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Leadership au féminin : même dans la com’, c’est pas gagné

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Introduction
L’influence au féminin rythmera les prochaines rencontres de l’UDECAM. Florence Trouche, Directrice commerciale chez Facebook France, fait le point sur les inégalités encore trop présentes dans nos métiers – et les autres…

Difficile de passer à côté : la diversité, qu’elle soit ethnique, culturelle, ou de genre, est sur toutes les lèvres. Si la prise de conscience est massive, la pratique peine à suivre. Le 7 septembre 2017, l’UDECAM posera la question de l’influence au féminin, tournant nécessaire pour les entreprises qui veulent réussir.

 

Florence Trouche, Directrice commerciale chez Facebook France (et auparavant CEO d’Isobar France, DGA de MRM, et DG d’EuroRSCG-4D), a eu l’occasion, au cours de son parcours, de se rendre compte d’un réel problème en ce qui concerne la représentation des femmes, notamment aux postes de management. « On pourrait se dire que les agences et le monde de la communication en général incarnent le progrès, sont en avance sur les tendances, et donc plus ouverts en ce qui concerne les questions diversité. Ce n’est pas le cas », confie-t-elle.

Impliquée personnellement dans la promotion des femmes dans le secteur de la communication, chez Facebook et en-dehors, Florence Trouche l’affirme : le sujet, trop souvent perçu comme éculé, est loin d’être réglé. « Ce qui m’agace, c’est lorsque des femmes de ma génération pensent qu’il n’y a pas de problème. Or c’est la solidarité entre les femmes qui permettra d’apporter des solutions, et de montrer la voie aux générations suivantes : les plus jeunes doivent être le relais d’un nouveau féminisme ».

 

Ne frémissez pas.

 

Etre féministe, ce n’est pas nécessairement être une FEMEN ou une Chienne de garde. Ce n’est pas lutter contre les hommes, pour un monde contrôlé par les femmes. « Il y a toujours eu un féminisme militant agressif, auquel on doit de fortes avancées sociales, notamment en ce qui concerne la sexualité. Les réformatrices, elles, sont moins visibles, à l’instar de Simone Veil ou Françoise Gaspard ».

L’objectif : continuer à travailler pour une égalité de droit social entre les hommes et les femmes, pour une juste représentativité des femmes dans les instances décisionnaires, dans une optique d’inclusion et de collaboration avec les hommes.

 

Les femmes dans la tech : encore trop de freins culturels

Si les femmes sont sous-représentées dans le secteur tech, ce n’est pas une question de compétences, mais de conditionnement… « On apprend aux petites filles très tôt qu’elles ne feront pas de métiers d’ingénieurs : on crée une sorte de prédisposition forcée au sein même de l’école ». C’est donc en amont qu’il faut agir, dès les études. Aux Etats-Unis, la Facebook  University vise à créer, sous forme de stages d’été, une diversité dans ces métiers. « Ce n’est pas un mythe, ni un cliché : le monde de la tech est essentiellement blanc et masculin. Nous cherchons à créer autre chose : nous accompagnons des jeunes gens issus des minorités, qui ont des dispositions pour le code, dans la découverte de nouveaux métiers auxquels ils n’auraient pas pensé spontanément ».

Une autre étape consiste à éduquer les parents, notamment chez les minorités ethniques, qui ne peuvent pas accompagner leurs enfants sur ces sujets dans la mesure où ils ne les comprennent pas eux-mêmes.

 

Et dans la com’ ?

Tout n’est pas que question d’études : en communication, rares sont les femmes qui accèdent aux postes de management. « Les femmes sont parfois surreprésentées en agences, et sous-représentées au sein du leadership. Il n’y a qu’à regarder le nombre de patronnes d’agences… On trouve de très bonnes n°2, mais très peu sont n°1 ». Florence Trouche souligne que « les métiers-rois » sont souvent chasse-gardée des hommes : ce qui vaut pour les ingénieurs dans les entreprises industrielles vaut pour les créatifs dans les agences de création. « On le voit bien au moment des prix, avec les gens qui montent sur scène : il apparaît clair qu’il est très difficile d’émerger quand on est une femme ».

Les quotas, « facteurs d’accélération du changement »

Pour Florence Trouche, il faut parfois réguler pour avancer. « La loi Copé-Zimmermann, qui impose une représentation équilibrée au sein des conseils d’administration de certaines entreprises, a permis de tripler la part de femmes présentes pour arriver à 38% ». Un chiffre qui est loin d’être atteint au sein des comités de direction, où aucun quota n’est mis en place…

Chez Facebook France, un recruteur a l’obligation de recevoir au moins deux femmes en entretien avant de pouvoir faire une offre à un candidat. « C’est une pratique qui peut paraître forcée, ou datée. Mais si l’on n’impose pas ce genre de mesures, il faudra compter 3 ou 4 générations avant que les lignes ne bougent. Le jour où l’on aura rétabli l’équilibre, on n’aura plus besoin de quotas ».

« On y arrivera, à cette parité »

Pas tout de suite, c’est certain. Mais un jour prochain. « Dans deux générations, peut-être ». Florence Trouche en est convaincue, et ça fait du bien. « Tout le monde prend conscience de ce besoin : le monde politique, des entreprises, de l’éducation… Le sujet est totalement admis ». Mais pour combler notre retard, il faut que toutes les parties prenantes s’y mettent. « De plus en plus d’études montrent la corrélation entre représentativité des femmes et réussite des entreprises, et c’est logique ! Il n’y a pas de différence entre les cerveaux masculin et féminin : ouvrir les postes de leadership aux femmes, c’est augmenter ses chances de recruter de bons leaders ».

Parité en entreprise : comment s’y prendre ?

Question bonnes pratiques, Sheryl Sandberg, COO de Facebook, est un exemple à suivre. « Elle a créé des ‘’lean in’’, un format où une dizaine de personnes se réunissent pour conduire le changement ». Avec l’idée que « small is beautiful », Florence Trouche insiste sur la nécessité d’accumuler les initiatives, aussi petites soient-elles, pour mener à bien un projet. « C’est action par action, prise de parole par prise de parole, que se crée la discussion ».

Pour elle, il faut que les femmes se mobilisent, se prennent en main.

 

C’est à vous, femmes leaders de porter le sujet pour les autres : ce n’est pas parce que vous avez réussi à titre individuel que le sujet est résolu.

« Il faut organiser des groupes de parole, proposer des séances ouvertes avec les femmes, faire émerger les sujets les plus importants ». Détruisant le mythe de la « pipelette », elle argumente : « les femmes ne prennent pas seules la parole. Il faut créer un effet boule de neige, et rester bienveillantes entre nous ».

Et les hommes, dans tout ça ?

Ils ne doivent évidemment pas être exclus du mouvement. « Nous organisons un training chez Facebook pour tous les employés ». Baptisé « managing unconscious bias », il doit permettre d’identifier (et de lever) les a priori, les biais que notre inconscient forge parfois malgré nous. « Enfin, notre programme ‘’be the ally’’ permet d’accompagner les employés qui seraient témoins ouverts d’une discrimination. Nous leur donnons les outils pour réagir, les mots pour le dire, et réussir à défendre la parole de la personne discriminée. Pour conduire le changement, c’est toute l’entreprise, hommes inclus, qui doit être garante de l’anti-discrimination ». Ils sont d’ailleurs les bienvenus au Woman Leadership Day, organisé une fois par an.

hommes feminisme

Le sujet de la mixité ne s’arrête évidemment pas à la différence de genre. Il s’étend au handicap, au milieu d’origine, à l’ethnie, à la culture. « C’est très bien que l’UDECAM s’empare de ces sujets : c’est à nous, professionnels de la communication, d’en devenir les porte-parole ».

 


Rendez-vous le 7 septembre prochain Salle Pleyel pour participer à la réflexion et aux débats.

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