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Média : LES JOURS, guidé par l’obsession

Le 10 mai 2016

Le jeudi 11 février 2016, se lançait Les Jours, un média d’une nouvelle forme fondé par d’anciens journalistes de Libération qui entendent bien sortir d’une information copiée-collée, éphémère et « asphyxiante ». Rencontre avec ses fondateurs.

Rompre avec les logiques de buzz sans faire du slow journalisme

Pour Charlotte Rotman, « c’est un constat de lecteur et de journaliste. Il y a une pression pour aller vite, plus vite qu’avant. J’ai des souvenirs de la direction de la rédaction qui montait jusqu’au service politique en disant : “ah, ça monte !”, “Ça buzz, ça buzz”. peu importe le “ça”, il fallait en parler. On peut résister à cette pratique. C’est ce qui nous a réunis ». Le constat n’est pas neuf et de nombreux médias l’ont déjà adressé. Comme le précise Augustin Naepels, « le modèle de digest répond à ce constat tout comme le slow journalisme. Avec Les Jours, nous créons une autre réponse puisque nous restons sur un rythme quotidien ». Le média « ne veut pas parvenir au bout de plusieurs semaines avec (uniquement) la superhistoire de 30 000 signes. Il y en aura, mais on ne fera pas que ça », déclare Isabelle Roberts. Les Jours veulent arriver avec une nouvelle écriture, une nouvelle façon d’aborder les sujets sous forme « d’obsessions ». « Notre idée et de prendre un sujet dans l’actualité, de l’agripper et de ne pas le lâcher. Un peu à la manière de Georges Perec quand il écrit Tentative d'épuisement d'un lieu parisien. L’épuiser veut dire être chaque jour présent (ou presque) avec une forme nouvelle », explique Raphaël Garrigos. Une dizaine d’obsessions simultanées devraient être actives sur le site avec l’ambition de redonner de la mémoire, des repères et du contexte à l’actualité. Chose qui est aujourd’hui rarement faite par les médias. Pour illustrer cette réalité, il prend l’exemple du procès Zyed et Bouna qui avait lieu au moment de l’entretien : « il est intéressant de voir que tous les journalistes tweetent mais que personne ne renvoit vers les articles de son média qui reviendraient sur le contexte et l’histoire qui ont précédé ce procès. » Beaucoup de questions peuvent intéresser le lecteur estime Nicolas Cori : « comment le système judiciaire a mis autant de temps à aboutir à ce procès ? Comment les acteurs du drame ont vécu depuis l’accident ? Il faut rester sur l’actualité du jour (le procès) tout en autorisant le lecteur à aller en profondeur. »

 

Sortir du rubriquage

Pour le média, le rubriquage est une contrainte. « On se force à écrire sur un sujet pour remplir une case ce qui pousse parfois à produire de mauvais papiers », précise Nicolas Cori. L’obsession qui caractérise Les Jours redonne de la liberté au choix des sujets abordés. L’obsession vient à eux.

 

Mêler les points de vue

Les fondateurs souhaiteraient que cinq personnes soient présentes sur un même événement pour donner des angles différents afin de conférer une vision exhaustive et nuancée des événements. Pour Charlotte Rotman, « le meilleur exemple est la manifestation à Gaza cet été où il y a eu des récits très parcellaires avec des ressentis et des visions très différents ». Aucun média n’avait centralisé différents points de vue. Le lecteur devait naviguer de média en média pour espérer avoir une vision complète des événements.

 

Offrir différents temps de narration

Une obsession prendra des formes variées. Du plus classique (portraits, interviews…) au plus digital (data, information courte). « Les lecteurs pourront picorer de l’information, lire toute l’obsession, remonter dans le passé, comprendre les enjeux…, c’est un refuge face aux flux d’informations », explique Isabelle Roberts

 

Le lecteur est une source

Lorsque l’on évoque le modèle De Correspondent, les fondateurs reconnaissent suivre de très près leur évolution mais plus sur le business model qu’ils développent. À la différence du média néerlandais, l’expertise et la production restent du côté des journalistes. Ce qui n’exclue pas d’intégrer et de faire écrire un lecteur s’il a un lien intéressant avec l’actualité en cours. Toutefois, cette approche ne sera pas systématique.

 

Renouer avec une qualité de fond et de forme pour cette deuxième génération de pure player

« On l’a vu avec le lancement des Jours, il y a des personnes qui ont fait des papiers entiers sur Les Jours sans jamais nous appeler. C’est formidable », nous livre Raphaël Garrigos avant que Charlotte Rotman ne rebondisse : « j’ai été citée dans un journal italien, je n’ai jamais rencontré la personne. » Les fondateurs entendent bien revenir à un journalisme de qualité. C’est un virage que l’on constate sur la scène internationale. Le digital renoue avec une information d’une qualité supérieure après les années « buzz », ce qui doit également se ressentir sur la forme. Tous s’accordent à dire qu’il y a eu une certaine forme d’appauvrissement de l’esthétique sur les sites d’actualité.

 

Média compagnon

Pour l’équipe « l’idée est de recréer du lien avec les lecteurs comme ont pu le faire le magazine Actuel ou Libération dans sa grande époque. Un média était un haut-parleur doublé d’un compagnon. Les lecteurs seront nos compagnons de route, mais nous serons aussi les leurs ». Pour incarner cette promesse, Les Jours vont très prochainement lancer un blog à ciel ouvert pour que les personnes puissent suivre les réflexions, les obsessions et l’avancée du projet jusqu’au lancement (et après ?). Ils prévoient d’ailleurs un tour de France pour aller à la rencontre des futurs lecteurs, leur présenter l’équipe et Les Jours, faire des débats sur l’information et les médias.

 

 

Abonnement à 9 euros / mois, sans engagement avec les 15 premiers jours offerts sur le site.

 

Photo issue de l'émission Médias le Mag.

 

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