1. Accueil
  2. Réflexion
  3. Articles parus dans l'ADN revue
  4. Nos artères sous haute surveillance

Nos artères sous haute surveillance

Nos artères sous haute surveillance
Introduction
Franz Bozsak, ou l’histoire d’un homme qui, en débutant dans l’aérospatial, s’est vu remettre le prestigieux prix de l’innovation du MIT pour un dispositif médical. Présent au EmTech 2016.

Franz Bozsak aime à sortir de sa zone de confort : alors que sa famille baigne dans le milieu médical, il décide de suivre des études dans l’aérospatial. Jusque-là, parcours presque normal, si ce n’est que le jeune étudiant s’engage à pousser un peu plus loin le challenge. Il choisit comme sujet de thèse : Optimisation de stents actifs. Son but ? Savoir s’il peut appliquer les principes de base d’ingénierie qu’il a étudiés à la médecine, à la biologie. Interpellé par son travail, Abdul Barakat, un scientifique qui a consacré sa vie à la compréhension des maladies cardio-vasculaires, l’incite à poursuivre ses recherches pour l’aider à résoudre une problématique : pallier l’usure des artères du fait de la pose de stents et éviter des millions de morts.

Mais qu’est-ce qu’un stent ? Ce sont de petits ressorts en métal, glissés dans les artères pour les maintenir ouvertes et qui évitent, en cas de maladies cardio-vasculaires, que celles-ci ne se bouchent ou ne se rebouchent. Ainsi, ils maintiennent le flux sanguin et l’alimentation du cœur. Envers du décor : une fois posés, la couche protectrice de l’artère est endommagée et, jusqu’à sa cicatrisation, le patient risque une resténose de l’artère, une thrombose, une crise cardiaque… autant de conséquences qui peuvent s’avérer mortelles. Un traitement anticoagulant est prescrit, mais le médecin ne peut que difficilement en déterminer la durée, car à moins de recourir à des méthodes d’imageries invasives contraignantes, il n’a aucune visibilité.

Franz Bozsak et Abdul Barakat ont eu l’idée de concevoir des stents intelligents capables d’envoyer des informations. Ensemble, ils ont créé la startup Instent. Un défi de taille : chaque année, 7 millions de stents sont posés dans le monde, environ 200 000 en France, et 5 millions nouveaux patients sont décelés. Le marché du stent s’élève à près de 7 milliards d’euros.

« Sur une durée de quatre ans, un patient sur dix sera hospitalisé dans le monde à cause de cette incapacité à surveiller de près la cicatrisation. Plusieurs dizaines de milliers de patients en meurent chaque année : il fallait trouver un moyen simple de communiquer sur l’avancée de la cicatrisation en interne », explique Franz Bozsak. Le stent intelligent qu’ils ont conçu est un stent classique recouvert de capteurs et muni d’un système similaire à la RFID relié à un boîtier de lecture à l’extérieur. Comme un pass Navigo, il suffit au patient d’activer le système régulièrement : quand on passe le lecteur, la puce du stent fait une mesure et envoie les informations au boîtier. Ce dernier, via l’Internet sécurisé, transmet ces données au médecin qui est alors en mesure de prendre la bonne décision. Une innovation qui a vu le jour grâce à une levée de fonds de 1 million d’euros et qui a remporté cette année le MIT Under 35 (prix également reçu par Sergey Brin ou Mark Zuckerberg).

Aujourd’hui, l’équipe travaille sur une autre fonctionnalité. Elle propose de l’adapter au guidewire, un dispositif utilisé dans le cadre d’une thrombectomie – intervention qui consiste à enlever un caillot de sang d’une artère – et qui permet de guider le chirurgien dans les artères. « Arrivé au niveau du blocage, notre capteur envoie des informations précises et précieuses, ce qui permet de choisir la méthode la plus adaptée pour déboucher l’artère », indique Franz Bozsak. « Choisir la mauvaise stratégie conduit à l’échec. C’est un fait avéré », conclut Franz Bozsak. Les premiers tests sur l’homme seront effectués courant 2016, pour une utilisation clinique en 2018. Le développement des stents connectés suit son cours en parallèle.


Cet article est paru dans L’ADN 8 – Franz Bozsak est un de nos 42 superhéros de l’innovation. Pour commander votre revue, cliquez ici.


A noter qu’il sera présent au Emtech, l’une des plus importantes conférences dédiées aux technologies émergentes à travers le monde qui a lieu en ce moment à Toulouse (6-7 octobre) et dont L’ADN est partenaire.

Ajouter votre commentaire