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Les data peuvent-elles sauver l’emploi ?

Les data peuvent-elles sauver l’emploi ?
Introduction

Plusieurs initiatives veulent mettre de l’huile dans les rouages du marché de l’emploi. Est-ce que cela peut fonctionner ? On voudrait bien… mais ce n’est pas si simple…

Cela peut paraître anachronique, mais certaines estimations sont faites au doigt mouillé. Ainsi en va-t-il du nombre d’emplois non pourvus en France. Nicolas Sarkozy parlait de  500 000 en 2011, le rapport annuel de Pôle emploi en 2016 est plus prudent avec 190 000 postes identifiés comme ne trouvant pas de candidats à leur mesure. Clairement, au regard des 3,4 millions de chômeurs, il n’y a pas là matière à résoudre la totalité du problème… au mieux 5,5 %, qui ne sont déjà pas si mal. Le sujet mérite donc d’être plus finement analysé. Et quelques ingénieux veulent s’attaquer au problème.

On le voit partout : Paul Duan, 24 ans, a lancé Bob Emploi en novembre 2016 avec cette ambition réjouissante : faire baisser de 10 % le chômage. Il le reconnaît lui-même, ce sont des objectifs  internes, établis par une jeune pousse au statut d’organisation à but non lucratif, prometteuse sans doute, et composée de six sujets que l’on ne doute pas d’être aussi généreux que brillants. Un fake ? Suffisamment gonflé en tout cas pour réussir le tour de force de séduire les médias, les politiques et les people.

Tous ont une connaissance floue de la complexité du marché de l’emploi, des data, de la tech, et des algorithmes qui les rend peu aptes à juger de la qualité réelle du projet. Mais la vraie bonne nouvelle est que Paul Duan a fait émerger sur le devant de la scène une prise de conscience majeure : si le numérique fait la fortune du partage vidéo chez Netflix, de la publicité chez Google et des rencontres chez Tinder… il pourrait aussi s’attaquer à des sujets d’intérêt général. L’idée ? Travailler les données de Pôle emploi pour fluidifier le marché de l’emploi. Bob Emploi est très en deçà des promesses de départ, mais il permet, aujourd’hui, de donner une évaluation personnalisée à tous, qui tient compte de la réalité du marché de l’offre et établit un plan d’action.

Comment 10 personnes peuvent sauver la vie de 10 millions - L'Échappée Volée 2015

Plus ancienne, l’initiative de Randstad. Son président France, François Béharel, avait présenté en 2015 dans le cadre de l’Institut Montaigne, think tank à tendance libérale, un rapport qui invitait à fluidifier le droit du travail pour favoriser les accords d’entreprise. La mesure a eu du mal à passer… Mais la même année, dans le cadre de ses fonctions, il dévoilait un ambitieux programme Big Data.

Développé par Capgemini et Oracle, son objectif est de cartographier le flux des candidatures et des offres gérées par Randstad avec l’ensemble des offres parues sur le Net. On en retire un certain nombre d’enseignements. Quels sont les profils des demandeurs, leurs compétences, leur localisation… ? données que l’on peut mettre en rapport avec celles des recherches effectives des entreprises. Cela permet de chiffrer ce que tous les professionnels du recrutement savent : la pénurie de certains profils… et le trop-plein de certains autres.

Par exemple : si les soudeurs de l’automobile ont été laissés sur le carreau, l’aéronautique peine à en trouver. Certes, ce ne sont pas tout à fait les mêmes compétences, et les candidats n’habitent pas là où ils pourraient être embauchés, mais en ajoutant un peu de formation, des programmes de tutorat… certaines situations pourraient être débloquées. Pour les collectivités territoriales, ces chiffres pourraient être employés, notamment pour mieux piloter les programmes de leurs formations.

La plate-forme est utilisée par les collaborateurs de Ranstad pour élaborer avec leurs contacts des bilans éclairants : leur donner des éléments tangibles sur l’état du marché de l’emploi, les aider à trouver des solutions pour apprendre à recruter plus large. « Ils peuvent décider d’ouvrir leurs offres à des zones géographiques plus éloignées, mais surtout embaucher des candidats qui n’ont pas exactement le profil attendu mais dont les compétences déjà acquises peuvent tout à fait être adaptées », explique Kaëlig Sadaune, Digital Communication Manager chez Randstad.

Certes, le marché de l’emploi ne se pilotera sans doute pas uniquement via des algorithmes mais, clairement, ils pourraient y mettre un peu d’huile.

François Béharel, président Randstad France : "Chercher plus large grâce au big data" - cadremploi

Cet article est paru dans le numéro 9 de la revue de L’ADN : Les nouveaux explorateurs. Votre exemplaire à commander ici.


 

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