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Géraldine Aresteanu, la photographe qui s’invite chez vous durant 24h

Josef Nadja
Introduction
24 heures. Un jour, une nuit. Après, elle s’en va, vous laissant en échange une trace de son passage sous la forme d’un album photos. Rencontre avec la photographe Géraldine Aresteanu.

Photographe autodidacte, Géraldine Aresteanu partage le quotidien de certains de ses modèles et lieux qu’elle visite, 24 heures durant. Témoigner de la beauté du quotidien des gens mais aussi de leur être, telle est sa principale motivation. De l’art du portrait intime à la couverture d’évènements business comme Vivatech ou Kinnernet, Géraldine Aresteanu se fond partout, se joue des codes, et parviendrait sûrement à dérider le plus difficile des modèles. Elle ne vous a même pas encore adressé la parole qu’elle vous tient déjà, ses deux grand yeux bleus plantés dans les vôtres, la voix suave et rassurante, avec toujours un objectif en tête : faire de vous son unique priorité, appareil photo en main. Il ne vous reste plus qu’à vous laisser aller… Rencontre.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

Je suis née en Roumanie mais j’ai toujours eu de la famille près d’Orléans. Avant la révolution en 1989, il n’y avait pas de photo là-bas. Il n’y avait même pas de presse, seulement un journal unique sur lequel la dictature avait la main mise. Il n’y avait ni de publicité, ni d’expositions artistiques. En revanche, il y avait quelques concerts auxquels nous allions pour nous réchauffer. Après la révolution, je me suis un jour rendue à la fac d’architecture de Bucarest où WordPress organisait un évènement. J’avais 13 ans. Là-bas, il y avait des photos de mon pays, des choses que j’avais vues et vécues. Le fait de les voir en images m’a bouleversée. J’ai réalisé qu’on pouvait aussi raconter des histoires de cette façon. Je suis rentrée à la maison et j’ai demandé un appareil photo à mes parents. Ils m’ont dit non sur le moment mais ont fini par m’offrir un Canon T60.

 

 

une famille en Roumanie par Géraldine Aresteanu

Série “la Familia” par Géraldine Aresteanu – Albac, Roumanie

Plus tard, j’ai décidé de faire des études en mathématiques pour pouvoir passer le concours Louis Lumière. J’ai eu le concours mais pas mon année de math, c’est à ce moment que j’ai abandonné la voie académique. Je suis alors partie faire un reportage dans les mines d’or en Roumanie et j’ai adoré ça ! J’ai fait mes premières photos avec des lampes de chantier mais j’ai été chanceuse, on m’a offert, mes parents, comme mon mari de l’époque, le temps que ça marche.

homme et cigarette, Albac en Roumanie

Série “la Familia” par Géraldine Aresteanu – Albac, Roumanie

Comment a débuté le projet 24H ?

photo d'un homme en Roumanie

Série “Mihai” par Géraldine Aresteanu – Murighiol, Roumanie

 

C’était un projet personnel au départ. À l’été 2014, j’avais interviewé des personnes sur leur rapport à la révolution roumaine, 25 ans plus tard. Je me suis sentie frustrée de ne pas pouvoir rester plus longtemps avec eux. J’en ai eu marre. C’est comme ça qu’a débuté le projet. Mon premier 24H a été celui de Mihai, un pêcheur roumain vivant dans une cabane au beau milieu de l’eau, dans le delta du Danube. Je l’avais déjà rencontré une fois et lui avais promis que je reviendrai. Les gens que je photographie me touchent, ce sont des personnes que je connais, que je rencontre par hasard où dont j’apprends l’existence au détour d’une conversation… J’ai pu découvrir des gens extraordinaires ; de Georges, 106 ans et « sauveur d’enfants » pendant la guerre à Jacky Terrasson, pianiste de jazz. De fil en aiguille, je me suis aussi intéressée à l’environnement de travail des artisans et des artistes. J’ai pu faire le 24H du Moulin Rouge dont les photos ont été publiées dans Marie-Claire en Hongrie, en Roumanie, à Taiwan et dans quelques autres pays.

Série “Moulin Rouge” – Géraldine Aresteanu

Vous avez aussi fait des photos dans des environnements plus business ?

Dans le monde de la tech, j’ai été invitée à participer à Kinnernet et Vivatech. J’essaye d’y aller chaque année. Petit à petit je me suis faite un réseau. J’aime bien monter des studios un peu partout et proposer aux gens de faire leur portrait. J’aime qu’ils ressentent que je prends le temps avec eux, que je les regarde.

En tant que photographe, comment passe-t-on d’un reportage sur les mines d’or en Roumanie à la couverture d’un évènement business ?

vivatech

Les Echos – Salon VivaTech 2017 – Géraldine Aresteanu

Lorsque j’ai couvert Vivatech en 2017, j’étais relativement libre. Une seule consigne m’avait été donnée : montrer que les gens n’ont pas peur des nouvelles technologies. Je ne voulais pas d’un dispositif automatisé comme on en retrouve souvent sur les salons. Mon rôle, c’est aussi de prendre soin des gens. Le plus souvent, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire avant chaque shooting. Je me laisse le loisir de m’imprégner du moment, de l’ambiance. À Vivatech, on m’avait prévenue qu’il faudrait que je prenne des photos de journalistes et que le public ne serait pas facile. Quand je suis arrivée, j’ai demandé à ce qu’on m’amène plein de journaux pour les faire voler dans tous les sens. C’était le bazar mais les gens se sont instantanément détendus, même ceux qui étaient pressés.

vivatech

Le Parisien – Salon VivaTech 2017 – Géraldine Aresteanu

Quelle expérience 24H vous a le plus marquée ?

C’est sans doute la première, celle avec Mihai. Mais les photos qui ont le plus marqué le public sont celles d’Odette, une dame âgée qui a vraiment touché les gens. J’aime me dire que les photos que je prends restent et marquent la vie de mes modèles. Il y a un peu plus de deux ans, une femme m’a appelée en m’annonçant qu’elle avait un cancer invasif du sein. Elle voulait que je la suive pendant un an et souhaitait conserver une trace de cette terrible épreuve. C’était aussi extrêmement poignant.

vieille dame aux cheveux longs

Série “Odette” par Géraldine Aresteanu, Fargues dans le Lot

Vous vous seriez imaginée à 13 ans faire ça aujourd’hui ?

photo d'un couple qui s'embrasse

Série “Jacky” par Géraldine Aresteanu, New-York

À l’époque, je ne voulais faire que du reportage social en noir et blanc. Finalement, je continue mon rêve mais il s’élargit et se nourrit de nouveaux horizons au fur et à mesure ! Il faut faire ce qu’on aime, coûte que coûte et tant qu’on en a les moyens. Aujourd’hui, je ne me vois plus faire autre chose.


Retrouvez ici tous les 24H de Géraldine Aresteanu. 

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