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Fascinant : quand la tech fait de l'art

Le 10 janv. 2017

Net artiste de la première heure, Grégory Chatonsky s’intéresse aux relations entre l’être humain et les technologies, avec l’intuition que le rapport qui oppose la chaleur de l’humanité à la froideur des machines pourrait bien être bouleversé.

Pour lui, l’art est le canal idéal pour se projeter dans l’avenir, élaborer des scénarios sur les futurs possibles. « J’étudie la perception dans toute sa complexité. » Cela le mène à s’intéresser à la notion d’infini : « La différence entre ce que l’on sait et ce que l’on est en capacité de percevoir me fascine. » La technologie lui permet de proposer des œuvres plus vastes que nos capacités de perception : il utilise la faculté d’hyperproduction des machines pour offrir au public une exploration sans fin.

Aujourd’hui, on a dépassé le stade de la fascination pour des technologies perçues comme magiques, pour commencer à pouvoir les appréhender d’un point de vue plus existentiel.

« Dans l’art traditionnel, ce sont nos interprétations qui sont infinies, mais nous voyons une œuvre dans sa totalité. Avec les machines, je propose des dispositifs que l’on ne peut jamais voir en entier. » Entre autres réalisations, son projet Capture proposait une réflexion sur la crise de l’industrie musicale. Ce groupe de rock fictif était tellement prolifique qu’il aurait été impossible pour un fan de tout voir, tout entendre, tout suivre : musique, statuts sociaux, interviews, vidéos, concerts… Au total, Capture a produit l’équivalent de ce qu’un groupe « traditionnel » aurait mis vingt ans à créer. L’objectif : accélérer le consumérisme au point de le submerger.

THE ORIGINS : 1961-1968 from Gregory Chatonsky on Vimeo.

Le rapport entre la fiction et les réseaux de neurones récursifs est une nouvelle étape dans sa réflexion. Ces réseaux, nous les côtoyons au quotidien : suggestion d’identification de visages sur des photos Facebook, recommandations sur iTunes… Ils sont, en définitive, le moyen qu’ont trouvé les machines de reconnaître des récurrences pour établir les bases de données du monde humain, avec l’idée qu’en accumulant le plus de data possible, elles pourront « en tirer des statistiques qui permettent une prévision des comportements futurs », explique Grégory Chatonsky. « Le concept n’est pas facile à maîtriser, mais c’est réellement bouleversant. »

Internet est réinterprété par les machines qui capturent le monde humain.

Chacun à son niveau travaille pour les géants du Web : les internautes alimentent Internet de contenus, et ceux-ci alimentent à leur tour les réseaux de neurones récursifs.

Grégory Chatonsky s’en inspire, et les utilise pour concevoir des dispositifs dont il ne maîtrise pas le résultat. « Je ne suis pas obsédé par l’idée d’être en contrôle de ce que je fais. J’aime que mes créations m’étonnent, cela me touche beaucoup. J’aime l’idée que les chefs-d’œuvre peuvent arriver par accident. »

Et au fond, n’est-ce pas cela l’exploration ? Découvrir au-delà de ce que ce que l’on aurait pu prévoir ?

Deep Dream : Le rêve du réseau (Co-Workers Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris)

À terme, les réseaux de neurones récursifs à mémoire pourraient achever le caractère indissociable de ce que l’on a de plus anonyme en nous. « Pas notre nom, notre culture ou notre religion : ce qui vibre, notre chair. Les réseaux vont avoir un rôle très important dans la façon dont cette partie de nous va s’animer, va entrer en dialogue avec les automatisations. Ça m’émeut, et cela pourrait être une nouvelle occasion de raconter de belles histoires sur le destin de l’être humain. »

En savoir plus : http://chatonsky.net/


Cet article est paru dans le numéro 9 de la revue de L’ADN : Les nouveaux explorateurs. Commandez votre exemplaire ici.


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