Blade Runner 20149 artwork

Rencontre avec un virtuose des effets spéciaux

Le 26 mars 2018

Surchargé de travail mais loin d'être stressé, Ash Thorp trouve son inspiration dans sa routine solitaire de freelance et dans de mystiques visions brumeuses. À l'occasion des Design Digital Days de Milan, le designer et réalisateur évoque sa relation avec Ridley Scott et ses projets à venir.

Directeur artistique, designer, réalisateur, artiste numérique, illustrateur… L’autodidacte Ash Thorp compose avec différentes compétences techniques autour d’une seule et même sensibilité. D’abord reconnu pour ses interfaces utilisateurs pour des longs métrages tels que « Total Recall » (2012), « Ender's Game » (2013) et des jeux vidéo avec la saga « Call of Duty », il impose plus tard ses talents de réalisateur au travers d’une bande-annonce pour le film de Ridley Scott « The Martian ».

The Martian: "Ares: Our Greatest Adventure" from Chris Eyerman on Vimeo.

En 2013, il co-fonde la plateforme The Collective Podcast pour y partager ses expériences et connecter de jeunes artistes et designers du monde entier. Deux ans plus tard, il lance Learn Squared, une plateforme éducative en ligne pour les créatifs ayant pour mission de fournir des programmes d'enseignement abordables en ligne. Deux initiatives en phase avec son motto de prédilection : « Stay curious, stay humble ».

designer Ash Thorp

Artiste, créatif, expérimentateur… Qui êtes-vous ?

Ash Thorp : Je n’aime pas vraiment les casquettes, les titres. Je fais tellement de choses différentes que je me considère seulement comme quelqu’un de créatif. Je vis de mes passions, pas d’étiquettes. Je suis allé à l’école mais n’ai jamais été diplômé. Je me suis rendu compte, pendant que j’allais en cours, qu’il y avait énormément de choses que je pouvais apprendre sur Internet et répondre à mes questions par moi-même. Et puis, vous savez comment ça marche, pour réussir, il faut aller voir ce qu’il se passe dehors, échouer et gérer les écueils que la vraie vie vous impose. C’est comme ça que j’ai appris. Aujourd’hui, je jongle en général entre deux ou trois projets clients en plus de mes projets de films personnels. En parallèle, je pratique des arts martiaux pour me canaliser. Je trouve ainsi mon équilibre.

Que tirez-vous de plus stimulant dans cette « routine » ?

A.T. : En matière de rendus clients, j’adore travailler sur un plateau, il y beaucoup de célébrités à rencontrer, c’est assez dingue. C’est beaucoup d’effort, de temps, d’énergie mais aussi de compétences à développer. C’est très divertissant ! Personnellement, j’adore réaliser, travailler sur des films et collaborer avec les gens que j’apprécie, capturer des choses derrière le prisme d’une caméra. Étant en freelance, le plus contraignant reste le fait de devoir courir après les gens pour être payé, gérer les clients et toute la partie administrative...

Vous travaillez aussi avec beaucoup de réalisateurs. Comment se construisent ces relations ?

A.T. : J'aime travailler avec des designers et des réalisateurs, ce sont des gens qui respectent ce que je fais et me permettent de m’exprimer malgré les consignes. Lorsque j’ai commencé, tout était plus compliqué parce que j’étais designer junior. Je devais passer par des producteurs pour pouvoir parler aux clients finaux, les réalisateurs. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir les rencontrer directement. Ils font un métier très complexe et j’adore parler avec eux, leur poser des questions et les comprendre. « Qu’est-ce que je peux faire, concrètement, pour vous aider ? Quelle est votre vision des choses ? Que puis-je faire pour lui donner vie ? ».

Quand tu comprends cette approche, que tu apprends à mettre à l’aise tes interlocuteurs, c’est puissant. J’ai personnellement envie de devenir réalisateur, et ça me nourrit. J’essaye de retenir autant d’informations que je peux, quitte à leur poser trop de questions !

Plus récemment, la chose la plus folle qui me soit arrivée est de me retrouver au téléphone avec Ridley Scott.

The Martian, Blade Runner, Assassin’s Creed, Ghost in the Shell… quel film vous a le plus marqué ?

A.T. : Je pense que tout ce que j’ai fait avec le réalisateur Justin Kurzel sur l’adaptation d’Assassin’s Creed me reste encore en mémoire. Il m’a demandé de créer la représentation visuelle de The Animus, une machine qui permet aux humains d’avoir accès à la mémoire génétique d’un individu dans le film. C’était vraiment génial. La première fois que j’ai eu Justin au téléphone, tout était extrêmement simple, fluide. Nous avons eu un super rapport, c’était très sain. Il m’a laissé créer à ma manière et j’ai pu développer tout un monde à partir de rien, lui donner les clés techniques, le cadre pour qu’il puisse raconter son histoire. C’était beaucoup de travail et une super expérience humaine.

C’est fou de voir son nom sur le grand écran. Mais ce qui reste ensuite, c’est tout le travail qui a été fait derrière et les personnes avec lesquelles tu l’as construit petit à petit.  Plus récemment, la chose la plus folle qui me soit arrivée est de me retrouver au téléphone avec Ridley Scott. « Alien », « Blade Runner » … Ses films m’ont beaucoup influencé et avoir pu lui parler de vive voix était impressionnant. Tu vis ta vie, tu remplis tes objectifs, parfois tu prends du recul et tu te dis « wow, ça m’est vraiment arrivé ! ».

Ton dernier film, « Edifice » se pare d’ailleurs du genre de la science-fiction…

A.T. : C’est mon dernier projet de film, un court-métrage d’environ 7 minutes. J’essaye de réaliser au moins deux ou trois projets personnels par an. L’idée du film m’est venue un peu par hasard, lors d’un rêve fiévreux… J’ai beaucoup de visions de ce genre où je ne perçois pas distinctement les choses. Ce sont plus des formes ou des couleurs qui me restent en mémoire, qui m’obsèdent pendant un temps et que je couche ensuite sur du papier pour en faire quelque chose.

« Edifice » traite de mes questionnements, de mes croyances autour de la vie elle-même, de ses cycles. D’où venons-nous ? À quel point les choses sont-elles aléatoires ? Sommes-nous là par hasard ? Comment, en tant qu’humains, nous arrivons à progresser en tant que culture, société, espèce ? Nous vivons sur un caillou qui flotte dans l’espace, c’est quand même dingue…

Beaucoup de réalisateurs m'influencent, Terrence Malick en particulier.

On pense beaucoup aux séries « Westworld » et « Altered Carbon » après l’avoir vu…

A.T. : Oui, c’est drôle parce que souvent quand j’ai ces visions je me dis « merde, ça a déjà été fait ! » (Rires). Mais rien n’est jamais fondamentalement nouveau et original en fin de compte ! Beaucoup de réalisateurs m'influencent, Terrence Malick en particulier. « Voyage of Time » m’inspire beaucoup. C’est comme regarder une chaine découverte, c’est le grand tout, l’évolution du temps. Ailleurs, la nature et la vie en général m’inspirent ou encore certaines choses qui me fascinent et que je n’ai pas apprises à l’école comme l’intelligence artificielle… Dans « Edifice », il y a ce moment où j’ai voulu établir visuellement ce que je perçois d’un être ou d’un esprit artificiel. Je ne l’imagine pas comme quelque chose de binaire et d’austère, plutôt comme une composition belle, esthétique.

Qu’est-ce qui vous occupe en ce moment ?

A.T. : Je travaille sur mon prochain film et en parallèle, sur le prochain jeu Triple A d’Ubisoft. Il y a de quoi faire !


À VOIR

www.ashthorp.com

THE COLLECTIVE PODCAST

LEARNED SQUARED 


Cet article fait partie d’une série dédiée aux Digital Design Days 2018 de Milan. 

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