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Burning Man : « fabrique à artistes depuis 1986 »

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Introduction
À l’occasion d’une exposition dédiée à Burning Man, « Danger Ranger », son très fantasque co-fondateur, revient sur l’énergie qu’entretient le festival avec une scène artistique résolument underground et ingénieuse.    

Chaque année, dans le désert de Black Rock au Nevada, plus de 70 000 pèlerins se pressent aux portes du festival. En plein cagnard, œuvres et installations d’artistes s’érigent jusqu’au ciel et donnent vie à une métropole éphémère le temps d’une semaine. Certaines créations, seront brûlées, d’autres non. Certains participants se baladent nus, d’autres pas. Et tandis que d’aucuns viennent célébrer la vie, d’autres se recueillent dans des temples païens pour tenter d’oublier la perte d’un être cher. Ici, en fait, chacun fait ce qui lui plait, à condition que la liberté des uns n’empiète jamais sur celle des autres.

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A Night on the Playa, Burning Man, 2017. Photograph courtesy : Nora Atkinson

Oasis regorgeant d’œuvres contemporaines, Burning Man redouble chaque année d’ingéniosité artistique, notamment au travers de la radicalité de certains de ses principes : décommercialisation, expression de soi absolue, culture du moment présent, participation communautaire… les valeurs partagées sont propices à une certaine ferveur créatrice que l’on ne voit nulle part ailleurs.

À Washington DC, du 30 mars 2018 au 21 janvier 2019, l’exposition « No Spectator : the Art of Burning Man » portée par le Burning Man Project entend lui rendre hommage au travers d’une rétrospective des installations, des costumes, des bijoux et des photos qui ont marqué l’histoire du festival. À l’extérieur de la galerie Renwick, des sculptures seront également essaimées un peu partout dans le quartier pour rappeler qu’un Burning Man réussi ne peut se faire qu’à ciel ouvert…et de façon participative (= « No Spectator »).

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Michael Garlington et Natalia Bertotti, Totem of Confessions, 2015, Photo : Daniel L. Hayes.

Pour comprendre l’origine de ce foisonnement créatif, il faut se téléporter sur la côte ouest des États-Unis dans les années 70, explique le co-fondateur, ambassadeur et responsable de la sécurité du festival, Michael Mikel a.k.a « Danger Ranger ».

« À cette époque, à San Francisco, de petits groupes d’expérimentateurs s’essayaient à de nouvelles expériences en plein-air. Je pense notamment à The Suicide Club dont les membres se réunissaient chaque mois autour de performances artistiques comme du théâtre de rue ou de la danse ».

Société secrète aux relents anarchiques, The Suicide Club est aujourd’hui considéré comme l’un des premiers mouvements underground à avoir à démocratisé certaines pratiques extrêmes d’exploration urbaine comme l’escalade de ponts.

« En 1986, la Cacophony Society prend le relai et commence à explorer plus loin et plus ouvertement, repoussant toujours plus les limites de ses expériences », poursuit Michael Mikel. Fondé par « d’ex-suiciders », le mouvement inspirera certains principes de Burning Man comme celui du « Leave No Trace » qui préconise de ne laisser aucune trace de son passage après avoir investi un lieu de création. La même année, Larry Harvey et son ami Jerry James, deux des 5 cofondateurs du festival, organisent un premier feu de joie sur une plage de San Francisco : Burning Man était né.

« Deux ans plus tard, Burning Man se délocalisait dans le Nevada… Depuis, nous sommes des dizaines de milliers à nous réunir chaque année et le festival est à l’origine de près de 80 déclinaisons régionales indépendantes ! », s’amuse notre ranger.

Burning Man Beyond the Playa | KQED This Week

Et à chaque édition, une place de choix est réservée aux artistes et expérimentateurs en tous genres, lesquels peuvent se révéler en bénéficiant des différents programmes de subventions du festival. Des petites installations sommaires à la construction du temple, célèbre structure qui doit être brûlée aux côtés du mannequin géant à l’issue de l’évènement, chaque artiste peut postuler mais doit aussi lever des fonds par ses propres moyens.

Au début des années 2000, ce sont les projets de David Best qui sont retenus pour la crémation finale du temple. Il cède plus tard sa place à l’artiste Mark Grieve et à la communauté Burning Man dans son ensemble. En 2008, le temple « Basura Sagrada » réalisé par Shrine et Tucker 3.0 est pour la première fois construit par l’ensemble des équipes du festival.

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Basura Sagrada, 2008 (Shrine, Tucker 3.0 and the Basura Sagrada Collaboratory)

Chaque année donc, un vivier d’artistes différents vient donner sa couleur au festival en fonction du thème choisi. Du 26 août au 3 septembre 2018, prochaine édition de l’évènement, on rendra hommage au père de la littérature de science-fiction Isaac Asimov au travers du thème « I, Robot ». L’idée ? Explorer celle que nous nous faisons de notre avenir aux côtés de nouvelles formes d’intelligence : « Dans un monde de plus en plus contrôlé par les machines, qui sera le maître et qui sera l’esclave ? », tease le programme de l’édition…

« Burning man, c’est un terrain d’expérimentation pour que les gens et les artistes interagissent et discutent ensemble de leur futur », raconte Michael Mikel. Et quoi de mieux que de faire le point sur notre avenir technologique, à l’autre bout du monde, sans carte bleue et sans smartphone ?

FoldHaus, Shrumen Lumen, 2016. Photo : Rene Smith.


À VOIR :

Artistes présentés dans le cadre de l’exposition « No Spectator : the Art of Burning Man »

David Best – Candy Chang – Marco Cochrane – Duane Flatmo – Michael Garlington et Natalia Bertotti – le collectif Five Ton Crane – le collectif FoldHaus – Scott Froschauer – HYBYCOZO (Yelena Filipchuk et Serge Beaulieu) – Android Jones – Aaron Taylor Kuffner – Christopher Schardt – Richard Wilks – Leo Villareal.

À l’extérieur de la galerie :

Jack Champion – M. et Mme Ferguson – HYBYCOZO – Laura Kimpton – Mischell Riley – Kate Raudenbush.

 

 

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