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Ces Youtubeurs qui parlent de sexe autrement

Le 20 déc. 2017

Ils.Elles ont entre 23 et 30 ans et parlent BDSM, mammoplastie ou fist fucking en toute décontraction. Sans complexe, ils.elles se mettent en scène dans des vidéos suivies par des milliers d'internautes. Rencontres avec quatre de ces YouTubeurs du sexe.

CLEMITY JANE - 25 ANS – « SEX-POSITIVE » - 68 000 abonné.e.s

Elle voulait parler de sextoys comme d’autres parlent de produits de beauté. Et elle le fait cash, sans une once de vulgarité, et avec une énergie souriante et contagieuse. « J’ai toujours été très à l’aise avec le sujet. J’ai reçu une éducation libre, avec une maman qui répondait à mes questions de manière très simple et très saine. Quand j’ai voulu me lancer sur YouTube, il n’existait rien sur ce registre. L’idée de créer une chaîne fun, divertissante et qui propose de vraies informations, a été assez naturelle pour moi. »

Clemity aka Clémence le sait : elle n’est ni sexologue ni psychologue… Elle a juste envie de partager sa connaissance personnelle du plaisir au féminin. Sa communauté lui pose des questions, comme on le ferait auprès d’une grande sœur : « Cela fonctionne un peu comme une soirée pyjama entre filles. » Les garçons ne sont pas exclus… Même si les produits qu’elle présente ne les concernent pas directement, ils sont 30 % à venir pour partager avec leurs amies.

Sur les réseaux, comme dans la vraie vie, Clemity s’engage. Vegan, féministe, pro-sex-positive, elle fait passer ses convictions dans ses vidéos. Quand elle parle de poils, c’est pour mieux souligner la dimension politique dans le fait de ne pas céder à la mode de l’épilation totale. Quand elle envisage le BDSM, c’est pour se demander si la pratique est compatible avec des convictions féministes. Intéressant ! Clémence a terminé ses études et se lance désormais à temps plein dans son projet : créer une plate-forme de conseils et de sensibilisation qui parle de sexe et de tolérance aussi.

>> Sa chaîne Youtube 

LAURA BADLER - 25 ANS – TRANSGENRE - 5 355 abonnés

« Je n’ai pas l’impression d’être née dans le mauvais corps, c’est plutôt la société qui me le laisse entendre. J’ai envie d’être reconnue comme je suis. » Laura, jolie brune au look vintage, a commencé sa transition en 2015. Et depuis, elle la raconte en vidéos : de son premier rendez-vous chez le psychiatre à sa mammoplastie, de sa prise d’hormones à ses démarches pour changer de nom à la mairie…

 

Bonne semaine à tous. ?

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Avant de créer sa chaîne, Laura était assez isolée, et pensait ne pas aimer les autres. « Je crois que ce que je fais est utile, et cela m’a fait découvrir mon côté humaniste. » Elle a lancé sur Facebook un groupe fermé pour que sa communauté puisse échanger, « un petit endroit au calme, loin des voyeurs, où l’on ne se sent pas jugé.e ». Côté YouTube, elle a appris à gérer : « Les commentaires insultants me rappellent le lycée. Les enfants sont souvent méchants entre eux, mais sans savoir pourquoi, ils reproduisent juste des discours. » Parfois, elle en laisse paraître un, qu’elle commente, et puis d’autres prennent naturellement le relais. « J’espère que ça instruit la personne… Qui peut savoir ? »

>> Sa chaîne YouTube

TRISTAN LOPIN - 30 ANS – LGBT - 20 903 abonnés

Tristan Lopin a de la bouteille. Auteur, acteur, il monte seul en scène et vient du cinéma. On sent la pratique ! Sur YouTube, on le voit essentiellement de trois quarts, le profil collé à la caméra, et l’oreille vissée à son oreillette de smartphone. Il parle. Parle. Et parle encore à un interlocuteur qui n’a pas le dixième d’une seconde pour en placer une. Il lui sert les tout petits riens d’un quotidien de trentenaire urbain, régulièrement déprimé, le plus souvent agacé. Mais drôle, vraiment drôle. Il ne parle pas que de sexe, ni de culture gay. « Chacun fait ce qu’il veut : j’aime les Roudors, tu n’aimes pas les Roudors… Incroyable non ? », dit-il aux défenseurs de la manif pour tous.

« J’ai appris que ma petite nièce allait avoir pour Noël un aspirateur… En plus, cette année, la petite, elle va avoir la surprise d’apprendre que le Père Noël de sa grand-mère est un macho misogyne qui vient gentiment la remettre dans sa condition de femme soumise… », raconte-t-il pour les fêtes. Et puis, parfois, Tristan parle quand même de sexe : « Les gens, ils pensent que le cul ça doit toujours ressembler à un clip de Britney. Hashtag réchauffement climatique ! On est arrivé à un stade, pour satisfaire quelqu’un, il faut être un devin quoi ! Laissons un peu faire les choses ! Ah mais moi, ça m’angoisse… L’autre fois, j’ai rencontré un mec, le mec je l’aime bien… Genre on parle, de manière hyperouverte… Eh bien le sexe c’est tellement devenu une compétition – il faut que je sois un bon coup – que ça m’angoisse de ouf que ça puisse arriver avec lui… » Bref…, en trois minutes, on prend toujours son pied à écouter Tristan… et l’on s’amuse bien des vices de forme de notre rapport au sexe.

>> Sa chaîne YouTube

ANDREW GREY - 23 ANS – LGBT - 30 402 abonnés

Andrew regardait des vidéos LGBT. En anglais. Mais côté francophone, il ne trouvait rien. Alors il les a faites lui-même. Et marques, médias et associations ne s’y sont pas trompés : « Je n’avais pas encore atteint les 2 000 abonné.e.s, qu’ils m’ont très vite contacté. Tou.te.s étaient supercontent.e.s qu’il se passe enfin quelque chose sur cette communauté. » Andrew ne raconte pas sa vie, il raconte ce que d’autres ont besoin d’apprendre – sans complexe – « comme je le ferais avec mon petit frère. J’ai découvert le milieu, et j’ai pas mal de chose à dire, notamment sur des sujets tabous comme celui que j’ai choisi pour mon premier sujet : “Sortir avec un mec plus vieux.” » Quand il parle fellation, sodomie, ou fist fucking, il n’entre pas dans les détails, et utilise, volontiers et avec le sourire, des métaphores. Cela dédramatise la pratique, et lui (re)donne un côté presque ludique.

Pour autant, YouTube lui a appliqué les nouvelles règles de son algorithme. Désormais, il faut que son contenu soit approuvé. « Le service de monétisation de YouTube pénalise les contenus à caractère sexuel et LGBT. Dès que l’on utilise les hashtags #sexualité, #gay ou #lgbt, on passe directement en demande de vérification. Le temps qu’il le fasse, j’ai déjà fait mon nombre de vues, et cela a une incidence directe : je ne touche presque plus aucun revenu. » Son audience comme son nombre de vues ont été impactés, et YouTube ne semble pas pressé de gérer la question. « J’en parle avec d’autres chaînes. Certaines n’ont pas été concernées par ces mesures, mais d’autres constatent la même chose que moi : nous sommes tous en chute libre. » Étonnant. La réputation gayfriendly de Google semblait acquise… mais dans les faits, elle est remise en question.

>> Sa chaîne YouTube

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