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Eglandine

Mais pourquoi en veut-on aux infuenceurs (et pourquoi les journalistes n'arrangent rien) ?

Le 12 sept. 2018

Ils additionnent les likes et pourtant, ils se font bâcher en permanence. Mais pourquoi tout le monde semble haïr les influenceurs ? 

Ils sont suivis par des millions de personnes. Leurs posts et leurs stories sont arrosés de coeurs rouges ou de smileys. Pourtant, ils subissent un bashing en règle dans les médias. Les influenceurs n'ont plus la cote. Slate, en mars dernier a publié « Journaliste, j'ai fait un drôle de voyage de presse avec une instagrameuse », y décrivant, « avec une certaine perplexité » l'expertise de celle qui sera appelée plus loin une « Miss » pour ses photos, et ses réponses aux commentaires. Le blog Jooks qui, après s'être intéressé à la « Connasse en chapeau » a disserté sur « Instagram, le royaume des connes ? » et a gratifié la Toile d'un « Lol, ces gens qui pensent avoir une communauté ». Mais que s'est -il passé ? 

« La majorité des gens, aujourd’hui, ne comprend pas ce métier, et nous voit comme des branleurs, qui ne faisons rien de nos journées, hormis prendre des selfies et être payés pour le faire ! Quelque part, je comprends, parce que d’un point de vue extérieur, c’est ça. Mais il y’a beaucoup plus », se défend Camille Farrugia, alias Holy Camille. Dans son dernier billet de blog « Est-ce cool de détester les influenceurs ? » elle décrit la manière dont certaines personnes détestent « de façon viscérale » celles et ceux « qui pondent du contenu sur Internet et gagnent leurs vies ainsi ». « C’est devenu super facile de détester les influenceurs, s'agace-t-elle, surtout sur un média comme Twitter. Souvent, ce sont des groupes de trolls, et dès qu’il y en a un qui a décidé de pourrir quelqu’un, tous les autres s’y mettent ! » 

« Les selfies versus les stylos ! »

Hormis les trolls, les journalistes n'y seraient-ils pas un peu pour quelque chose ? « Les selfies versus les stylos ! » Le ton est donné par un Loïc Prigent « pas vraiment journaliste  » - il n'a pas la carte de presse - ni «  vraiment influenceur  » - il ne fait «  pas dans le cahier des charges  ». Vous connaissez probablement ses verbatims, glanés en soirées mondaines et sur les défilés. Celui qui arrose quotidiennement ses 130k abonnés de ses bons mots sur Instagram, et ses 459k followers sur Twitter, a également co-fondé Têtu, travaillé en tant que pigiste pour Libération, dans l'émission Nulle Part Ailleurs et pour Arte. Bref. L'influence et le journalisme, il connaît. 

Son avis sur la guerre des professions ? Bien trempé ! «  Les journalistes regardent les influenceurs native de très haut. Il y a clairement un mépris. » Comment l'explique-t-il ? «  Le narcissisme est tellement assumé chez les influenceurs que les journalistes, qui ne sont absolument pas narcissiques et n'ont découvert ce trait de caractère que depuis l'émergence des influenceurs, sont choqués et déçus. » La rédaction de L'ADN - après s'être étouffée de rire - n'en attendait pas moins du roi du bashing

Photo de conversation avec Loïc Prigent

Méconnaissance du métier 

Le fameux mépris dont parle Loïc Prigent, la blogueuse Holy Camille en a fait les frais. En 2015, alors qu'elle était invitée sur un événement automobile, se fait tacler par un journaliste quadra : «  Vous ne venez que pour les cadeaux ! » Et, plus tard dans la journée, elle subit une récidive, avec des réflexions à l'égard de son physique : « Ah oui ! Moi je ne suis pas assez cool parce que je n'ai pas de dessins sur les bras ! »

 
 
 
 
 
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À votre avis je suis plutôt sur du System of a Down ou du Jorja Smith là ? 🙄 #freeonspotify #ad

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L'instagrameuse aux 103k abonnés explique que ses objectifs ne sont pourtant pas les mêmes que ceux des journalistes. «  Notre but est d'être une vitrine pour la marque. D'ailleurs, j'ai reçu par la suite des excuses pour le comportement du journaliste de la part du directeur de la communication. » Pour la jeune femme, ces remarques relèvent moins de la jalousie que de la méconnaissance de son job : «  On a l’impression qu’on leur vole leur métier, leur travail. Alors que ce n’est pas du tout la même chose ! » Toutefois, la jeune femme nuance ses propos. Elle insiste sur le fait que ces attitudes «  n'existent plus nécessairement aujourd'hui ». 

« Les deux parties ont appris à se connaître »

Pour Valhery, influenceur « menswear » et « travel », chacun a appris à se connaître. Lorsqu'il a commencé, « depuis les débuts d'Instagram », au début des années 2010, « il était facile d’avoir des followers ». Il se définit comme l'un de ceux qui « ont établi le game » de l'influence sur Insta. Il le dit « sans grosse tête », c'est juste qu'on lui demande souvent son parcours : « l'histoire, je l'ai racontée 200 fois.» 

 
 
 
 
 
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Wrapping up the week wearing @scaviniparis dress pants, the best tailor made one for sure 🗞 #scavini

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Il est suivi par « 75k » abonnés. Souvent invité en voyage de presse, il y a côtoyé beaucoup de journalistes. « Non, je ne ressens pas de jalousie de leur part. Les journalistes ont compris qu’il fallait qu’ils s’ouvrent un compte Insta. Et les instagrameurs ont bien compris qu’il fallait se mettre dans les bouquins ». 

Et les influenceurs, sont-ils envieux ? « Pour être journaliste, il faut avoir une carte de presse, travailler dur et savoir écrire. Rien que ça, ce n'est pas à la portée de tout le monde. De l'autre côté, beaucoup de gens ne se rendent pas compte ce que c'est d'être influenceur. Il y a énormément de travail. Derrière chaque photo, c’est un projet. On reçoit un mail, "Voici le brief". Le budget, "Est-ce que t’es d’accord, voici ce que tu dois mettre tel jour, telle heure". On devient chef de projet avec des milliers de projets. Il peut y avoir des mésententes avec des sommes d’argent. Souvent, on ne voit que le bon côté de ceux qui sont partis de rien pour devenir millionnaires. »

Lords of the clics 

Pour Emmanuelle Pelloux, co-fondatrice de l’agence Revolvr, si l'on aime bâcher les influenceurs, « c'est parce que ça fait du clic ! »  (lire à ce sujet « Journalistes, tous "putaclics"»). Elle a été la première à travailler avec Valhery et à l'inviter à des soirées presse. « C'est vrai qu'au début, il y avait des événements dédiés aux journalistes et d'autres aux influenceurs », se remémore la responsable . « Il y a eu cette époque où l'on mixait tout le monde. Et ça ne se passait pas bien, parce que c’était les débuts. Les uns et les autres ne comprenaient pas pourquoi ils étaient là. Mais c'était il y a des années. Maintenant, tout le monde a fini par accepter. Chacun a sa légitimité. » 

Laissons la conclusion à Loïc Prigent : « Je recommande à chacun d'inventer sa catégorie socio professionnelle, plutôt que de se mouler dans les moules ». Entendu !

 

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Crédit Photo : Eglandine

Commentaires
  • je ne suis pas journaliste et pourtant je trouve les influenceurs plus que contestables. pas parce qu'ils voleraient le travail des journalistes, non. mais parce que 1/ ils sont parfois uniquement le relais des marques sans libre arbitre (hallucinant cette citation: "On reçoit un mail, "Voici le brief". Le budget, "Est-ce que t’es d’accord, voici ce que tu dois mettre tel jour, telle heure". On devient chef de projet avec des milliers de projets. Il peut y avoir des mésententes avec des sommes d’argent.") et 2/ le contenu est souvent extrêmement mauvais: effectivement narcissique, souvent totalement vide ("bonjour, je vous présente mes courses du jour au Bio C Bon")... Bref tout ça ne flatte pas vraiment l'intelligence et la culture.

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