startup dollar shave club

On a demandé à Pascal Nessim (Marcel) et Gilles Fichteberg (Rosapark) de nous parler de leurs startups préférées

Le 20 juill. 2018

SeaBubbles, Dollar Shave Club, Pumpkin, Tilli… elles n’ont rien en commun mais transforment nos usages et la façon dont agences et annonceurs communiquent. Tour d’horizon des startups qui changent la donne selon Pascal Nessim, CEO de Marcel et Gilles Fichteberg, co-fondateur de Rosapark.


Cette interview fait partie d’une série d’articles réalisée en partenariat avec le Festival des D&AD et D&AD Impact Awards. 

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« Pas le temps de manger sainement ? Vous appelez Frichti. Pour rembourser vos potes instantanément ? Vous allez sur Pumpkin. Vous n'avez pas envie de vous déplacer chez le couturier ? Il y en a forcément un sur Tilli. Vous ne voulez pas louer une voiture pour un trajet court ? Vous allez sur Less*… »

Gilles Fichteberg, Directeur de création et co-fondateur de l’agence Rosapark, aurait pu pousser l’énumération plus loin s'il l'avait voulu. Pas besoin, l’idée est là : à chaque nouveau tracas  quotidien sa startup. Certaines survivront, d’autres non. Mais là n’est pas la question. Tout va vite, très vite. Et dans ce foisonnement de nouveaux usages et de nouveaux services, agences et annonceurs n’ont d’autre choix que de suivre la cadence à coups de rachats, d’incubateurs et de jeunes boîtes invitées à partager leur savoir « disruptif » (il fallait le placer) en résidence. Du côté de Marcel, on propose même à la startup SeaBubbles de prendre ses quartiers à l’agence, dans l’espoir qu’elle devienne un jour « aussi grande que Tesla », s’emballe son CEO Pascal Nessim.

Et en effet, dans ce brouhaha ambiant, certaines jeunes pousses valent le détour. Certaines font même office de case studies pour les plus grands groupes. Voici celles que les boss de Rosapark et de Marcel retiennent.

Pourquoi est-il si important de suivre l’actualité des startups ?

Gilles Fichteberg : À l’agence, nous les suivons pour ce qu'elles nous apportent en termes d'inspiration, de transformation de paradigmes, de nouveaux usages. Prenez Shazam par exemple. Avant, il fallait appeler la radio pour espérer retrouver le morceau que vous veniez juste d’écouter, patienter au téléphone avant qu’un sombre mec en train de fumer un joint ne vous donne une réponse. Tout ça a totalement basculé depuis l’arrivée de cette app, elle a transformé le cœur même d’un usage.

Aujourd’hui ça n’a pas changé, les meilleures startups sont celles qui allègent le quotidien de certaines frictions, qui le rendent plus fluide et transforment nos standards d’attente. C’est primordial, surtout à une époque où l’on veut tout, tout de suite, qu’il s’agisse d’une information ou d’un service.

Tout va très vite et il est assez intéressant d’aller voir les incubateurs pour partager leurs réflexions. Dès qu’il y a une contrainte, une startup y répond. Et bien souvent, la contrainte est la même : le manque de temps et l’incapacité de choisir. « Qu’est-ce que je fais ce midi ? Manger ? Faire du sport ? Faire des courses ? » Demain, vous sortirez de la salle de sport et votre plat aura déjà été livré à votre bureau. C’est vers cela que nous allons : vers une centralisation de tous ces besoins, une agglomération d’offres personnalisées.

Pascal Nessim : Cela fait partie de notre métier, suivre comment certaines startups peuvent changer notre manière de communiquer, comment elles changent un modèle ou tout simplement le monde. C’est fascinant ! Si l’on se réfère à ces trois dernières années, le meilleur case study reste selon moi Dollar Shave Club.

Au départ, vous avez affaire à une startup qui crée un service d’abonnement de lames de rasoir. Elle n’a rien inventé. Mais elle casse tout en s’opposant frontalement aux acteurs historiques du marché comme Gillette, tant dans son business model que dans sa manière de communiquer. Ses fondateurs ont d’ailleurs fait un film dans lequel ils expliquent l’insight niché au cœur de leur concept : le fait que les lames de rasoir coûtent trop cher. Et c’est vrai ! Pourquoi est-ce que ça coûte si cher ? Chez eux, c’est un dollar la lame ! Si un chef de produit chez Gillette avait voulu lancer ce service d’abonnement, on lui aurait ri au nez… Ils sont malins, ils ont designé l’expérience client en entier et ça change tout. C’est un peu comme Uber et sa bouteille d’eau.

En matière de référence, ce genre de case study est très inspirant. Derrière Dollar Shave club, racheté par Unilever depuis, il y a une vraie morale. Un vrai pas de côté que marques et annonceurs devraient aussi s’approprier. C’est ce que nous essayons d’expliquer à nos clients : leur montrer à quel point la tonalité et les arguments de ce type de message peuvent leur ouvrir des portes.

 

Autonomisation financière, environnement, santé et bien-être, smart living… Quelles startups changent réellement la donne sur ces secteurs ?

Gilles Fichteberg : Dans le secteur bancaire, deux ont particulièrement attiré mon attention. Il y a d’abord Digit, une application qui vous permet de mettre de l’argent de côté automatiquement. Elle analyse vos dépenses et vos revenus et agit en fonction des objectifs financiers que vous vous donnez comme prendre des vacances, rembourser un prêt étudiant ou acheter un cadeau. Il y a aussi Mylo, une application américaine. Connectée à votre carte bleue, elle arrondit au dollar supérieur le montant de chacun de vos achats pour investir en bourse et générer des petits bénéfices. C’est du boursicotage pour les novices et c’est très intuitif !

Pascal Nessim : En matière de réussite française, il y a déjà SeaBubbles (ces « taxis volants » sur la Seine, ndlr), une startup créée par deux passionnées, Alain Thébault et Anders Bringdal. Ce qu’ils font est génial. Il y a beaucoup d’Elon Musk dans ces deux mecs. Ils ne font qu’une chose : travailler leur produit. Ils ont une vision, une naïveté qui vous donne envie d’y croire, ils vous emmènent avec eux. Leur produit ne ment pas et ils n’ont jamais eu à investir un seul centime en communication. Des leaders d’opinion se sont directement emparé du projet !

Du jour au lendemain, tout le monde en parlait. Grand public, maires, collectivités locales… Il y a eu des objections certes, notamment en matière de règlementation fluviale, mais les villes changent et tout le monde en est conscient. J’ai un rêve : qu’Anne Hidalgo interdise l’entrée de Paris aux usagers seuls dans leur voiture.

Chez Marcel, nous avons accueilli SeaBubbles en résidence pendant 6 mois et c’est une réelle fierté. Ils étaient totalement intégrés à l’agence et ont pu bénéficier de tous nos talents en interne. Ce sont des acteurs qui ont besoin de communiquer et nous sommes aussi là pour les aider. Qui sait, ils pourraient très bien devenir aussi grands que Tesla un jour ! Il ne s’agit pas de faire du « techwashing » mais bien de capitaliser sur des solutions qui font avancer les choses.

Parmi les startups que je retiens, je pense aussi à The Muesli Boys, trois jeunes Français qui ont eu l’idée de faire de leur histoire leur métier (en grandissant, ce qui était trop sucré pour le petit-déjeuner leur était interdit, ils mangeaient des snacks faits maison à base de graines et de muesli, ndlr). Ils ont lancé leur marque de muesli et ont développé tout un storytelling autour de recettes, de différents assemblages de graines.

Ils ont designé leur marque, leur mode de distribution, leur packaging et même jusqu’à leur look ! Le résultat, c'est une petite marque cool, sans pub et proche des gens... et ça fonctionne, des communautés entières les suivent. Pour moi, ils se feront racheter par des géants de l’agroalimentaire, c’est certain.

Application Yuka

Et enfin, il y a Yuka, cette application qui vous permet de savoir ce qu’il y a derrière une étiquette produit. À l’aide de trois couleurs - vert, orange, rouge – vous connaissez l’impact d’une marque sur votre santé ou sur l’environnement. Yuka prend de plus en plus de poids, et c’est intéressant. Elle a non seulement un impact sur nos comportements de consommation mais aussi sur la responsabilité des industriels en matière de santé et d’empreinte environnementale. À terme, on pourrait même noter la RSE d’une entreprise. Ce serait bien !

*service de covoiturage pour urbains récemment racheté par Blablacar, ndlr

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