliser Facebook pour se déporter vers Pheed, TumblR, Kik, n’ont pas une raison suffisante de revenir vers Facebook. Le service ne stoppera pas la montée en puissance de réseaux sociaux mobiles ou d’applications plus verticales mais s’adresse d’abord à des utilisateurs addicts de Facebook qui veulent l’avoir tout le temps avec eux dans leur smartphone.

L’aspect publicitaire direct semble délicat à activer sur Facebook Home. Pour ceux qui voient dans Facebook Home une interface permettant à Facebook d’avoir un nouvel espace monétisable pour y afficher des Sponsored Stories, cela me semble difficilement envisageable et je ne pense pas que Facebook recherche cela avec Facebook Home. Cette interface sur un terminal aussi personnel que son smarphone n’est clairement pas un espace où l’on peut afficher de la publicité. Les utilisateurs risqueraient de s’en détourner et de ne plus voir Facebook que comme un territoire envahi par les marques et les annonceurs alors que les deux premiers usages de Facebook sont d’échanger et partager avec son réseau d’amis proches.

 

L’autre question potentielle est celle liée à la confidentialité des données. Malheureusement pour Facebook (tout comme Google), la société est dans le viseur de certaines organisations sur la question du respect de la vie privée et de la confidentialité des données. Avec Facebook Home, Facebook s’immisce encore plus fortement dans nos vies numériques. Cette annonce, en plus, se place dans un contexte où la CNIL en France vient de révéler que le respect de la vie privée est loin d’être d’être respecté par les applications mobiles (cf : Applications mobiles : le non-respect de la vie privée inquiète la CNIL). La pérennité d’interface comme Facebook Home est donc loin d’être assurée.

 

 

Quelle(s) réaction(s) possible(s) de Google ?

L’une des questions immédiate qui vient également après cette annonce est celle des réactions probables et possibles que Google va pouvoir apporter. Malheureusement, elles m’apparaissent comme limitées et c’est pourquoi je pense que Facebook, malgré la déception qu’ont pu avoir certains observateurs qui s’attendaient à un téléphone en propre “révolutionnaire”, a su trouver la bonne porte pour attaquer son rival numéro 1 Google, tout en s’installant de manière plus prononcée dans la vie mobile de ses utilisateurs.

 

Premièrement, il est difficilement imaginable à la fois techniquement et philosophiquement de voir Google faire marche arrière par rapport à l’ADN de Google Android qui depuis le premier jour se veut être un système ouvert. Deuxièmement, Google qui possède également son réseau social Google+ pourrait lancer le même type d’interface mais se heurterait clairement au plus faible engouement que connaît son réseau social, comparé à l’usage addictif que de très nombreux utilisateurs ont de Facebook. Google pourrait s’orienter sur une interface ne se limitant pas nécessairement à Google+ et offrant un vrai portail vers des applications / services appartenant à Google (la recherche, Youtube, Google Hangout pour le tchat, Gmail…).

 

La troisième solution paraît la plus probable mais une condition sine qua non pour y arriver est que Google continue à se renforcer dans le domaine de services. Faut-il voir les rumeurs actuelles de rachat de l’application de tchat, WhatsMyApp (qui compte plus de 100 millions d’inscrits), comme la volonté de Google d’accélérer le rachat de services pertinents ? Probablement, mais cela risque de prendre plusieurs mois, temps pendant lequel Facebook va pouvoir s’installer durablement et prendre un vrai temps d’avance.

 

 

 

Cédric DENIAUD – Associé – The Persuaders – Cabinet Conseil Internet

 

www.cedricdeniaud.com

www.mediassociaux.fr

Twitter : @cdeniaud

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