Ethique : tentons le vrai !

Ethique : tentons le vrai !
Introduction
Avant de vouloir changer le monde, il est sans doute juste de se changer soi-même… c’est la mission d’Engage University, le projet de Jérôme Cohen, qui propose à chacun de se donner des clés du changement… Une tribune de Jérôme Cohen.

Un chasseur de tête me racontait son entretien avec le directeur marketing d’un groupe international de produits de grande consommation. Non, ses enfants ne mangeraient jamais les produits qu’il vend. Non, il ne démissionnerait pas, malgré ses doutes, malgré ses griefs, car ses frais sont importants et son salaire ronflant.

Il ne s’agit pas de juger ni de dénoncer, mais de comprendre comment casser ce schéma qui creuse la séparation entre l’Homme et sa fonction, entre le père et le salarié. Dans les entreprises évidemment, en politique certainement, dans notre vie personnelle.

Platon écrit que pour rendre les organisations éthiques, il ne faut pas inculquer des normes sociales, mais aider les personnes à découvrir par elles-mêmes la réalité du bien, du beau et du vrai.

Il ne s’agit pas d’établir des normes donc, mais de s’appuyer sur les personnes. Et c’est ici que l’éthique peut nous aider, même si le mot peut déstabiliser lorsqu’il se teinte de moralisme ou nous décourager lorsqu’il revient ab nauseam dans des discours sans effet.

L’éthique seule capable de reconstruire en profondeur ce qui a été détruit : le lien*, la cohérence.

Chacun d’entre nous est alternativement une citoyenne, un salarié, une mère, un consommateur, une électrice. Pourtant ces séquences de nos vies ne font plus que rarement système et déchirent notre être pour lui enlever son unité fondamentale. Il s’agit de replacer l’éthique comme fil et comme projet de vie pour redonner à la vie justement sa cohérence.

Derrière les dirigeantes, les décideurs, les salariées en position de changer les choses, il y a aussi des femmes et des hommes en manque voire en quête de cohérence. La norme revient aujourd’hui à accepter des distorsions parfois abyssales entre nos propres valeurs et ce que notre fonction nous impose.

Bien évidemment notre liberté d’action dépend de notre niveau hiérarchique, de notre degré d’indépendance financière.

Chacun peut agir pourtant, en consommant différemment, en instaurant un rapport différent avec ses actionnaires,  un nouveau mode de management, que sais-je.

C’est ce dialogue permanent entre l’éthique individuelle et le collectif, entre notre éthique individuelle et celle de nos ‘gouvernants’, qui est passionnant.

Revoir la sublime tirade de Jean Gabin dans le film de Jacques Audiard Le Président vaut plus que bien des discours.

Ecouter la prise de position d’Emmanuel Faber lors de la remise des diplômes d’HEC et s’interroger, non pas sur l’éthique de la personne, a priori indiscutable, mais sur la cohérence entre cette éthique affichée et les activités de l’entreprise. Les paramètres sont multiples qui bloquent toute réforme réelle.

Pour accélérer le changement, c’est bien au niveau des personnes qu’il faut premièrement faire levier.

En utilisant tous les outils dont nous disposons aujourd’hui pour accompagner ceux qui le souhaitent ou faire pression sur les plus résistants. La transparence que nous offre le net peut évidemment aider à accélérer la mutation.

De nombreuses organisations y travaillent. Elles ont pour beaucoup dépassé l’affrontement stérile pour favoriser un accompagnement constructif ou une dénonciation efficiente.

Certaines, comme l’Art de Vivre, promeuvent la méditation de pleine conscience pour faciliter, dans les entreprises,  la réconciliation des collaborateurs, avec eux-mêmes et avec leurs pairs. D’autres comme Ethique sur l’étiquette condamnent les agissements des grandes sociétés textiles et les incitent à changer leurs modes de fonctionnement. Foodwatch, né en Allemagne et présent en France depuis deux ans, dénonce les produits  alimentaires dangereux pour la santé. E-boycott, fraîchement lancé, appelle à des campagnes de boycott sur le web et invite les entreprises à répondre aux questions des signataires.

Se réconcilier donc, individuellement, pour ensuite retisser collectivement une société du lien et reconstruire une économie plus sage et plus humaine.

C’est de cette nécessité que nous parlerons et sur ces solutions que nous travaillerons lors des prochains Engage Days, Ethique : tenter le vrai, du 6 au 9 octobre, en compagnie de ceux qui construisent cette transition.

Pour suivre et aider les organisations citées :

Art of living                                       Je m’engage

Foodwatch                                       Je m’engage

Ethique sur l’étiquette                     Je m’engage

E-Boycott                                        Je m’engage

Transparency International            Je me renseigne

 

 

Conseil de lecture : Impliquons-nous, dialogue manifeste entre Edgar Morin, le philosophe artiste et Michelangelo Pistoleto, l’artiste philosophe ; discussion passionnante sur la nécessité de s’impliquer pour rebâtir une nouvelle société, dialogue sensible entre éthique et esthétique.

Conseil cinématograhique : Le Président, est un film français réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1961, adapté du roman éponyme de Georges Simenon, et dialogué par Michel Audiard.

 

*Charles Eisenstein, éditorialiste américain, donne un exemple certes anecdotique mais parlant dans un livre publié en 2011, the sacred economy, très justement traduit par ‘l’économie du lien’ en allemand : Au Guatémala, un père conduisant son fils chez le docteur ne dira pas mon fils est malade mais ma famille est malade ; ce n’est pas un fleuve qu’il s’agira de dépolluer, mais l’environnement tout entier.

 

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