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#NiPigeonsNiEspions, les pro du numérique se rebiffent

#NiPigeonsNiEspions, les pro du numérique se rebiffent
Introduction
Les acteurs du numérique dénoncent le projet de loi sur le renseignement du gouvernement et font tourner une pétition #NiPigeonsNiEspions. Bruno Walther, Président de Captain Dash, fait partie des signataires. Il revient sur les enjeux et les dessous d’une loi « fourre-tout ».

Pouvez-vous revenir sur le contenu de cette loi ?

Bruno Walther : Qu’il y ait besoin d’un nouveau texte de loi sur le renseignement et la surveillance numérique, tout le monde le comprend. Il fallait repenser les choses. Mais la proposition actuelle n’est pas satisfaisante pour plusieurs raisons. Il s’agit pour le gouvernement d’installer des boîtes noires chez les opérateurs qui seront capables de traiter toutes les métadonnées de façon algorithmique. Les communications seront analysées dans leur ensemble : contenu, moyen, durée, interlocuteur… Tout ça va être autorisé. Ensuite, des alertes permettront de déclencher des interventions de l’Etat. C’est le début d’un nouveau système qui permettra d’engager des contrôles fiscaux par exemple.

 

Quels sont les problèmes que révèle cette loi ?

B. W. : Le fait de récolter des métadonnées au nom du terrorisme est inacceptable. Internet n’est pas le vrai problème et tout cela n’est qu’un prétexte pour proposer les pires lois. Celle-ci pourrait revenir à autoriser l’Etat à lire la totalité du courrier des Français. C’est du jamais-vu et plus massif que ce qu’a pu faire la République démocratique allemande. Dans une période où l’on s’aperçoit de l’incompétence du gouvernement, des politiques et des hauts fonctionnaires en matière de numérique, c’est délirant. On ne peut pas demander à des analphabètes numériques d’écrire la grammaire de la surveillance des Français. Nous faisons face à un paradoxe notoire. Quand on voit que tous les sites hackés en ce moment sont des sites contrôlés par l’Etat, ça soulève quelques questions. A titre d’exemple, il est invraisemblable que France 24 ait mis 24h à rétablir la situation…

 

N’est-il pas étonnant de voir que l’initiative vient d’un gouvernement de gauche et que l’extrême-droite s’y oppose ?

B. W. : Le Front National a toujours été très paranoïaque vis-à-vis du gouvernement et de sa surveillance numérique. C’est quand même le seul parti qui demande à ce qu’il y ait un statut de réfugié politique pour les lanceurs d’alerte comme Snowden… C’est normal : ils ne vivent que par les médias alternatifs. A force de ne pas avoir accès aux grands médias, ils se sont énormément développés sur le net et sont très en pointe sur le numérique.

 

Pensez-vous que cette loi sera appliquée ?

B. W. : Bien sûr. Elle sera modifiée à la marge, comme d’habitude, mais on est véritablement en train de mettre en place un système hallucinant. Hélas, il n’y a pas de débat. L’inculture et l’incompétence des élus tracent la ligne du système. Mais ça ne pourra pas durer indéfiniment : il finira par y avoir un moment de rupture très forte, la machine va se retourner. La question est de savoir combien de temps nous allons payer cet analphabétisme : 10 ou 15 ans… ?

 

Un certain nombre d’acteurs du numérique ont signé la pétition #NiPigeonsNiEspions. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

B. W. : Elle est à l’initiative d’une start-up. En termes d’impact économique, nous estimons que l’application de cette loi peut freiner l’innovation. Mais l’idée est surtout d’engager un mouvement pour tenter de faire comprendre les vrais enjeux aux Français. Grosso modo, faire comprendre que le gouvernement français saura où vous vous déplacez, à qui vous écrivez, qui vous rencontrez, avec qui vous dormez… Ce dispositif permettra la collecte massive et systématique de nos données sans qu’aucun juge ne soit dans la place. Faites confiance à l’algorithme, il voudra votre bien !

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