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Média : l'activisme selon Change.org

Le 3 mai 2016

La plateforme Change.org réunit 140 millions d'utilisateurs dans le monde dont 7 millions en France. Rencontre avec Sarah Durieux, Directrice de campagne pour l’un des plus intéressants espaces médiatiques citoyens.

Pétition contre la taxe tampon, demande de fermeture des abattoirs avec L214, opposition à la loi travail… Tous ces sujets qui envahissent la sphère publique, naissent de l’esprit de citoyens, collectifs ou association jusqu’à occuper l’espace médiatique avec la plateforme de pétition change.orgCréée en 2007 aux Etats-Unis par Ben Rattray, la plateforme souhaitait initialement réunir toutes les formes d’activisme : blogging, pétition en ligne, forums, collecte de fonds…  Sarah Durieux, directrice des campagnes pour Change.org parle « d’un véritable Wikipedia de l’activisme ». C’est en 2010, dans un élan de clarification que la plateforme  se recentre sur la pétition. Cette concentration des efforts autour d’un axe unique séduit tout de suite les audiences citoyennes. En 2012, le succès outre-Atlantique est tel que les campagnes dépassent les frontières. En dehors des Etats-Unis, anglophones ou non, les personnes s’approprient la plateforme et l’utilisent pour communiquer leur cause, « cela faisait alors sens de développer la présence de Change.org dans plusieurs pays pour avoir des contenus et des pétitions qui correspondaient aux audiences au niveau local » nous explique la directrice de campagne.

Cocorico Change

Quand la plateforme est arrivée en France en 2012, elle comptait alors 60 000 utilisateurs. Trois ans après, ils sont 7 millions d’utilisateurs actifs sur l’hexagone, une croissance impressionnante qui s’explique notamment par le système de pétition où chacun (lanceur de pétition ou signataire) sollicite son entourage et fait donc connaître la plateforme. En moyenne, ce sont 1 000 pétitions qui sont lancées chaque mois en France.

 

Des conseillers en changement

Pour que ces pétitions rencontrent leurs signataires, des chargés de campagne conseillent les lanceurs de pétitions dans leurs démarches. Un véritable rôle inspiré des plus grandes stratégies de communication. « Notre mission est de mettre à la disposition de tous les citoyens les mêmes techniques qui sont utilisées par des grandes organisations ou des partis politique. On essaye de rendre ce "campaigning", terme qui n’existe pas vraiment en France, accessible à tous. Toute notre plateforme est construite pour être la plus accessible possible. Au-delà de l’outil, cet aspect pédagogique permet aux personnes de faire aboutir leurs causes » confie Sarah Durieux.

 

Business Model : le ciblage par la cause

Cette approche permet de nourrir un business model de la rencontre entre les personnes actives et les organisations qui ont besoin de soutien : « Notre modèle économique est basé sur un système de campagnes sponsorisées. De grandes organisations vont s’appuyer sur notre site pour se mettre en relation avec des personnes engagées. Une association, qui, par exemple, travaille sur la question de la santé va lancer une campagne sponsorisée, les gens sur notre site vont voir la campagne, et vont très certainement décider de rester en contact avec cette association ». Un ciblage « par la cause » qui devrait, à terme, intéresser les marques dont l’engagement est réel.

 

Oui, l’engagement en ligne est un activisme réel

A ceux qui diraient que la signature d’une pétition en ligne n’est pas un engagement réel, la directrice des campagnes pour la France ne manque pas d’exemples pour illustrer l’impact des actions en ligne dans « la vraie vie ». Car lorsqu’une personne tente d’interpeler seule le gouvernement sur un vide juridique ou sur une justice, elle n’a que très peu de chance d'avoir l'attention les élus. Mais quand une pétition prend de l’ampleur, elle permet aux personnes qui se sont réunies en ligne de mener des actions communes qui impacteront leurs cibles. « Nous avions eu le cas de parents dont la fille était morte dans un accident de manège car il n’était pas aux normes. En enquêtant, ils se sont rendus compte du vide juridique. Ils ont alors décidé d’interpeller le gouvernement mais sans retour. Face aux nombreuses demandes que reçoit le gouvernement, il est difficile d’exister… Par contre, lorsqu’ils ont demandé aux signataires de leur pétition, via change.org, de tous envoyer un courrier à leur député pour qu'il publie une question écrite au gouvernement ; c'est après plus de 80 questions que ce dernier a fini par recevoir la famille. Preuve qu’on ne peut pas opposer l’influence « en ligne » et « hors ligne ». Ici, toute l’activité a été faite en ligne et pourtant elle a déclenché une action sur le terrain et des discussions auprès du gouvernement ».

 

 

Change.org : le pouls de la société

Un nombre d’utilisateurs qui grandit en même temps que son influence jusqu’à faire de Change.org un véritable pouls de la société. Pour exemple, la question des enfants handicapés est un sujet grandissant sur la plateforme : « une fois par semaine, si ce n’est plus, nous avons une pétition de parent(s) d’enfant handicapé qui ne peuvent pas scolariser leur enfant. Ce phénomène est vérifié depuis près de 3 ans maintenant » confie Sarah Durieux. En parallèle, le média a également une visibilité sur les thématiques qui mobilisent le plus de signataires : « en tête, nous avons les pétitions relatives à la justice économique  (précarité, utilisation des fonds publics, transparence politique…) puis la catégorie environnement / santé / animaux, notamment grâce à des campagnes comme celles de l’association L214 » explique la directrice des campagnes. En mars dernier, la plateforme enregistrait un nombre de signatures record contre la Loi Travail avec plus d’un million de personnes…

 

A la croisée du laboratoire sociétal, du média et du conseil, Change.org pourrait bien inspirer et guider les acteurs associatifs, politiques et économiques.

 

Change.org

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