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Peerby : l’économie du partage en question

Le 19 mai 2016

Daan Weddepohl, fondateur de Peerby, leader mondial du partage d’objets entre voisins, posait hier cette question au OuiShare Fest : L’économie du partage, ok, mais alors surtout s'il y a des bénéfices à partager...

Daan Weddepohl a lancé Peerby suite à une expérience très personnelle, et on ne peut plus concrète. Suite à l’incendie de son appartement, du jour au lendemain, il perd tout – il n’a plus rien. Il se trouve contraint de vivre en acceptant l’aide de ses proches – ou de moins proches. Surprise. Il comprend que les gens sont fondamentalement prêts à rendre service, qu’ils ont des biens plein leurs placards et que, pour peu qu’on le leur demande, ils sont ravis de les prêter à qui en a besoin – pour rien.

 

En septembre 2012, ainsi né Peerby. La plateforme néerlandaise est à la fois un site et une application qui permet à des particuliers d’emprunter des objets à d’autres particuliers. En 2014, Peerby annonçait 100 000 utilisateurs, répartis aux Pays-Bas, en Belgique, à Londres et Berlin, et levait 2,1 millions de dollars pour aller s’implanter dans plus de cinquante villes pilotes aux États-Unis. Des résultats très encourageants, certes, mais bien loin derrière des machines à cash Uber, Airbnb et consorts. Ses valeurs restent fidèles à celles d’une économie du partage mettant les technologies au service de communautés qui ont conscience que ces échanges répondent aux excès de la surconsommation. Petits emprunts entre voisins. L’usage plutôt que la possession. Pourquoi acheter quand on peut emprunter… tel est le credo de Peerby. « Les gens sont des animaux sociaux », explique alors Daan Weddepohl, « nous aimons nous aider les uns les autres. Emprunter quelque chose est probablement l’un des plus anciens comportements chez l’homme, et nous le rendons simplement plus facile grâce à la technologie. »

 

Sur ces principes, Peerby est devenu leader tandis que beaucoup de ses compétiteurs vivotaient ou disparaissaient. Bien que l’idée soit belle et trouve écho auprès d’une communauté engagée de militants, les difficultés pour la mettre en oeuvre n’en sont pas moins réelles. Recruter des gens désireux de prêter est moins compliqué qu’il n’y paraît, mais il faut aussi trouver ceux qui ont un besoin. Et bizarrement, c’est eux qui sont le plus fastidieux à fidéliser. Des siècles et des siècles de commerce et d’échanges marchands ont eu raison de nos réflexes de partage gratuit… et convaincre que le service existe, et qu’il n’attend que nous pour fonctionner exige des moyens marketing importants.

 

Face à ce constat, en 2015, Daan Weddepohl reconnaît s’être interrogé : L’économie collaborative peut elle réellement exister ? L’économie, ok on voit ce que c’est. Collaborative, on imagine bien ce que cela pourrait être. Mais est-ce que le collaboratif peut devenir une économie ? Rien de moins certain. Doit-on choisir entre changer le monde et faire du business ? Et force est de constater qu’en gestionnaire averti… Daan a tranché.

 

Depuis quelques mois, la plateforme permet de louer  plutôt que d’emprunter. Et l’offre payante a convaincu. « Quand nous avons ouvert notre service à la location, les demandeurs ont été rassurés. En quelques mois, nous avions réalisé plus de transactions sur l’offre payante que sur l’offre gratuite depuis notre lancement. »

 

Avant d’opérer ce virage, Peerby avait pris soin d’interroger sa communauté. Tous ont déclaré être intéressé par le modèle de société proposée : son impact social et environnemental. Mais tous également ont consenti qu’ils attendaient aussi un retour sur investissement qui serait le signal de la viabilité du concept. Donc, le gratuit et le partage… ok… pourvu qu’il rapporte. Etonnant, non ?

 

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