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La campagne qui fait plier un Etat

Le 15 avr. 2014

Après plus de 20 ans, le gouvernement serbe avoue être responsable d’un meurtre, maquillé à l’époque en suicide. Un volte-face due à la campagne choc de l’OSCE.

Grâce à une campagne d’intimidation basée sur la peur et les menaces, l’OSCE a permis la réouverture de nombreux dossiers : une justice rendue aux journalistes morts dans le cadre de leur métier.

Le métier de journaliste comprend de gros risques : parmi les meurtres les plus marquants ces dernières semaines, on peut noter celui de Anja Niedringhaus en Afghanistan, tombée dans une fusillade mortelle (la troisième attaque sur les journalistes dans le pays en moins d'un mois) ; celui de Nils Horner, tué d'une balle dans la tête en pleine rue à Kaboul ; ou encore celui de la journaliste américaine Marie Calvin, tuée en pleine rue en Syrie.

Ces trois grands reporters sont morts tandis qu’ils exerçaient leur métier sur des zones de conflits. L'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) tient néanmoins à rappeler que la situation des journalistes d’investigation dans leur propre pays, et même si celui-ci n’est pas au cœur d’un conflit armé, n’est guère plus enviable : en poussant leurs investigations sur les financements politiques occultes ou toute autre forme de banditisme aggravé, ils s’exposent régulièrement à des menaces violentes, voire des menaces de mort.

Au cours des vingt dernières années en Serbie, trois journalistes ont été assassinés et des dizaines menacés. Une politique d’intimidation que l’on croit révolue dans certains pays, comme en Serbie et pourtant… même après la révolution démocratique en Serbie, la liberté de la presse est en danger : Dada Vujasinovic, Milan Pantic et Slavko Curuvija, trois journalistes serbes ont été assassinés dans le cadre de leur travail.

C’est pour cette raison qu’accompagné de Saatchi & Saatchi Belgrade, l’OSCE a lancé en décembre 2013 le dispositif Chronicles of Threats en Serbie. L’objectif de cette campagne est clair : faire ressentir à tout un chacun la peur et l’angoisse auxquelles sont confrontés les journalistes chaque jour. Une atmosphère recréée artificiellement grâce aux media dans le but d’alerter l’opinion publique et le gouvernement, et avec pour but ultime de relancer des enquêtes. Saatchi & Saatchi Belgrade a diffusé 70.000 lettres anonymes dans Blic, un quotidien serbe très populaire. Sur ces lettres étaient imprimées des menaces authentiques adressées à des journalistes parmi une centaine référencée. Dans le même temps, un message de menace vidéo avait été publié sur différents sites d'actualité.

Des ‘fausses’ menaces qui ont enflammé la toile et les chaînes d'information, si bien que le gouvernement serbe a été pressé de faire toute la clarté sur des affaires non résolues, comme celles de Dada Vujasinovic, Milan Pantic et Slavko Curuvija. Il a même été obligé d’avouer la complicité de l’État dans certains meurtres. C’est le cas notamment de l’affaire Radoslava Dada Vujasinovic, tué en 1994, alors qu’il enquêtait sur la politique de corruption du régime de Milosevic en Serbie. Dada, de son surnom, a été retrouvé mort avec des blessures par balle dans son appartement le 8 avril 1994, le gouvernement Milosevic avait affirmé alors qu'il s'agissait d'un suicide. 20 ans plus tard, grâce au dispositif Chronicles of Threats et au pressions médiatiques que celui-ci a suscité, le gouvernement actuel serbe a reconnu que c’était l'État qui avait organisé son assassinat.

Et les résultats de cette campagne ne s’arrêtent en si bon chemin : quinze ans après l’assassinat de Slavko Curuvija, sous le régime Milosevic, l'ancien chef du bureau de la sécurité nationale de Belgrade (DB), Milan Radonjić, soupçonné d'avoir commandité le meurtre a été arrêté ; Ratko Romić, soupçonné d'avoir exécuté le crime, a été placé en détention provisoire.

L’enquête sur le meurtre Milan Pantic a également été relancée.

Veljko Golubovic, directeur de la création de Saatchi & Saatchi Belgrade a déclaré: « Je pense que la campagne ‘Chronicles of Threats’ est un excellent exemple de la puissance réelle des outils de communication moderne. Même une idée simple peut déplacer des montagnes et pousser toute une société de l'avant. Ce qui était impossible hier, est devenue la réalité d'aujourd'hui. »

 

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