1. Accueil
  2. Inspiration
  3. Le goût de l'expérience
  4. La vie sur Mars : premiers contacts

La vie sur Mars : premiers contacts

La vie sur Mars : premiers contacts
Introduction
C'est comment, la vie sur Mars ? Camille Gontier, journaliste et chercheur de l'équipage parti au fin fond de l'Utah pour une mission très particulière, nous livre ses premières impressions.

Décollage sur fond de Space Oddity & Ashes to Ashes (David Bowie) 

 

Dimanche 21 Février 2016 – Premier contact 

Il nous aura fallu attendre un an pour poser les pieds sur le sol rouge du désert de l’Utah. Après des heures et des heures de travail enfermés dans un bureau, de préparation physique et scientifique et 30h de voyage en avion, nous voilà enfin arrivés aux portes de notre rêve, celui de vivre la vie d’un astronaute envoyé sur Mars. Nous sommes fin prêts à entrer dans la mission MDRS 164, enthousiastes et remplis de bonheur, afin de contribuer à l’exploration spatiale internationale. 

 

Enfin face à la Mars Desert Research Station, nous sommes submergés par le désir de faire de cette mission un succès, par l’ambition de recueillir des données fiables et prometteuses pour une analyse plus approfondie, et par l’envie de revenir chez nous non seulement avec un sentiment personnel de satisfaction, mais aussi avec la certitude que nos résultats expérimentaux et nos données de simulation serviront le plus grand Bien de l’exploration martienne.  

 

« Celui qui survivra à cette journée

Et rentrera sauf chez lui

Se dressera sur la pointe des pieds

Quand on nommera ce jour . » ( Shakespeare , Richard III )

 

 

Lundi 22 Février 2016 – The Sound of Silence 

Premier constat : The HAB (The analogue Mars Lander Habitat) dans lequel nous allons vivre pendant 2 semaines semble extrêmement feutré, mais ouvert à quelques timides sonorités. Pour l’instant, je pense que ce sera le fond sonore de notre mission : un étrange mélange d’une bande-son technologique et du tempo de vie des astronautes. La rencontre entre la science et la vie. 

 

Dans l’espace, personne ne vous entend crier. Mais c’est paradoxalement dans le confinement d’une station ou d’une capsule que l’oreille se sensibilise à un nouvel environnement sonore, loin d’être silencieux. La promiscuité et le travail d’équipe ne laissent bien sûr que peu de place au calme. Et même lorsque la station se vide de ses occupants lors d’une sortie en scaphandre ou au milieu de la nuit, toute notre pensée est animée au rythme du grondement grave, intempestif et continu du HAB : le système hydraulique, le soufflement de la ventilation, les sympathiques ou exaspérants bips émis constamment par nos appareils, les paroles indiscernables émanant ponctuellement d’un récepteur radio, ou le vent du désert, s’engouffrant dans la toile de la serre, qui claque contre nos hublots…

D’un coté, les bruits de la station sont preuves de son bon fonctionnement technique, et sont autant de hoquets, gargouillis, rires et soupirs émis par une station en bonne santé et heureuse de nous protéger du délétère environnement simili-martien qui nous entoure. Mais c’est également des sons de l’espace que peut se faire attendre un terrifiant vertige. L’harmonie des sphères, les signaux d’origine inconnue venus de l’espace lointain (comme le célèbre signal Wow!), les échos et grincements du métal forment un inquiétant chant des sirènes sidéral, empli d’une captivante étrangeté. 

 

Deuxième constat de l’équipage : nous ressentons la sensation du vide et l’angoisse qui l’accompagne. Le moindre grincement, la moindre plainte de la station nous rappellent qu’à tout instant, seuls quelques centimètres d’acier soumis à des contraintes mécaniques terribles nous séparent du vide, de l’asphyxie et du froid mortel de l’atmosphère martienne. Nous ne pouvons que lui faire confiance ou la supplier de se taire. 

De ce vide, certains en ont d’ailleurs fait un mythe. Rappelons-nous le célèbre Major Tom du clip Space Oddity (1969) de David Bowie qui semblait avoir connu une fin terrible, abandonné à une lente agonie dans le néant, sans même pouvoir entendre une dernière voix rassurante. Mais nous apprendrons, des années plus tard dans Ashes to ashes (1980), qu’il a finalement connu un sort bien différent. Espérons tout de même que nous autres, vertueux volontaires prêts à rester 15 jours dans une capsule martienne, connaitrons un retour plus enviable et glorieux. Voire, nous pouvons espérer que quelqu’un nous attende à la fin de notre aventure, fier de nous et de notre sacrifice pour la science.

 

Journal de bord de Camille Gontier, Journaliste de bord MDRS 164

Propos recueillis par Caroline Martin

 

Envie d’interagir avec l’équipe sur place ? 

Posez vos questions via @CarolineMrtn / @LADN_EU

#LiveOnMars

Ajouter votre commentaire