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Groupe de personnes avec un casque VR

Où en est-on de la création en réalité virtuelle en France ?

Le 13 avr. 2018

Éléments de réponse avec Michael Swierczynski, directeur du développement numérique du Forum des Images et directeur du Festival NewImages, le festival de la création numérique et des nouvelles narrations. 

Cela fait plusieurs années que le secteur de la VR se développe, pourtant l’usage de cette technologie peine à se démocratiser : la VR est-elle condamnée à rester une technologie de niche ?

Michael Swierczynski : Je ne souhaite pas jouer le rôle du gourou évangéliste de la réalité virtuelle. Ce qui est sûr, c’est qu’on a ouvert les portes d’un nouvel univers : celui des virtualités. Même si celui-ci n’est pas encore stable, ni même rentable. La rupture est amorcée et pose déjà question. Je pense qu’on va de plus en plus vivre au contact d’objets virtuels. Avec ou sans lunettes et casques ? À l’aide d’une puce ? Peut importe la forme technologique, les couches virtuelles vont venir enrichir le monde tel qu’on le connait. Cependant, il faudra attendre au moins 10 ans pour le savoir.

Qu’avez-vous à répondre aux réfractaires qui jugent l’expérience trop oppressante : le device est-il un handicap ?

M. S. : Le port du casque peut être un handicap, mais le casque reste pourtant le meilleur moyen de vivre l’immersion. Aujourd’hui, des éléments comme la stabilité de l’image s’améliorent très vite, ce qui contribue à rendre l’expérience moins oppressante. Les réalisateurs ont également appris à mieux utiliser la technologie, à prendre le temps de dérouler la narration de manière à délivrer des films de meilleure qualité.

 

Michael Swierczynski©Nathalie Prébende

Je voudrais éviter que tout finisse à Hollywood et que la France se retrouve sur une ligne de défense culturelle de la réalité virtuelle comme ce peut être le cas pour le cinéma.

Quelle est la position de la France au sein de cette industrie ?

M. S. : En France, on trouve des sociétés de production très fortes en termes de storytelling avec une grande qualité de narration. Que ce soit dans les domaines de la narration mobile, du jeu vidéo ou de la réalité virtuelle, on compte des acteurs très innovants comme InnerSpace, Atlas V, Camera Lucida ou bien DVgroup. Avec ce savoir faire technologique, on se situe selon moi à l’avant-garde de la création. Par ailleurs, on a l’avantage d’avoir des soutiens publics comme le CNC (fonds nouveaux médias) ou les sociétés d’auteurs.

Pourtant, on n’a pas encore la puissance technologique de la Chine ni même la puissance de frappe des États-Unis qui ont des sociétés comme Oculus, Facebook, des filiales de majors ou bien qui lancent de grandes levées de fonds privés. Je voudrais éviter que tout finisse à Hollywood et que la France se retrouve sur une ligne de défense culturelle de la réalité virtuelle comme ce peut être le cas pour le cinéma. Il faudrait une industrie puissante avec de vrais moyens économiques et des festivals forts.

Comment la création numérique a-t-elle évolué ces dernières années ?

M. S. : En ce qui concerne la création en réalité virtuelle, il y a plus de films, plus de contenus, de meilleurs équipements et un peu plus d’investissements. La création est plus riche et s’inscrit dans une tendance de long terme. Il n’y a en revanche pas eu de démocratisation de la technologie et il faudra attendre encore 5 ans au minimum. Le nombre de productions, même s’il augmente, reste plus restreint que les productions documentaires ou cinématographiques. Les festivals de cinéma comme Sundance ou Tribeca ont ouvert des pendants technologiques avec des prix et ont d’ailleurs gardé leur mécanique de négociations d’exclusivités qui bloque temporairement la circulation des oeuvres.

Quelle va être la prochaine étape du point de vue des technologies et de la création ?

M. S. : On attend beaucoup de la création en réalité augmentée avec des acteurs comme Magic Leap. Mon rêve c’est d’avoir de la virtualité sans casque même s’il reste aujourd’hui le meilleur moyen d’y parvenir. Du point de vue de la création, il faut que les artistes « classiques » s’emparent de la réalité virtuelle - comme ont pu le faire certains cinéastes français comme Jan Kounen - et développent une nouvelle approche de la création.

Pourquoi avoir fait fusionner Paris Virtual Film Festival avec I LOVE TRANSMEDIA ?

M. S. : Paris Virtual Film Festival au Forum des Images était dédié à la réalité virtuelle alors que I LOVE TRANSMEDIA à la Gaité Lyrique se consacrait à l’ensemble de la création numérique. Il m’a semblé logique et légitime de mutualiser nos efforts, nos forces, notre programmation, notre production et nos financements pour avoir un festival plus conséquent et plus ouvert. Le Forum des Images avait tout son sens pour parler de toutes les images.

Festival NewImages au Forum des Images.

Image de couverture et remise des prix du jury : ©Pascal Aimar

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