Des vacanciers dans un endroit peu peuplé

Airbnb veut lutter contre le tourisme de masse (et faire plus de business)

Le 24 avr. 2018

« Démocratiser les bénéfices du tourisme ». La promesse est belle, mais dans sa lutte contre le tourisme de masse, Airbnb entend évidemment étendre un peu plus son offre…. Et ses profits.

Airbnb a lancé son Office of Healthy Tourism, « une initiative pour développer un tourisme local, authentique et durable ».

Depuis sa création il y a 10 ans, Airbnb n’a jamais caché son ambition de réinventer les voyages. Et la plateforme a plutôt réussi en besogne : avec plus de 300 millions de voyageurs et voyageuses qui ont utilisé ses services depuis 2008, presque 5 millions de logements à travers le monde et une implantation dans près de 200 pays, l’entreprise peut se targuer d’avoir bouleversé les codes qui régnaient sur l’industrie touristique. À titre d’exemple, pour héberger les touristes venus à Rio pour les Jeux Olympiques de 2016, la ville aurait dû construire 257 hôtels. Plus récemment, 15 000 personnes ont utilisé la plateforme pour les Jeux d’hiver de Corée du Sud.

Dernière étape pour devenir le maître incontesté du voyage ? Trouver la formule (ou l’algorithme) magique pour faire rêver les vacanciers au-delà des destinations qu’ils prisent habituellement.

« L’industrie du tourisme et du voyage croît plus rapidement que le reste de l’économie : il est donc important que le maximum de gens puisse en profiter. Or, actuellement, le tourisme est inégal. Pour en démocratiser les bénéfices, Airbnb offre une alternative saine au tourisme de masse qui affecte les villes depuis des années », a déclaré Chris Lehane, Head of Global Policy chez Airbnb. Un moyen d’annoncer que la marque soutient les hôtes de pays peu visibles ou médiatisés : en 2016, les équipes ont ouvert un espace de vie dans un petit village japonais dont la communauté était en train de disparaître. À la population vieillissante s’ajoutait un taux de natalité très faible et un exode des jeunes vers les villes. Depuis l’ouverture du lieu, le village a reçu des centaines de visiteurs et créé 70 emplois.

« Faire le bien autour de soi »… Et s’assurer une bonne part du gâteau

Les intentions d’Airbnb, sur le papier, sont louables – comme toute démarche made in Silicon Valley. Certes, développer le tourisme permet aux populations de bénéficier d’une source de revenus supplémentaires. Selon les mots de l’entreprise, il s’agirait même d’une initiative purement altruiste : en rendant publics ses chiffres 2017, elle explique que le tourisme « a un impact positif et significatif sur les villes et les pays ».

On veut bien le croire.

Mais en se positionnant comme l’unique acteur sur un marché encore confidentiel, Airbnb n’oublie pas de prendre sa part. Ainsi, en septembre 2018, la plateforme sera partenaire de l’Africa Travel Summit. Alors que le tourisme est en forte hausse sur le continent, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme qui estime le nombre de voyageurs à 134 millions en 2030, se positionner comme pionnier garantit à Airbnb une position de choix.

Difficile de le lui reprocher… Mais de là à se placer comme le sauveur des régions oubliées, il ne faut peut-être pas pousser… À titre de rappel, le Guardian s’interrogeait en 2016 sur les dégâts environnementaux imputés à la plateforme – qui serait responsable d’un afflux de touristes et d'une destruction de lieux historiques qui va avec. Vouloir désengorger les villes, c’est bien… Déplacer le problème dans des lieux préservés, ça se discute !

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