Francesco Cingolani

Comment créer des lieux engageants ?

L'ADN
Le 2 oct. 2017

Francesco Cingolani, architecte multicasquettes, mêle les sources d'inspiration et les matières pour des lieux qui cassent les murs et s'ouvrent aux autres.

Architecte, chercheur et enseignant, l’homme repense la conception des lieux autour de ses occupants et de leurs données : « La base de chacune de mes réflexions reste l’usager. Pour l’engager, il est important de l’intégrer dès le début de la conception », et pour y parvenir la multiplication des formats est l’une des clés : « Activités, événements, animations…, nous invitons les futurs occupants de diverses façons afin qu’ils nourrissent la phase de projet », expose Francesco Cingolani. Que cela soit dans le cadre du projet de campus de Clermont-Ferrand pour France Business School où étudiants, enseignants, directeurs et managers étaient invités à coconcevoir le lieu, ou encore dans le cadre du projet Dreamhamar, dans lequel les habitants de la ville de Hamar, en Norvège, étaient encouragés à collaborer pour transformer et réhabiliter un parking complètement délaissé en centre-ville, l’implication des usagers est presque systématique dans les travaux de l’architecte.

Un élément devenu une véritable clé de voûte de l’engagement comme Francesco nous l’explique à travers le projet Dreamhamar : « Dès le début du projet, nous avions la conviction qu’il était impossible de construire un espace public pour redynamiser un centre-ville, sans communauté préexistante. Nous nous sommes donc donné quatre mois pour le faire par le prisme d’événements locaux, mais aussi avec la construction d’une plate-forme online : Digital Lab. Pour éveiller la curiosité des gens, nous avions également disposé notre bureau éphémère sur la place même. » L’architecte reconnaît que la participation des audiences est un challenge en soi. Il y a cependant des recettes simples qui font leurs preuves. C’est par exemple le cas de la nourriture ! « Dans nos tentatives de formats pour faire participer les citoyens, nous avions, un peu comme une blague, apporté du vin et du jambon espagnols, c’est à ce moment-là que les gens ont commencé à s’engager dans le projet », raconte Francesco. Si l’anecdote peut faire sourire, elle est en lien avec une profonde croyance de l’architecte : la cuisine est une activité et un lieu d’agrégation et de cocréation par excellence.

deux jeunes chefs cuisinent

C’est d’ailleurs suite à cette expérience que Francesco cofonde l’espace de coworking Volumes dans le 19e arrondissement de Paris qui intégrera un Food Lab. « Ce lieu est à la fois un lieu d’architecture, d’événements, de cuisine, pro et à la fois perso, un espace de coworking… Le tout très ancré dans la vie locale, proche des citoyens et des associations. »

Si l’écoute et la participation sont des critères déterminants, ils vont de pair avec une véritable modularité du lieu qui doit s’adapter à ses usagers. « Lorsque nous avons récupéré les clés de Volumes, nous l’avons presque immédiatement ouvert malgré les six mois de travaux que nous devions encore effectuer. Les gens qui habitaient ce lieu ont nourri et indirectement guidé les travaux qui ont suivi. Ils ont été une grande ressource pour le lieu. Le Food Lab de Volumes en est l’exemple parfait. Initialement, il ne devait pas avoir le poids qu’il a aujourd’hui. Mais en voyant qu’une petite communauté de chefs se créait pendant les travaux, nous avons décidé de lancer une campagne de crowdfunding pour encourager et donner plus d’ampleur à cette section. Si nous avions attendu le jour de l’ouverture pour initier le Food Lab, il n’existerait sûrement pas. En 2017, c’est la partie qui fonctionne le mieux. »

En plaçant l’écoute des individus au tout premier plan, c’est une toute nouvelle pensée de l’architecture, totalement inversée, qui se dessine. Le projet de CoLiving qu’il conçoit actuellement avec des promoteurs immobiliers, l’illustre parfaitement. « Dans cet exercice, les data des usagers seront intégrées en amont pour définir les espaces à construire en fonction de leurs besoins réels », indique Francesco. Lorsque, habituellement, un promoteur immobilier fait son étude de marché pour définir le nombre de studios, F3, F4, bureaux…, de façon standard, ici, la démarche intègre les données des futurs résidents dans un algorithme en amont de la construction pour adapter le lieu à chacun. On parle alors de conception paramétrique.

materiel d'architecte

En phase de préachat, les futurs acheteurs pourront donc définir les paramètres qui sont importants pour eux : la superficie, le nombre de pièces, l’exposition, le point de vue des ouvertures (pour voir plus de ciel, la rue, etc.) et la quantité de lumière. « L’idée est de renverser la position. Ce n’est pas à des personnes qui ne sont pas standard de s’adapter à des standards immobiliers mais à l’architecte de répondre aux spécificités de chacun », précise Francesco. Derrière cette vision, l’ambition est de rendre la vie des habitants plus fluide. En s’adaptant de façon spécifique aux besoins, le projet d’architecture devrait permettre de minimiser les espaces privatifs, et de réinvestir cette superficie dans les espaces partagés : « Salles de travail, terrasses, espaces de cuisine partagés, espaces sportifs…, cette conception paramétrique nous permettra de réinvestir l’espace commun tout en répondant mieux aux besoins spécifiques de chaque acheteur. »

Entre écoute, sur-mesure et partage, c’est une toute nouvelle formule de l’espace qui s’invente au service de l’engagement.


Cet article a été publié dans le cadre d’un hors-série en partenariat avec l’agence Brainsonic. Pour en savoir plus sur nos offres de brand publishing et L’ADN Studio, cliquez ici !

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