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Happy pour eux !

Le 23 juin 2014

Comment deux jeunes créatifs français travaillent avec Pharrell Williams et provoquent le succès du plus gros tubes de l’année : Happy. Un conte de fée numérique et le seul Grand Prix remporté cette année par la France.

Ils n'ont pas 30 ans, mais ils ont déjà à leur actif la réalisation des vidéos parmi les plus virales de la toile: "I love you so" du groupe Cassius, les bébés evian et cette année le clip et le site 24 hours de Pharrell Williams pour "Happy". Le team "We are from L.A", repéré de longue date par Mourad Belkeddar co-fondateur d'Iconoclast, reçoit cette année le seul Grand Prix français. Leur signature : des vidéos qui provoquent l'enthousiasme et le détournement.  

 

 

Cannes vous adore : en 2013, vous avez reçu plusieurs Lions pour les bébés evian, cette année, vous remportez le Grand Prix Cyber aux Lions. Alors, happy ? 

Clément Durou : C’est vraiment toujours aussi cool. Cela prouve qu’en étant extrêmement indépendants et en étant une boite de production (We are from L.A est produit par Iconoclast), on peut accéder à ce type de récompenses. Pour 24 hours of happy, on a aussi gagné le prix du site de l’année du FWA en 2013 et des Webby. Pour nous, c’est aussi important que le Grand Prix de Cannes.

 

Comment un duo de jeunes créatifs parisiens se retrouve à travailler avec Pharrell Williams ?

Clément Durou : Nous avions parlé de manière complètement informelle à Woodkid de l’idée d’un clip de 24 heures. Il s’occupe de la direction artistique de Pharrell Williams et il voulait produire une vidéo pour la BO de « Moi Moche et Méchant 2 ». L’idée du clip de 24 heures a plu à Pharrell. Woodkid nous a contacté en août dernier. C’est parti comme ça.

 

Pierre Dupaquier : À ce moment-là, on était en vacances, chacun de notre côté. On ne connaissait pas la musique. Quand on l’a écouté, on a entendu le son, on a trouvé que ça défonçait tout.

 

Clément Durou : Dans le film, il y a une séquence où le personnage principal se met à danser sur la musique de Pharrell. On s’est dit que c’était ça qu’on voulait : faire une sorte de bibliothèque de danses, 24 heures de toutes les danses possibles. Ils ont grave aimé l’idée. Dix jours après, on partait en prépa. à Los Angeles.

 

Vous débarquez pour la première fois à L.A. avec dans l’idée de trouver 360 personnes capables de danser chacun 4 mn sur la musique d’Happy. Ce n’est pas un peu fou pour deux jeunes frenchies ?

Clément Durou : Ça a été une très grosse prépa. et on a dû la gérer dans une économie de clip. En production, on avait les moyens d’une petite pub française. Heureusement, l’équipe d’Iconoclast a géré ça au plus serré.

 

Pierre Dupaquier : Le casting a été une galère de ouf. Quand tu cherches 360 personnes, tu es quasiment obligé de prendre tout le monde. On a pris aussi pas mal de gens directement dans la rue. D’ailleurs, au final, ils ont souvent été meilleurs. On a eu 8 jours de tournage, notamment avec des mecs un peu cools, qui nous faisaient bien kiffer : dire à Magic Jonhson ou Jamie Fox ce qu’il faut qu’ils fassent… c’est assez impressionnant. En 10 jours de tournage, on a dû marcher 200 km dans les rues de L.A. et Clément s’est foulé la cheville. 

 

Comment s’est passé le travail avec Pharrell ?

Clément Durou : Il était à fond sur le projet. C'est un gros bosseur qui déborde d'enthousiasme. On l’a fait bosser deux jours, de 7 heures du matin jusqu'à 5 heures du matin suivant. C’était vraiment, vraiment intense pour lui. Il devait faire 24 prestations différentes, dans différents lieux, différents costumes. Il a beaucoup donné, on n’aurait pas pu le faire avec un autre que lui. C’était le bon track et le bon artiste. 

 

Quand le site sort le 21 novembre, Happy ne passe nulle part en radio… Comment s’est passée la sortie ? Aviez-vous prévu une mécanique virale ?

Pierre Dupaquier : On n’avait pas de mécanique bien précise. La seule chose, c’est qu’on voulait sortir le site avant le clip de 4 mn. On voulait que ce soit clair dans la tête des gens.

 

Clément Durou : Ca a commencé à marcher direct. Pharrell a demandé à ses potes, genre Justin Timberlake, de tweeter. Après, on a tous été surpris que le truc parte aussi fort, aussi vite, dans le monde entier. Pharrell était hyper content. On savait que le concept d’un clip de 24 heures allait faire parler… mais on ne pouvait pas imaginer que les gens s'approprient autant le truc. Le titre Happy porte un message tellement fort que les gens ont partagé la vidéo pour plein d’occasions. A partir de Noël, la vidéo a été dopée, ça a doublé la viralité… Aujourd’hui, le site a passé les 10 millions de vues et le clip la barre des 300 millions. Il fait encore plus d’un million par jour.  Pour les vidéos produites par les internautes, on ne peut plus les compter...

 

Depuis votre première vidéo réalisée pour le groupe Cassius, votre signature semble être de parvenir à ce que les gens s’approprient votre travail. Est-ce ça votre ADN ?

Pierre Dupaquier : Après Cassius, on se disait que c’était exactement ça qu’on voulait faire : que les gens jouent avec nos créations. On se disait qu’on y arriverait plus, qu’on avait connu le bon alignement de planètes et que ça n’allait pas se reproduire. Et là, bingo ! Avec Pharrell, on a réussi à provoquer la même chose, en plus fat !

 

Clément Durou : En vrai, le fait de voir les gens qui s’amusent sur un objet que tu as créé, c’est assez ouf. On bosse dans la pub, on fait des clips, on ne sauve pas des vies, c’est assez futile… Mais quand tu vois les gens s’amuser, ça prend tout son sens… On ne fait pas des vidéos élitistes ou branchouilles. C’est là-dessus qu’on s’est bien entendu avec Pharrell. On voulait faire un truc qui touche tout le monde. Comme dans les jeux de société, on visait les 7 à 77 ans. Comme les gens dans la vidéo 24hours, tu peux être une vieille en chaise roulante, un mec qui fait 300 kilos ou une meuf qui en fait 32, un môme, un éclopé… tu as toutes les ethnies, tous les styles vestimentaires…

 

A quand remonte votre travail avec Iconoclast ?

Clément Durou : Mourad Belkeddar avait crée chez Soixan7e Quin5e le département El Nino qui réunissait tous les mecs qui faisaient les meilleurs clips, genre Mega Force, Somy, Jérémie Rozan, Edouard Salier, Romain Gavras... On avait repéré que les vidéos les plus intéressantes, sur un format autre que publicitaire, c’était lui qui les faisait. Quand il est venu vers nous, on a eu un coup de foudre réciproque. Un mois après, on a enchaîné sur la pub Eastpak tetris. On a les mêmes envies. Mourad Belkeddar & Nicolas Lhermitte sont extrêmement réceptifs à tout ce qui se fait de nouveau. C’est des oufs de taff. Quand il y a un truc qu’ils ne comprennent pas, ils se posent dessus, regardent 2 000 trucs, font 250 rendez vous avec les mecs les plus intéressants pour se faire expliquer et du coup, ils se font leurs avis de manière hyper objective. 

 

Comment ça fonctionne entre vous ?

Clément Durou : On s’est rencontrés à l’école Olivier de Serres. On était les deux seuls à aimer la pub. Alors on a commencé à travailler ensemble. Les profs ont été cools, on a imposé de faire tous nos travaux à deux. Au lieu de rendre deux copies, on en rendait une seule.

 

Pierre Dupaquier : On est hyper complémentaires. On ne s’engueule jamais. Je peux être un peu chiant : quand je suis fatigué, je boude. Clément parle tout le temps, il est un peu relou.

 

Clément Durou : Quand tu es à deux, c’est plus rassurant. Tu as un plaisir dingue dans la vie de tous les jours, je ne sais pas comment font ceux qui travaillent seul. Dans le partage des idées, on est en ping-pong permanent. On échange des idées tout le temps et on n’hésite pas à se rectifier. 

 

Pierre Dupaquier : Quand je raconte une idée à Clément et qu’il me répond qu’il a déjà vu ça dans le festival des grosses merdes… je sais que je peux passer à autre chose. On n’a aucun respect pour nos idées quand elles ne sont pas bonnes. On est comme un vieux couple, ça va vite, un regard suffit… C’est dur de venir à l’intérieur de ça, même nos meufs ont pu être jalouses.

 

Clément Durou : Dans les phases de production, on ne prend pas trop de plaisir. On reste focus. On nous appelle « cheese and cake ». Y’en a un qui demande un truc, l’autre passe derrière pour demander autre chose, et le mec a la sensation de devoir lâcher tout le temps parce qu’on refuse rarement quelque chose à quelqu'un qui demande un truc pour la première fois… Mais on est vraiment au top quand les gens s'emparent du truc… 

 

Quels sont vos prochains projets ?

Clément Durou : On a envie de bosser avec plein de potes sur des création plus artistiques. On a exposé en juin des Gifs très grands formats à la Gaité Lyrique et, si on peut, on voudrait être présents au Art Basel de Miami.

 

Et pour la publicité ?

Clément Durou : On s’envole pour Prague pour notre prochain projet avec BETC. Avec Rémi Babinet, on s’est dit qu’il fallait qu’on revienne à Cannes l’année prochaine. Mais ce qu’on veut vraiment réussir, c’est arriver encore à toucher les gens.

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